Il est souvent reproché aux hommes et femmes politiques français une tendance plus accentuée que dans les autres démocraties européennes à s’accrocher au pouvoir. Qu’ils aient choisi de volontairement passer la main ou perdu lors d’élections municipales, d’anciens maires de la vallée de Seine ont confié à La Gazette les raisons qui font qu’ils continuent leur engagement politique après avoir quitté la mairie.

L’ex-édile (PS) de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, s’il a volontairement abandonné son fauteuil de maire en 2014, continue comme sénateur des Yvelines (PRG) de participer à la vie politique française. « Je crois que quand on remplit ces fonctions pendant toute sa vie, comme ça l’a été pour moi, c’est une passion pour la chose publique qui ne vous quitte jamais vraiment », analyse-t-il.

« Le jour où j’arrêterai toute action politique ou publique, je continuerai d’être passionné de politique », ajoute l’homme de 62 ans qui s’est engagé grâce à Michel Rocard, alors maire de Conflans-Sainte-Honorine. Lui s’est cependant toujours refusé à effectuer plus de trois mandats dans la même fonction : « J’ai toujours été partisan du renouvellement, je me le suis appliqué à moi-même. » Son successeur, Fanny Ervera (PS), n’a cependant pas réussi à gagner les élections en 2014.Il en a été de même pour Valérie Gargani (PS), qui a succédé pendant un an à l’actuelle députée du Mantois, Françoise Descamps-Crosnier (PS), dans le fauteuil de maire de Rosny-sur-Seine. Comme Philippe Esnol, cette dernière est aujourd’hui concentrée sur la politique nationale. Et estime que la question du renouvellement ne se pose pas forcément.

« La nouveauté est une richesse, mais l’expérience aussi, je trouve important que des élus de générations différentes se côtoient et travaillent ensemble dans un même combat pour l’intérêt du territoire et de ses habitants, estime l’ancienne édile. Et elle compte bien être présente lors des prochaines élections municipales (en 2020, Ndlr), « ou pour accompagner, ou en responsabilité » afin de redonner du pouvoir à une gauche aujourd’hui balayée des majorités en vallée de Seine.

« J’avais du mal à effectuer mes fonctions de maire et de conseiller général », explique l’ancien édile de Limay, Jacques Saint-Amaux (PCF), de sa décision de lâcher ses responsabilités municipales en 2010.
« J’avais du mal à effectuer mes fonctions de maire et de conseiller général », explique l’ancien édile de Limay, Jacques Saint-Amaux (PCF), de sa décision de lâcher ses responsabilités municipales en 2010.

Le Limayen Jacques Saint-Amaux (PCF), lui, a transmis le flambeau avec succès à un Eric Roulot (PCF) qui l’a remplacé à la tête de la mairie de Limay il y a six ans. « J’avais du mal à effectuer mes fonctions de maire et de conseiller général, explique celui qui a exercé la seconde jusqu’à l’an dernier. Je pense personnellement que les deux choses sont très difficiles à bien faire ensemble ».Ces derniers mois, il a fait un retour remarqué en exprimant publiquement de profonds désaccords avec son successeur, d’une manière très similaire à son homologue ancien maire de Magnanville, André Sylvestre (PS). « J’accepte qu’on fasse les choses différemment, mais là, j’estimais qu’on tournait le dos aux choix faits depuis plus de 40 ans », fait noter Jacques Saint-Amaux.

Lui est donc plutôt soucieux d’une certaine idée de l’héritage politique de la commune, et, s’il est simple conseiller municipal, il a redonné vie à son engagement municipal avec tout le poids de la figure politique qu’il reste : « Je suis revenu pour m’exprimer, dire simplement que je ne suis pas d’accord ». Mais, à bientôt 70 ans, « ce n’est pas revenir pour prendre la place : c’est fini, terminé. »

D’autres ex-premiers magistrats ont perdu aux dernières élections où ils étaient candidats, donc sans avoir le temps de transmettre le flambeau. L’ancienne maire de Mantes-la-Ville, la socialiste Monique Brochot, a choisi de rester très présente dans l’opposition : « Ma première idée était d’arrêter, qu’une nouvelle génération d’élus apparaisse. Mais nous sommes face au FN, et j’avais le devoir absolu de rester. »

Alors, elle ferraille avec le nouveau maire Cyril Nauth (FN). « Je dois absolument être présente pour défendre l’héritage de ce que nous avons fait, le maire faisant référence au passé à chaque conseil, et pour dénoncer le programme du FN », indique-t-elle. Mais elle assure qu’elle ne sera pas tête de liste aux prochaines élections : « Il faut s’atteler à faire progresser une nouvelle génération d’élus. »

A Carrières-sous-Poissy, l’état d’esprit d’Eddie Aït (PRG), plus jeune et très virulent envers son successeur, est tout autre depuis sa défaite de 2014. « J’ai perdu de 85 voix, dans un contexte difficile pour la gauche, analyse-t-il. Je pense que sans ce rejet, j’aurais été élu. Je considère que je dois améliorer ce qui n’allait pas, ce n’est pas individuel dans un esprit de revanche mais pour progresser. »

Pour cet actuel conseiller régional et municipal d’opposition, il n’était donc pas question de revenir à la vie civile après avoir perdu. « Si l’engagement politique devait s’arrêter aux défaites et ne commencer qu’aux victoires, on ne peut dire que ce soit très satisfaisant, oppose-t-il. J’ai fait le choix de poursuivre, et, à les entendre, les Carriérois ne me donnent pas tort. »

Cette volonté de continuer à peser de toute son influence dans la vie politique de la commune autrefois dirigée n’est pas partagée par le Conflanais Esnol. « Je ne vais pas intervenir tout le temps pour critiquer, ce n’est pas si facile que ça pour l’équipe en place, relativement inexpérimentée, témoigne-t-il, plutôt conciliant avec la nouvelle majorité de droite. Ma philosophie est de ne pas ajouter de la difficulté à ce qu’ils ont déjà à affronter. »