C’est peu dire que Nicolas Sarkozy était attendu par les militants des Républicains, après les passages d’Alain Juppé l’an dernier, celui de François Fillon avant l’été, et la venue prochaine de Bruno Le Maire. A Poissy, plus de 500 militants, prévenus par courriel quelques jours avant, venus des Yvelines comme des départements limitrophes, l’ont accueilli en star. Dans ses bagages, il a apporté un discours sur l’éducation (voir encadré) reprenant ses axes de campagne.

L’ancien président de la République est l’un des huit candidats à la primaire ouverte « de la droite et du centre » (le député yvelinois du PCD Jean-Frédéric Poisson est le seul candidat non-LR, Ndlr). Il a probablement renforcé ce soir-là sa cote auprès de militants en grande partie déjà séduits. Sa stratégie l’impose s’il veut l’emporter les 20 et 27 novembre prochains, alors que ses concurrents misent plutôt sur une forte participation des sympathisants non-adhérents.

« Tout notre travail va être d’élargir notre base militante à des votants qui sont une grande partie de la population française, pour une majorité de droite, estime ainsi la sénatrice-maire d’Aubergenville Sophie Primas (LR). Nicolas Sarkozy joue sur les militants, son coeur du réacteur, les autres jouent plutôt sur l’extérieur. Il s’est vraiment aperçu qu’il fallait qu’il vienne dans les Yvelines. »

Interrogée avant le discours de l’ex-président, celle qui est aussi secrétaire générale adjointe aux adhésions des Républicains prédit : « Il va rejouer ici ses fondamentaux, nation et identité, son positionnement très orienté sur l’autorité. C’est normal qu’il défende ces valeurs-là, c’est son fond de commerce. Les gens présents ici [ce soir] ont besoin d’entendre ça. »

 « C'est un homme que j'apprécie au niveau du discours et des idées, comme le respect, indique une conseillère municipale de Poissy venue en famille (photo). Et puis, il est un peu plus jeune que Juppé, et la personne elle même a plus d'aplomb, de crédit. »
« C’est un homme que j’apprécie au niveau du discours et des idées, comme le respect, indique une conseillère municipale de Poissy venue en famille (photo). Et puis, il est un peu plus jeune que Juppé, et la personne elle même a plus d’aplomb, de crédit. »

Des propos qui confirment ceux tenus peu avant par Vanessa Hubert (LR), conseillère municipale de Poissy venue avec mari et enfants, heureuse d’avoir pu se faire dédicacer l’ouvrage de campagne de celui qu’elle soutient. « C’est un homme que j’apprécie au niveau du discours et des idées, comme le respect, indique-t-elle. Et puis, il est un peu plus jeune que Juppé, et la personne elle-même a plus d’aplomb, de crédit. »

A ce meeting ponctué des encouragements vigoureux de jeunes venus pour partie directement de son fief de Neuilly, Nicolas Sarkozy évacue en une phrase l’affaire Bygmalion et joue sur du velours. « Notre pays est submergé par la tyrannie des minorités, nous n’en voulons pas », clame-t-il en introduction. « Je ne supporte pas l’idée de la désintégration nationale, d’un roman national glorieux qui serait interrompu », assure-t-il en conclusion pour expliquer sa candidature.

Son discours sur l’éducation comprend, sans surprises, des attaques contre la gauche. Il s’attarde surtout sur un éloge de la réussite personnelle par l’effort, une défense de l’école privée « libre, catholique » sous contrat ainsi que d’une laïcité interdisant tout signe « communautaire » ou « religieux » au sein des établissements publics. Les écoles privées hors contrat, elles, sont laminées : « Je ne veux pas de madrasas intégristes sur le territoire.»

Les applaudissements d’une foule plutôt âgée se font de plus en plus retentissants. A la tribune, Nicolas Sarkozy exige « l’assimilation et non l’intégration » de toutes les cultures : « Tu viens en France, tu es accueilli comme il se doit, mais tu t’adaptes à la langue, à la culture, au mode de vie de ceux qui te reçoivent. Être Français, c’est être un homme libre, un homme respectant la France. » Dans une vallée de Seine peut-être plus diverse que le reste du pays, ce discours est plutôt bien reçu.

« Quand j’ai choisi de venir en France, j’ai adopté un mode de vie, comment être une nation si on ne se réunit pas autour d’une culture ou d’une langue ? », estime ainsi Samira. Cette adhérente LR du Mantois d’une cinquantaine d’années, n’est pourtant pas favorable à l’absence de repas de substitution dans les cantines et nuance : « Mais je n’attends pas qu’on me formate complètement sur le modèle français, par exemple de me convertir au catholicisme alors que je suis musulmane. »

Education : un programme chargé en nostalgie

Lors d’une table ronde avec parents d’élèves, élus et enseignants dans une école d’Orgeval, et comme à son meeting pisciacais, Nicolas Sarkozy a prôné autorité, respect, lecture et contre-réforme.

Pour les enfants, l’excitation était palpable et l’occasion trop belle pour ne pas demander d’autographe (comme certains parents, Ndlr).
Pour les enfants, l’excitation était palpable et l’occasion trop belle pour ne pas demander d’autographe (comme certains parents, Ndlr).

Les Orgevalais venus chercher leurs bambins à l’école Pasteur avaient pourtant été mis au courant le vendredi précédant ce mardi 6 septembre. Ils n’en sont pas moins surpris de voir débarquer Nicolas Sarkozy à la sortie des classes, accompagné de nombreux journalistes et élus locaux yvelinois. Pour les enfants, l’excitation était palpable et l’occasion trop belle pour ne pas demander d’autographe (comme certains parents, Ndlr) à ce personnage plus « vu à la télé » qu’identifié comme ex-président de la République.

Après une visite, il s’est assis avec quelques élus, professeurs et représentants des parents d’élèves de la commune, pour leur exposer sous forme d’échange un programme éducatif mâtiné d’une certaine nostalgie. « On ne peut plus continuer dans le statu quo, avance le candidat à la primaire. Est-ce qu’on va garder la réforme des rythmes scolaires, la réforme du collège ? ». Lui se positionne franchement contre.

Il est tout aussi dubitatif face aux parents d’élèves posant la question de l’intégration du numérique. « On ne les met pas à l’école pour les rendre encore plus addicts à l’écran, avec les tablettes, ce n’est jamais terminé, répond-il, autant père de famille que candidat. Pour moi, ce n’est pas Google qui fait l’éducation. […] Sans effort, ils n’arriveront à rien, il faut lire au lieu de regarder. »

Alors, le plaidoyer d’un parent d’élève ex-Orgevalais, habitant depuis un an au coeur de la Silicon valley américaine, passe mal. « Le digital va au-delà d’une simple tablette, les outils apprennent à lire, faire leurs devoirs, il y a un suivi extrêmement personnalisé des enseignants avec chaque élève », affirme-t-il. « C’est un peu l’avenir et les emplois de demain », continue ce père avec ténacité face à un ex-président griffonnant des formes géométriques, manifestement peu intéressé.

« Je ne concours pas pour être président des Etats-Unis, répond Nicolas Sarkozy. C’est une autre logique, on a un système qui n’a pas besoin d’aller copier les autres. » Désignant en symboles Proust, Balzac ou Maupassant, comme au meeting qui suivra à Poissy, il déplore : « Il y en a marre de ce téléphone portable qui nous suit en permanence, qu’est-ce qu’on était mieux avant ce contact frénétique ! »

Pendant ces deux heures, il propose plutôt des internats obligatoires pour les élèves perturbateurs, plus d’heures de présence d’enseignants mieux rémunérés et respectés des enfants, l’instauration d’une étude surveillée, le redoublement en une CP améliorée en cas de difficultés à lire, le repas unique dans les cantines scolaires, la fin des enseignements des langues et des cultures des pays d’origine, ainsi qu’une plus grande liberté pour les conseils d’administration des établissements.

Contrairement au candidat, les deux maîtresses présentes continuent de penser que le nombre d’élèves par classe est un problème. Mais elles ont apprécié l’échange, tout comme la plupart des parents d’élèves de la très droitière Orgeval, séduits par le programme proposé… à l’instar des militants réunis quelques heures après lors du meeting. « Il y a besoin de revenir un peu en arrière, comme on voyait ça en mon temps. Respect du professeur, pas de copinage et de tutoiement », approuvera ainsi à la sortie et sans réserve Serge, sarkozyste convaincu de 84 ans.

Le choix du duo Bédier/Devedjian se complique

Pour Pierre Bédier et Patrick Devedjian, les deux présidents LR des conseils départementaux des Yvelines et des Hauts-de-Seine, la chose était entendue. Engagés dans la fusion de leurs Départements, ils choisiraient le candidat le plus enthousiaste pour leur projet. Mais tous les prétendants soutiennent leur projet : l’annonce commune annoncée pour ces jours-ci pourrait donc ne pas se produire.

« Le facteur discriminant n’existe plus, [les principaux candidats] trouvent tous que notre idée de fusion est l’exemple de ce qu’il faut faire », explique un Pierre Bédier quelque peu embêté, alors que son homologue altoséquanais avait annoncé en août une décision début septembre : « Il va falloir qu’on trouve d’autres critères pour déterminer nos choix. »

Un choix forcément cornélien pour le l’élu mantais, déjà peu favorable au processus lui-même : « Pour moi, les choses étaient simples, tu étais président de la République, tu diriges le parti, tu es candidat », déclare-t-il quelques minutes plus tard à Nicolas Sarkozy au début du meeting. Vis-à-vis de ce dernier, avec qui les rapports ont longtemps été compliqués, les choses semblent plus apaisées.

« Je suis d’accord avec lui sur un point : on ne peut pas faire comme si, depuis les attentats de Charlie Hebdo, il ne s’était rien passé. Ne pas entendre l’exaspération qui monte dans le pays est irresponsable, nous devons prendre des mesures d’autorité, approuve Pierre Bédier. Après, […] où met-on le curseur ? Lui est pour la suppression du repas alternatif à l’école, moi pas, je pense que la République n’a pas besoin de ça. Mais quand il dit que le port du voile à l’université interroge, je suis d’accord avec lui. »