Comme de nombreuses autres villes de France, celles de la vallée de Seine cherchent elles aussi à rendre leurs centres plus agréables pour piétons et cyclistes. Alors, les voitures y sont de moins en moins les bienvenues, en particulier celles qui ne font que traverser la commune et constituent le « trafic de transit ».

Certaines mairies, comme celle des Mureaux (voir encadré), ont adopté les zones 30 ainsi que les chaucidous, ces voies cyclables que les automobilistes peuvent néanmoins mordre en cas de besoin. Une solution identique va être prochainement mise en place à Verneuil-sur-Seine, où le « coeur de ville » sera limité à trente kilomètres à l’heure avec l’ajout d’aménagements pour la sécurité des cyclistes tels les chaucidous.

Une mesure dans l’air du temps ? En tout cas, elle ne soulève aucune polémique. « Notre programme comportait cette mesure, nous étions scandalisés que le centre-ville ne soit pas aménagé, c’était un sujet important, se souvient Michèle Christophoul (PS), conseillère municipale d’opposition. Nous ne pourrons que la soutenir sur le fond, même s’il faudrait voir le détail du projet. »

L’ambition de la mairie de Mantes-la-Jolie risque de ne pas s’avérer aussi facile à mettre en œuvre. La majorité municipale a en effet décidé de lancer une étude « visant à la piétonnisation de l’hypercentre », mais aussi afin de forcer les automobilistes qui ne souhaitent que passer sans s’arrêter à en faire le tour.

« Le centre-ville de Mantes s’est construit, dans la taille de ses rues, à une époque où il n’y avait pas de voitures, explique le maire Michel Vialay (LR). Nous avons quelques rues piétonnes, pourquoi ne pas les étendre ? Certaines zones piétonnes, dans des villes parfois importantes, fonctionnent très bien. »

La mairie de Mantes-la-Jolie a décidé de lancer une étude « visant à la piétonnisation de l’hypercentre », portant sur le périmètre visible ci-dessus.
La mairie de Mantes-la-Jolie a décidé de lancer une étude « visant à la piétonnisation de l’hypercentre », portant sur le périmètre visible ci-dessus.

Cette piétonnisation se situerait dans un périmètre provisoire englobant la mairie, le parvis de la collégiale Notre-Dame et la tour Saint-Maclou, soit une douzaine de rues au total. La première conséquence d’une expulsion des voitures serait « le report des flux du centre-ville vers les autres voies périphériques » avec de nouveaux sens de circulation, tout en maintenant des accès réservés aux habitants et aux commerçants.

L’étude est également censée examiner la réorganisation des places de parking, au nombre de 1 665 souterraines ou couvertes, 600 en surface et 1 300 le long des trottoirs. Dans le plan de piétonnisation doit par ailleurs figurer « une optimisation de l’offre de stationnement en centre-ville avec notamment la généralisation d’un périmètre de stationnement payant et le développement d’abonnements pour les riverains ».

Michel Vialay assure porter une attention particulière au stationnement, un point souvent sensible pour les riverains comme les commerçants. Il envisage ainsi la possibilité de nouveaux parkings souterrains en périphérie, pourquoi pas reliés par des navettes : « Il y a des mythes qu’il faut casser. On ne va pas forcément plus vite en cherchant une place en surface plutôt que d’aller se garer en sous-sol. »

« Il y a de plus en plus de demandes de la population d’avoir des zones apaisées », juge Michel Vialay (LR), le maire de Mantes-la-Jolie, qui souhaite rendre aux piétons le centre-ville.
« Il y a de plus en plus de demandes de la population d’avoir des zones apaisées », juge Michel Vialay (LR), le maire de Mantes-la-Jolie, qui souhaite rendre aux piétons le centre-ville.

Chez les commerçants, où la mise en sens unique de certaines rues mantaises, il y a une décennie, n’a pas laissé que de bons souvenirs, la nouvelle est accueillie avec circonspection. « Il faut commencer par créer les espaces de stationnement avant d’envisager quoi que ce soit », suggère David Beautier, président de l’association Coeur de Mantes. « La piétonnisation est peut-être à étudier sur certaines zones, et ce serait mieux s’il y avait un sens de circulation mieux défini, poursuit-il en rappelant une précédente zone piétonne un temps envisagée, de l’ancienne halle Sulzer au pont de Limay. Mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux pour le commerce, même si chacun d’entre nous a des besoins différents. »

Là réside souvent le nœud du problème lorsque les élus décident de donner plus de places aux piétons et aux vélos, en vallée de Seine comme ailleurs. Les patrons de commerce déplorent une moindre attractivité commerciale ? Le maire de Mantes-la-Jolie avance l’exact inverse. « Il y a de plus en plus de demandes de la population d’avoir des zones apaisées, ou l’on puisse respirer. Les piétons aiment être en tranquilité, et la voiture prend de la place, juge l’édile. Dans les grandes surfaces, on est parfois garé à plusieurs centaines de mètres du magasin, le centre-ville est contenu dans un rayon de 250 mètres autour de l’hôtel de ville. D’ailleurs, dans nos rues piétonnes [existantes], les commerces n’y sont pas morts, bien au contraire. »

L’étude lancée par la municipalité mantaise doit se tenir pendant six mois, avant qu’une décision ne soit prise. « Il y a encore beaucoup de questions auxquelles il faut répondre, nous lançons l’étude pour nous enrichir des expériences des autres », veut cependant rassurer Michel Vialay, qui n’a qu’une certitude : « Ca va changer les habitudes. »

Flins-sur-Seine
Sus à ceux qui ne font que passer

La municipalité, en guerre contre le trafic de transit, qui constitue jusqu’à 71 % de la circulation de véhicules dans la commune, a choisi de multiplier les sens interdits et les obstacles, comme elle l’a récemment annoncé lors d’une réunion publique (à lire dans notre édition du 9 mars, Ndlr). Une zone 30 existante a également été étendue.

« L’objectif est de diminuer la circulation de transit en rendant la traversée de Flins plus difficile, expliquait alors Patrice Herault, adjoint à l’urbanisme  . Il nous a donc paru judicieux de mettre des obstacles et de rajouter des signalisations pour inciter les gens à plutôt rejoindre l’A13 en passant par la RD113. »

Les Mureaux
« Les piétons et les vélos ont besoin d’espace »

Aux Mureaux, de nombreuses zones 30 et des aménagements pour vélos ont été mis en place lors des opérations de rénovation urbaine, sans susciter d’opposition. La commune a même été l’une des villes à expérimenter le chaucidou, cette voie cyclable située des deux côtés d’une rue à double-sens, au trait discontinu donc franchissable par les automobilistes en cas de besoin.

Très répandu en Allemagne et dans le Nord de l’Europe, le chaucidou a été mis en place en 2010 dans les rues muriautines. Avec succès : cet aménagement a été normalisé, figurant désormais dans le panel des équipements cyclables autorisés par l’État auprès des mairies.

«  Quand on les a installés, beaucoup nous ont prédit des accidents, mais nous n’en avons eu aucun et c’est rentré dans les mœurs, se satisfait Michel Carrière (DVG), adjoint chargé entre autres de la mobilité. C’est sur les avenues limitées à 50 kilomètres à l’heure que nous avons des accidents. »

A l’instar du maire de Mantes-la-Jolie, il estime que « les citoyens sont demandeurs » d’une réduction de la place dédiée aux voitures comme de leur vitesse. « On disait avant que c’était la liberté, mais maintenant c’est surtout une contrainte, constate l’élu. Les piétons et les vélos ont besoin d’espace, faire des voies extrêmement généreuses pour les voitures ne sert à rien. »