Aujourd’hui, la plupart des communes en vallée de Seine sont contre le port d’arme à feu par les policiers municipaux. Les principaux arguments avancés s’attachent à noter le désengagement de l’Etat sur ce terrain là ainsi qu’une mission de prévention et de dissuasion allouée à la police municipale. Pour autant, il existe un véritable camp de villes favorables.

En janvier dernier, Christophe Delrieu (DVD), maire de Carrières-sous-Poissy disait avoir « sollicité l’armement des six policiers auprès du préfet ». Cette volonté faisait suite aux événements de l’été qui avaient généré des interventions de la part de la police nationale et municipale. « Vous entendez dire :
« Ah, c’est la mumu qui passe ! », sous-entendue la police municipale, non-armée, c’est une connotation péjorative, précise Christophe Delrieu. On est en train de passer d’une police de village à une police urbaine ».

Commune mitoyenne, Triel-sur-Seine a reçu la confirmation d’utiliser une partie des armes mise à disposition gracieusement par le gouvernement. « On a souvent des cambriolages, des vols de véhicules et des dégradations. Maintenant, les malfrats n’hésitent pas à utiliser des armes, note Joël Mancel (DVD), maire de Triel-sur-Seine. Le port d’arme n’empêche pas le risque mais c’est rassurant pour eux (policiers municipaux. Ndlr) et ça peut aussi contribuer à dissuader les gens qui auraient une mauvaise intention ».

Dans le même secteur, Villennes-sur-Seine travaille actuellement sur le dossier de l’armement. « Les événements de janvier et novembre 2015, nous ont prouvé que les risques n’étaient plus seulement sur les forces de police traditionnelles mais que l’uniforme était visé, souligne Jean-Pierre Laigneau, adjoint au maire à la sécurité civile, la circulation, au stationnement et au transport. Cela s’est concrétisé par le meurtre de Clarissa Jean-Philippe, policière municipale de Montrouge ».

Si la ville de Flins-sur-Seine n’a pour le moment pas de positionnement réel dans ce débat d’actualité, d’autres villes se disent « trop petites » pour s’engager dans la question de l’armement létal. « Je considère que l’on n’a qu’une petite police municipale (deux policiers municipaux et un agent de surveillance de la voie publique. Ndlr), explique Jean Lemaire (UDI), maire de Gargenville. Chez nous, c’est plus une police de proximité, une police très sociale, qui fait face à des problèmes de voisinage ».

D’autres au contraire ont une position bien tranchée à l’image de Rosny-sur-Seine, Mantes-la-Jolie et Les Mureaux, où le non est catégorique. Ces municipalités ne ressentent pas la nécessité d’armer leurs équipes dont la mission préventive est le fer de lance de leur métier.

« Je suis farouchement contre l’armement létal car la police municipale a un rôle de proximité, de tranquillité publique et aucun rôle supplémentaire, argumente Catherine Arenou (DVD), maire de Chanteloup-les-Vignes. Elle se déplace dans toute la ville, elle est très bien reconnue comme étant un service municipal avec un réel savoir-faire dans sa mission de prévention et de protection».

Chez la plupart des partisans du non, l’argument du désengagement de l’Etat prévaut également. « Je trouve effarant que l’Etat transfère l’une de ses fonctions régaliennes, celle de la sécurité, aux communes, indique Laurent Brosse (LR), maire de Conflans-Sainte-Honorine. L’Etat doit investir davantage dans sa police nationale et prendre ses responsabilités pour armer correctement ses fonctionnaires ». Décidément, la question est loin de faire l’unanimité.

La formation au coeur du sujet

Franck Marone, directeur de la police municipale de Poissy, nous explique les étapes nécessaires à l’obtention du port d’arme.

Qui autorise le port d’arme à feu ?

Il faut faire une demande de détention d’armes pour la police municipale, auprès du préfet. Si celui-ci accepte, il autorise le maire à les détenir et ce, par arrêté préfectoral. Ensuite, il faut engager une demande de port d’arme individuelle qui s’appuie sur plusieurs éléments. Chaque policier municipal doit motiver sa demande et fournir un certificat médical prouvant que son état de santé psychique et physique ne soit pas incompatible avec le port d’arme.

Cela suffit-il à armer les policiers municipaux ?

Avant de pouvoir détenir une arme létale, le policier municipal doit faire une formation. Elle contient un volet juridique de 12 heures, réparties en deux jours, et un volet pratique de 45 heures. A la suite de chaque étape, la personne est soumise à un examen qui permet de savoir si les notions sont acquises, sans cela, elle ne peut obtenir l’autorisation de port d’arme.

Le policier municipal a-t-il l’obligation de s’entraîner ?

La législation prévoit deux séances d’entraînement par an à raison de 25 cartouches chacune. A Poissy, on a fait le choix d’effectuer quatre séances annuelles avec 50 cartouches chacune. On part du principe que plus on s’entraîne, plus le policier sera en mesure d’évaluer et de maîtriser de manière proportionnelle la situation à laquelle il sera confronté.