Le très haut débit devient de plus en plus indispensable aux 700 000 foyers yvelinois. Alors que les opérateurs privés accusent un certain retard dans la création du réseau en fibre optique, le conseil départemental a annoncé son nouveau plan pour les communes rurales, dont le contenu ne satisfait pas tous les élus locaux.

Vallée de Seine : dates du déploiement de la fibre optique commune par commune

[Dernière mise à jour : 10 mai 2017]

Consultez les dates de déploiement de la fibre optique en cliquant sur la commune qui vous intéresse. Le rouge le plus clair indique les villes où le déploiement a déjà commencé ou débute cette année. Plus le rouge est foncé, plus elles devront attendre. En gris figurent les communes où le début du déploiement n’est pas encore connu.

En vallée de Seine, 28 833 foyers sont en zone publique et 146 624 en zone privée. Toutes les données de cette carte interactive sont ont été collectées directement soit auprès des opérateurs privés (Orange et SFR-Numéricable), soit auprès du conseil départemental des Yvelines, soit grâce à des documents institutionnels et des articles de presse.

Ce nouveau plan public départemental fait suite à l’annulation d’un premier projet voté en 2012, qui prévoyait d’ici 2020 une couverture totale par un réseau fibré des 158 communes, soit 110 000 foyers, dont la collectivité a la responsabilité. Dans la nouvelle version, 23 000 continueront d’utiliser une technologie améliorée du réseau cuivre avec une « montée en débit ». Ce choix s’expliquerait par une volonté d’augmenter plus rapidement les débits dans les communes les plus en difficulté.

Lancé par l’Etat qui en a confié la charge aux collectivités territoriales et aux opérateurs privés, le déploiement d’internet à très haut débit est devenu un enjeu économique. « Aujourd’hui, la première question posée par les gens à l’achat de lots dans des lotissements est le débit internet. S’il n’y a pas au moins 2 Mbits/s de débit, ils ne viennent pas », constate Laurent Rochette, chef de la mission numérique du conseil départemental.

Montée en débit, satellite, fibre optique : quelles différences ?

Une connexion est considérée comme étant à très haut débit à partir d’un débit descendant, du réseau vers l’usager, de 30 Mbits/s. Le satellite, s’il est cher et moins rapide que le débit maximal de 25 Mbits/s d’une connexion ADSL, permet cependant un accès dans des zones très isolées.

La montée en débit consiste à créer des sous-répartiteurs (NRA) situés à moins d’un kilomètre des abonnés. Ces derniers bénéficient alors, en utilisant la technologie VDSL2 (une évolution de l’ADSL, Ndlr), d’un débit descendant compris entre 25 et 100 Mbits/s, et d’un débit montant allant de 5 à 30 Mbits/s, la vitesse de la connexion augmentant avec la proximité du sous-répartiteur.

La fibre optique introduit de son côté une rupture beaucoup plus importante, en particulier lorsqu’elle est amenée directement jusqu’à l’abonné (solution FTTH, Ndlr). C’est le cas dans les communes yvelinoises où le conseil départemental et les opérateurs privés déploient cette technologie. Elle offre alors actuellement, selon l’abonnement et l’opérateur choisis, des débits descendants de 100 Mbits/s à 1 Gbits/s, et des débits montants de 50 à 200 Mbits/s.

Dans les Yvelines, les zones confiées aux opérateurs privés, dans 104 communes largement urbaines, représentent 590 000 foyers à raccorder. Très largement sous la responsabilité de l’ex-opérateur public Orange, ce déploiement, aujourd’hui bien entamé, accuse environ un an de retard.

« Nous déployons une infrastructure qui va durer 50 ans, c’est pareil qu’une ligne TGV » , explique Jean-Claude Brier, directeur des relations régionales Île-de-France chez SFR, en responsabilité à Achères et à Conflans-Sainte-Honorine. Les deux difficultés que nous rencontrons sont l’écrasement des fourreaux souterrains (déjà posés dans les années 1970 par l’Etat lors de la création du réseau cuivre, Ndlr), et, pour les réseaux aériens, des zones où il faut parfois changer un poteau sur deux. »

 « Les maires peuvent-ils attendre 2020 ou 2022 pour la fibre optique ? », demande Karl Olive (LR), le vice-président chargé du numérique au conseil départemental pour justifier la montée en débit.
« Les maires peuvent-ils attendre 2020 ou 2022 pour la fibre optique ? », demande Karl Olive (LR), le vice-président chargé du numérique au conseil départemental pour justifier la montée en débit.

Du côté d’Orange, alors que 51 000 foyers étaient raccordés il y a 18 mois, ils seront 150 000 dans les prochaines semaines. « Les critères de sélection [pour l’ordre du déploiement] sont nos réseaux actuels (qualité du débit, Ndlr), la densité d’habitat, l’analyse socio-économique de la clientèle et la présence de la concurrence », précise Rémi Dupuy, délégué Orange sur l’Ouest francilien. En vallée de Seine, « tout le monde sera fibré en 2020 au plus tard », ajoute-t-il.

Dans les 158 communes relevant du conseil départemental, la solution adoptée en remplacement du plan initial est un mélange entre fibre optique et montée en débit. L’objectif est de permettre une amélioration des débits dès 2017, plus vite qu’avec un déploiement intégral, avance Karl Olive (LR), maire de Poissy et vice-président chargé du numérique au conseil départemental : « Les maires peuvent-ils attendre 2020 ou 2022 pour la fibre optique ? »

Les communes sélectionnées pour une montée en débit répondent à quatre critères, selon Laurent Rochette, le responsable technique : « Quel est le déficit de débit actuel ? Est-ce techniquement possible ? Peut-on couvrir favorablement au moins 50 % de la population ? Est-ce que cela fait sens financièrement ? » Pour ces villages, il faudra ensuite attendre « 2022 à 2025 » pour voir arriver la fibre optique.

Montée en débit : quelles communes concernées ?

Parmi les 158 communes de la zone d’initiative publique yvelinoise, 54, représentant 23 000 des 110 000 raccordements, sont concernées par une montée en débit pour l’instant (il pourrait y avoir quelques adaptations d’ici quelques semaines et l’adoption du plan définitif, Ndlr). Huit d’entre elles sont situées dans la zone de couverture et de distribution de La Gazette : Les Alluets-le-Roi, Aulnay-sur-Mauldre, Brueil-en-Vexin, Guernes, Guitrancourt, Mézières-sur-Seine, Moisson, Saint-Martin-la-Garenne.

Côté finances, le plan voté en 2012 prévoyait un investissement de 158 millions d’euros, dont 60 à la charge du Département. Cette nouvelle version est estimée à 110 millions d’euros, dont environ 70 pour le conseil départemental. Par ailleurs, si la fibre est ensuite louée environ 13 euros par mois et par abonné aux opérateurs, la montée en débit ne procure aucun revenu après son déploiement.

Depuis l’annulation du plan dont il avait la responsabilité jusqu’en 2014, et qui aboutissait selon lui à faire « plus vite et moins cher », le conseiller départemental Yves Vandewalle (LR) ne décolère pas. « Pour moi, le très haut débit est un service public, comme l’eau ou l’électricité. Certains n’auront pas le même accès avec un internet au rabais », estime l’élu du Sud des Yvelines. Il déplore aussi que la participation financière demandée aux intercommunalités « passe de 18 % à 25 % ».

L’actuel responsable politique du déploiement rappelle qu’Yves Vandewalle était aussi chargé du raccordement au très haut débit des collèges et des zones d’activités, « un cuisant échec ». Alors, si Karl Olive dit « le comprendre dans sa démarche », il estime le conseil départemental « contraint par une situation économique dramatique », et prône plutôt « une démarche positive où l’on dise enfin aux Yvelinois que le Département est en mouvement ».

Collèges et lycées yvelinois tous fibrés fin 2017

Sous la responsabilité du conseil départemental, les collèges yvelinois devraient tous être raccordés au réseau de fibre optique d’ici à la fin de l’année 2017. « Nous sommes sur un programme de travaux très agressif », indique Laurent Rochette, chef de la mission numérique.

Le conseil régional d’Île-de-France, chargé de la gestion des lycées, a aussi demandé que le conseil départemental déploie la fibre optique dans ces établissements. Ce partenariat juste conclu doit aboutir à l’arrivée du très haut débit dans cinq lycées cette année, et dans les 50 autres en 2017.

Zones d’activité : le second déploiement semble le bon

Déployée et commercialisée dans 68 zones d’activités économiques sur les 118 que comptent les Yvelines, la fibre optique à débit garanti séduit les patrons. Depuis le lancement des nouvelles offres en octobre, à des prix très inférieurs à ceux proposés précédemment, 65 entreprises sont raccordées au très haut débit par ce biais. Pour l’instant géré en régie publique, ce réseau le sera très bientôt par un syndicat mixte ouvert associant les intercommunalités.

En 2009, le conseil départemental choisissait Eiffage pour une délégation de service public destinée à créer et à gérer un réseau de fibre optique desservant les zones d’activité. Mais, si Eiffage construit partiellement le réseau, il le vend à des tarifs prohibitifs. En 2014, le Département casse le contrat, paie 15,3 millions d’euros de dédommagement et récupère le réseau en régie.

« Sur ce réseau, Eiffage a installé 6 clients en quatre ans, nous avons installé 65 clients en quatre mois », se satisfait le chef de la mission numérique au conseil départemental. « Notre objectif est de finir l’année avec 180 à 200 clients, même si nous allons sans doute mettre en place des actions promotionnelles pour se donner les moyens de le dépasser », complète le vice-président chargé du dossier, Karl Olive (LR).

Par ailleurs, lors d’une réunion à Mantes-la-Jolie en février, les chefs d’entreprises demandaient s’il était envisageable d’amener également ce réseau à proximité des zones d’activité. Ce sera bien le cas, annonce Karl Olive : « Le syndicat mixte n’aura plus de limites [juridiques], on ne sera plus limité au seul périmètre des zones d’activité. Avant de le faire, nous voulions vérifier que notre modèle tarifaire et de services était pertinent. »

Mise à jour, 19 mai 2015 : Une précédente version de cet article indiquait que le conseil départemental des Yvelines avait dédommagé Eiffage à hauteur de 10,7 millions d’euros.

Mise à jour, 23 mai 2015 : Une précédente version de cet article indiquait des nombres erronés en matière de foyers à raccorder au très haut débit.

Mise à jour, 25 mai 2015 : Une précédente version de cet article et de la carte interactive précisait que SFR-Numéricable était seulement aujourd’hui chargé du déploiement à Achères. Contrairement à ce qui nous avait été indiqué par les opérateurs privés, SFR-Numéricable ne s’est pas vu retirer le déploiement à Conflans-Sainte-Honorine (au profit d’Orange, Ndlr), et est donc toujours en responsabilité dans cette commune, où il a déployé pour l’instant plus de 2 000 branchements en fibre optique. Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs.