La poignée de mains est franche, le regard bleu acier et le sourire avenant. Le docteur Olivier Demoinet, généraliste à Juziers à la retraite depuis octobre dernier, lie son engagement humanitaire en zone de guerre à un certain sens de la relation humaine transmis par son grand-père, Pierre Hadengue, dont il publie mi-mai le témoignage des années de guerre, de 1914 à 1918. Un projet qu’il poursuit depuis maintenant six ans.

Rassembler, trier et transcrire le témoignage de son grand-père semble autant un hommage à celui-ci qu’à son propre parcours. « Il a probablement contribué à cette ouverture et à ce respect des autres dont il était extrêmement respectueux », se souvient le médecin. Ayant perdu son père à l’âge de 12 ans, en 1965, il côtoie beaucoup cet aïeul agriculteur, pendant sa jeunesse dans l’Oise. Avec passion, il l’écoute alors raconter ses souvenirs de guerre.

Lorsque celui-ci décède, l’adolescent envisage un moment de devenir prêtre, avant, au lycée, de se tourner vers la médecine. « C’était peut-être une volonté de me tourner vers les autres, d’apporter quelque chose là où moi, j’avais souffert, confie-t-il. Comme une reconnaissance vis-à-vis des médecins qui s’étaient occupés de mon père. »

Depuis six ans, il retranscrit, vérifie et met en forme le témoignage de 14-18 de son grand-père, héros de guerre et agriculteur le reste de sa vie.
Depuis six ans, il retranscrit, vérifie et met en forme le témoignage de 14-18 de son grand-père, héros de guerre et agriculteur le reste de sa vie.

Il rencontre sa future femme à la fac, travaille en parallèle de ses études, devient généraliste à cause « du rapport avec les patients », est embauché dans un dispensaire à Suresnes. Le jeune couple de médecins ouvre son cabinet à Juziers en 1982, habitant juste au-dessus avant de déménager à Gargenville, dans une maison qu’ils ne quitteront plus. Mais, une décennie plus tard, son exercice confine à la routine.

Se produit alors le génocide au Rwanda, et le début pour Olivier Demoinet d’un parcours dans la médecine humanitaire. « Je me suis toujours demandé comment j’aurais réagi lors du génocide des Juifs en 1944, témoigne-t-il aujourd’hui. Le Rwanda a été l’occasion pour moi d’apporter un embryon de réponse à cette question. Même si, sur place, on pense parfois avoir un peu préjugé de ses forces. »

Arrivé juste après le génocide, en août 1994, il y reste pendant un mois et demi éprouvant, en pleine épidémie de choléra : « 200 enfants mourraient chaque semaine à Goma. » Les années suivantes, il retourne régulièrement en Afrique de l’Est, puis au Kosovo en 1998 et 1999. Il remue alors ciel et terre pour obtenir qu’une adolescente Kosovare puisse être soignée en France plutôt que mourir là-bas.

Ce nouveau combat le détache peu à peu, dans les années 2000, de structures humanitaires de plus en plus réticentes face à sa volonté inébranlable de sauver la jeune Valbona. « Elle est aujourd’hui installée à Lyon et a eu trois enfants, c’est une réussite phénoménale », commente-t-il, sans regrets mais avec beaucoup de gratitude : « Ca a été des moments difficiles pour ma femme, mes enfants et beaucoup de personnes impliquées. »