En organisant cette réunion d’information, il y a deux semaines, ils n’avaient pas du tout prévu que les enseignants de l’éducation publique seraient plus nombreux que les parents à qui ils destinaient leur présentation. Les responsables du Cours la boussole comme ceux de la fondation Espérance banlieue ont eu fort à faire face à ces professeurs souvent engagés, auprès de leurs élèves comme pour défendre l’éducation publique.

Le Cours la boussole, c’est une école élémentaire privée hors contrat, avec des classes à faible effectif, qui doit ouvrir à la rentrée au Val Fourré (voir encadré). Elle est assistée par la fondation Espérance banlieue, qui vise depuis sa création en 2012 à « favoriser le développement d’écoles indépendantes de qualité, en plein coeur des cités sensibles ».

« Ce sont des écoles aconfessionnelles […] le terme laïc est parfois mal compris dans nos banlieues, explique face à la sourde hostilité des enseignants de l’école publique Jean-Baptiste Nouailhac, chargé du développement de la fondation. Elles ont vocation à mettre l’accent sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux, et doivent respecter le socle commun des compétences, c’est juste que le chemin est un peu différent. »

« Ce que vous avez présenté, c’est ce que nous faisons au quotidien ! », s’est emportée cette directrice d’une école élémentaire du Val Fourré.
« Ce que vous avez présenté, c’est ce que nous faisons au quotidien ! », s’est emportée cette directrice d’une école élémentaire du Val Fourré.

De quoi froisser les professeurs présents, parmi les plus engagés du quartier auprès de leurs élèves. « Ce que vous avez présenté, c’est ce que nous faisons au quotidien ! », s’emporte ainsi une directrice d’école. « C’est une provocation : l’école publique est de l’injustice sociale ? », poursuit-t-elle du prospectus de l’école vantant « une instruction solide dans un cadre éducatif propice […] c’est une question de justice. »

Les responsables démentent vouloir remplacer l’école publique, devant des enseignants estimant que toute progression du privé se traduit par une régression du public. « Le sujet n’est pas la critique de l’Education nationale, défend Jean-Baptiste Nouailhac. Mais de comment répondre à des problématiques identifiées, […] difficilement traitables dans le système. »

Surgissent alors les difficultés et frustrations quotidiennes de ces professeurs. Au niveau local d’abord : «A Mantes, il y a un vrai problème de locaux scolaires, c’est une galère infinie ». Au niveau national ensuite : « Nous sommes complètement lâchés par l’Education nationale. Ce que vous avez les moyens de faire (comme les faibles effectifs, Ndlr), nous aimerions tellement pouvoir le faire. Et vous avez le volontariat des familles…»

Ouverture en septembre, du CP au CM2

Les responsables de l’association locale de gestion du Cours la boussole, distincte de la fondation Espérance banlieue, espèrent inscrire une vingtaine d’élèves pour cette première rentrée de septembre. L’école louera à la municipalité des locaux (qui accueillent actuellement l’IUT, Ndlr) dans l’ex-école Jean Moulin, fermée depuis une bonne décennie, au sein du secteur des Peintres.

« Nous souhaitions être entre [les quartiers de] Gassicourt et Val Fourré. Ce seront des classes en double niveau, de 10 à 15 élèves maximum, détaille Fabien Corbinaud, le président de l’association. La participation des parents est de 50 à 60 euros par mois, ce qui est un engagement pour les familles mais ne couvre pas les besoins financiers de l’école, loin de là. Le reste provient de dons ou de mécénat privé.»

Au programme figurent 7 h 30 de sport par semaine, des uniformes light, un groupement par six d’élèves de différents âges devant s’entraider, des panier-repas préparés par les parents, la participation des enfants au ménage, des chorales et un salut hebdomadaire au drapeau. « Nous avons le souhait de leur donner envie d’aimer ce pays et de rendre service aux autres, de ne pas rester dans leur communauté », explique Fabien Corbinaud.

Il assure par ailleurs que la seule sélection se fera sur « la volonté partagée de l’enfant et des parents ». Présente à la réunion, la figure du quartier qu’est la soeur Marie-Paule s’est montrée sceptique à ce propos, notamment pour les repas : « Je vois des parents de très bonne volonté, mais quand la maman va travailler avec 5 h de transport pour 4 h de ménage, et que le papa n’est pas là, je me pose la question de l’investissement des familles.»

Public, privé : les parents du Val Fourré veulent du choix

Les parents étaient finalement peu nombreux à avoir pu venir à cette réunion d’information. Les responsables de la fondation Espérance banlieue n’ont d’ailleurs pas caché leur déception, à l’issue de la réunion, que cette dernière ait d’abord été le lieu d’un débat avec les enseignants des établissements publics du quartier.

Mais les quelques parents présents n’en ont pas moins écouté les échanges avec intérêt. Estimant que l’école privée devra faire ses preuves sur le plan pédagogique, ils ont surtout souligné l’importance à leurs yeux d’avoir différentes options pour leurs enfants. « Nos parents, ils étaient des colonisés, ils allaient là où le blanc leur disait d’aller », analyse l’un des habitants présents.

Souhaitant rester anonyme, ce trentenaire passé par l’école publique, bon connaisseur du quartier, comme de ses enseignants qu’il dit apprécier par ailleurs, explique ce désir d’autres possibilités : « Nos générations veulent avoir le choix, ils se disent qu’une chose en plus n’est pas une chose en moins, qu’il faut pouvoir essayer. Qui ne tente rien n’a rien.»