La France était une évidence pour eux. Depuis le jour où une bombe s’est abattue dans leur immeuble d’Alep, Marie et Michel* ont décidé de fuir la Syrie en guerre, leur pays natal. « En février 2015, on a commencé à discuter avec la soeur de Michel (Elle habite en France depuis 40 ans, Ndlr) pour entamer les démarches »,
raconte timidement Marie. Leur exil a commencé à l’été 2015 lorsqu’ils se sont rendus au Liban pour effectuer une demande de visa à l’ambassade de France. Trois mois plus tard, tout était enfin prêt. Le top départ était donné.

Depuis janvier, Michel, 51 ans, Marie, 36 ans, Pierre, 11 ans, et Paul*, 6 ans, habitent au sein d’un pavillon mis à disposition par un particulier. Ils doivent leur arrivée à l’association Orgeval fraternité réfugiés (voir encadré). Avant de découvrir cette ville yvelinoise de 6 117 habitants, la famille syrienne a vécu trois mois chez la soeur de Michel. Tous les 10 jours, ils essayent de rendre visite aux proches du mari, en région parisienne. « Même si l’on ne se voit pas tout le temps, on sait qu’ils sont à côté ; c’est rassurant en cas de problème, admet le couple. A Orgeval, les gens sont aussi comme une seconde famille, ils sont attentifs à nos besoins ».

Quelques jours avant notre rencontre, leur professeure de français s’est occupée d’amener Michel chez le dentiste. A l’occasion d’un cours, la bénévole s’est aperçue d’un changement dans son comportement. « C’est une vraie communauté, on ne s’attendait pas à ça ! avoue Marie. Quand on marche dans le village, les gens viennent vers nous pour nous dire bonjour : c’est sécurisant ».

Michel et Marie ont fui leur Syrie natale à la recherche d’une vie paisible.
Michel et Marie ont fui leur Syrie natale à la recherche d’une vie paisible.

Une semaine après avoir emménagé, les enfants sont entrés à l’école. « L’intégration des enfants se passe bien. Le plus jeune parle très bien français, le plus âgé trouve l’apprentissage de la langue plus difficile mais ils se sont fait beaucoup d’amis ». Les parents ont aussi débuté leur apprentissage de français à raison d’une heure, quatre fois par semaine. « C’est indispensable pour s’intégrer dans la société et pouvoir parler avec les gens. La semaine dernière, on est allés à un barbecue où tout le monde parlait français », confie le couple. La maîtrise de la langue est encore approximative mais l’envie de progresser est bel et bien présente.

Si son statut actuel ne lui permet pas de travailler, les Orgevalais confient à Michel de petits travaux de jardinage, bricolage, peinture etc… « C’est embêtant de rester à la maison toute la journée et puis, il faut penser à l’avenir », explique Michel. Ce dernier travaillait en tant que manutentionnaire en Syrie. Marie quant à elle s’occupait de leur foyer. Aujourd’hui, la jeune femme souhaiterait devenir traiteur. Si les projets mûrissent petit à petit, rien ne sera possible sans une réponse favorable à leur demande d’asile entamée quatre mois auparavant. Ce sésame leur permettra de se projeter durablement dans cette France désirée. En attendant, ils occupent leur temps comme ils peuvent. De confession orthodoxe, ils s’investissent au sein de la communauté chrétienne. Ce mois-ci, Marie a effectué un pèlerinage avec d’autres fidèles. De leur vie passée, la famille souhaite désormais rester discrète préférant se focaliser sur les petits pas réalisés au fil des jours.

*Les prénoms ont été modifiés pour conserver leur anonymat.

Des citoyens solidaires

Orgeval fraternité réfugiés est une association née sous l’impulsion d’une poignée de particuliers, unis par une volonté commune d’accueillir des réfugiés. Aujourd’hui, une trentaine de membres actifs œuvrent à l’accompagnement des deux familles d’origine syrienne Autofinancé, le projet s’étend sur l’année 2016. L’association s’est mobilisée pour offrir un toit, un environnement chaleureux et proposer un accompagnement scolaire pour huit réfugiés. Il s’agit de les accompagner dans leurs démarches de demande d’asile, proposer une scolarisation aux enfants, œuvrer à l’apprentissage du français pour les parents et favoriser l’autonomie de tous.