En piteux état depuis qu’il avait été laissé quasiment à l’abandon dans les années 1980, le château de Sully, aujourd’hui en vente, a fait l’objet de trois offres de rachat. Deux d’entre elles sont considérées comme crédibles. Selon nos informations, l’un des intéressés n’est autre qu’Arnaud Dalbis, ancien élu mantais, investisseur immobilier et propriétaire du groupe de privé santé Fineve, qui compte quatre établissements de soin en vallée de Seine.

L’ancien adjoint au maire de Mantes-la-Jolie a proposé 1,5 million d’euros, soit un million d’euros de moins que l’autre acheteur potentiel jugé sérieux, et très loin des sept millions d’euros espérés par Bernard Anthonioz, son actuel propriétaire. Les deux investisseurs restants ont maintenant un nouveau délai pour proposer une nouvelle enchère. En cas de refus de vente par Bernard Anthonioz, qui peut encore pour le moment choisir l’acquéreur, à l’un de ces deux enchérisseurs, le tribunal serait alors amené à trancher seul.

Le projet porté par Arnaud Dalbis, qui n’a pas souhaité commenter l’information, serait celui d’un Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le château lui-même pourrait, lui, devenir un éventuel restaurant doublé d’une école hôtelière, mais seulement dans un second temps, après une restauration progressive estimée à 15 millions d’euros. Au total, ces structures représenteraient 180 emplois.

Construit au début du XVIIème siècle par le duc de Sully, agrandi à plusieurs reprises, le château avait été restauré avec soin par la famille Lebaudy, propriétaire de 1869 à 1955. Le propriétaire suivant, le docteur Hertz, en avait transformé les communs en un centre de rééducation fonctionnelle. Ensuite vendu à une société japonaise afin de créer un hôtel de luxe, il avait surtout été réduit à l’état de quasi ruine, et dépouillé de ses meubles et oeuvres d’art.

En 1998, il est cédé à l’homme d’affaires Bernard Anthonioz avec l’ambition d’y créer un Relais-château, à l’image de son projet au château de Courcelles, ouvert depuis 1993. S’il a investi plus de sept millions d’euros en restaurations et entretiens divers, l’hôtel de luxe, lui, n’a jamais vu le jour. Et, au mois de février dernier, le château a été remis en vente, suite à une saisie judiciaire opérée à cause des difficultés financières de son propriétaire.

Cet énième changement de main sera-t-il le bon pour rendre son éclat au domaine ? « Entre les promesses qui avaient été faites [par Bernard Anthonioz] et la réalité, il y a un monde, ça a été pour nous une grande désillusion », rappelle Alain Patin, nouveau président de l’association pour la sauvegarde du patrimoine de Sully. Cette dernière, fondée lors du dépouillement du château dans les années 1990, veut en tout cas « rester une vigie ».

« Nous espérons que l’acquéreur aura la volonté d’entreprendre une rénovation complète, d’engager les travaux annoncés depuis de très nombreuses années et qui n’ont été que très partiellement réalisés », poursuit Alain Patin. Avant d’ajouter un voeu pieux, qui est aussi celui de la mairie : « Et en permettant au public d’accéder à ce superbe parc. »