Les presque 300 élèves du collège Paul Cézanne, situé au coeur du quartier du Val Fourré, n’ont pas eu cours mercredi 15 juin (ils ont tout de même été accueillis par le service de vie scolaire, Ndlr). Une bonne partie des 30 professeurs et des 60 agents de l’établissement, classé en Réseau éducation prioritaire (Rep), ont refusé d’enseigner ce jour-là, dénonçant des tensions très importantes avec le chef d’établissement, en poste depuis bientôt deux ans.

La situation semble aujourd’hui complètement bloquée, et la confiance rompue. Les protestataires exigent que l’inspection académique des Yvelines, alertée depuis l’an dernier, prenne des mesures. S’ils continueront à donner leurs cours jusqu’à la fin de l’année, ils refusent désormais de participer à toute réunion dans l’établissement, comme les conseils de classes ou d’administration.

« La communication avec notre chef d’établissement devient, chaque jour, plus difficile, indiquent les professeurs dans une lettre ouverte distribuée aux familles. Des enseignants et des personnels sont malmenés, voire harcelés. Nous avons déjà alerté notre hiérarchie […] Cette situation est inacceptable. Nous ne nous sentons plus en sécurité. »

Parmi les 30 enseignants, 25 ont signé une demande d’audience auprès du recteur. « Notre principal a une conception très particulière du travail en équipe et de la concertation, explique Jean-Marc Deschamps, délégué syndical de la FSU et enseignant en Segpa. Au départ, ces difficultés ont été ressenties au sein de la direction, et ça a vite essaimé sur l’ensemble des équipes. » Il décrit un personnel sous tension. « Ca se traduit par des retraits d’heures supplémentaires, des accusations mensongères, des humiliations, assure le syndicaliste. Il y a, de manière très régulière, des collègues qui sortent en larmes du bureau du chef d’établissement. Au moins trois ou quatre enseignants ou personnels d’éducation sont actuellement en arrêt maladie à cause de ça. »

«  Il y a, de manière très régulière, des collègues qui sortent en larmes du bureau du chef d’établissement », assure  Jean-Marc Deschamps, délégué syndical FSU au collège mantais.
« Il y a, de manière très régulière, des collègues qui sortent en larmes du bureau du chef d’établissement », assure Jean-Marc Deschamps, délégué syndical FSU au collège mantais.

En décembre, suite à une première audience avec les responsables départementaux de l’Education nationale, deux inspecteurs généraux sont allés dans l’établissement, pour écouter l’ensemble du personnel. Pour l’instant, leur audit n’a toujours pas été communiqué.

« Il nous a semblé que les relations pouvaient se retisser, mais leur venue n’a fait qu’empirer la situation, rapporte Jean-Marc Deschamps. Les collègues sont très dubitatifs sur le fait que nous puissions travailler à nouveau ensemble. C’est compliqué de faire table rase quand vous avez été humilié. »

Enseignant à Magnanville et surtout co-secrétaire départemental de la FSU des Yvelines, Jacques Jaudeau s’est rendu dans l’établissement récemment. Il indique une situation assez inédite, et des relations « épouvantables » entre le principal et « une grande partie » du personnel : « L’établissement en est presque à ne plus pouvoir fonctionner correctement. »

« On sent quand même des collègues très atteints, très destabilisés, poursuit le responsable syndical. Au moins au niveau psychologique, il y a mise en danger des gens qui travaillent dans l’établissement. » Si personne ne l’exprime clairement, il semble bien que seul un départ du chef d’établissement puisse changer quelque chose à la situation de ce collège de Mantes-la-Jolie.

Sollicitée par La Gazette, l’inspection académique des Yvelines ne souhaite pas commenter la situation.