La commission de discipline statuera lundi 10 octobre sur son sort. En attendant, Nicolas Boher, conseiller municipal d’opposition à Elancourt et ex-directeur de cabinet de Mantes-la-Ville, a été suspendu du FN. Il s’estime aujourd’hui victime d’une purge à double titre.

Par son attachement à Philippe Chevrier, ex-secrétaire départemental exclu en mai dernier. Par ses relations tendues avec le maire FN de Mantes-la-Ville Cyril Nauth, dont il fut directeur de cabinet avant de partir, puis d’être en procès avec cet ancien employeur.

« Depuis que j’ai quitté la municipalité de Mantes, il y a une dégradation évidente du climat à la fédération », explique Nicolas Boher, mariniste fervent, entré au FN en 2010. Aux côtés de Philippe Chevrier, il participe à la croissance de la fédération yvelinoise, jusqu’à l’élection de Cyril Nauth en 2014 à Mantes-la-Ville. Il devient alors son directeur de cabinet.

« Au départ, ça se passait très bien, raconte-t-il de son arrivée à Mantes-la-Ville. J’ai rapidement pris mes fonctions et mes marques, l’aventure a duré un an. Ca s’est terminé de façon un peu lamentable […] j’ai dû quitter un peu précipitamment la mairie le 17 avril 2015. »

A des différends d’ordre politique se mêle une opposition personnelle (que nous ne détaillerons donc pas, Ndlr) entre les deux hommes. Elle se solde aujourd’hui par un procès de Nicolas Boher à l’encontre de la mairie de Mantes-la-Ville, et par un rejet systématique de Cyril Nauth envers son ex-directeur de cabinet au sein de la fédération.

« J’ai vite compris que j’avais été abusé, et j’ai décidé de répliquer en justice. Je conteste la manière dont mon départ s’est déroulé, détaille-t-il de sa procédure. Les gens ne s’y attendaient pas, j’étais un cadre respecté et apprécié. » Il démissionne de ses responsabilités au sein de la fédération.

Sept mois plus tard, il revient aux réunions, avant de devenir adjoint aux actions militantes. Après les élections régionales de 2015, où il ne se présente pas, il postule à un travail d’assistant aux élus régionaux. Sa proposition est rejetée à cause, lui dit-on, de sa procédure en cours contre la seule mairie FN d’Île-de-France.

« Je me sens harcelé : je demande une investiture qui me semble légitime, on me la refuse sans donner de raison. [Cyril Nauth] utilise clairement son statut de maire, et maintenant son poids d’adjoint fédéral, pour faire pression sur moi », estime Nicolas Boher.
« Je me sens harcelé : je demande une investiture qui me semble légitime, on me la refuse sans donner de raison. [Cyril Nauth] utilise clairement son statut de maire, et maintenant son poids d’adjoint fédéral, pour faire pression sur moi », estime Nicolas Boher.

Quelques mois plus tard, coup de tonnerre : Philippe Chevrier se fait exclure avec fracas du parti pour sa participation au rassemblement de Jean-Marie Le Pen le 1er mai. Une réunion suit entre Nicolas Bay, secrétaire général du FN, et les responsables yvelinois du parti. Indéfectible soutien de l’ex-secrétaire départemental, Nicolas Boher le défend.

Sa candidature pour les élections législatives sur la circonscription de Trappes, lui qui en est le seul élu FN, est rejetée en juillet. Au même moment, François Siméoni, ex-adjoint de Philippe Chevrier et nouveau secrétaire départemental, avec Cyril Nauth comme nouvel adjoint, sonne l’hallali d’une purge touchant les anciens proches de son prédécesseur de manière générale… et Nicolas Boher en particulier.

« Il me semble inconcevable qu’un membre de notre mouvement demande en justice des indemnités pharaoniques à une mairie FN, ou ait une attitude déplorable dans une circonscription dont il se croit propriétaire », écrit François Siméoni dans un courriel envoyé aux militants le 15 septembre. Le même jour, le courrier de suspension de son appartenance au FN est envoyé au conseiller municipal d’Elancourt.

« Je me sens harcelé : je demande une investiture qui me semble légitime, on me la refuse sans donner de raison, analyse-t-il. [Cyril Nauth] utilise clairement son statut de maire, et maintenant son poids d’adjoint fédéral, pour faire pression sur moi. Ca me paraît évident. » Par ailleurs, il demande « pourquoi les comptes [de la fédération] sont dans le rouge alors que l’an dernier, il y avait près de 100 000 euros en caisse », visant clairement la nouvelle équipe dirigeante.

« C’est du grand n’importe quoi », répond à la purge alléguée François Siméoni. Le nouveau secrétaire départemental du FN mentionne « un renouvellement normal » des cadres yvelinois : « Tout fonctionne bien, à part un ou deux cas ponctuels (Vincent Texier, à Maurepas, est également visé par ce propos, Ndlr) qui vont se stabiliser. »

« Un certain nombre de personnes ont été exclues ou vont être traduites devant la commission de discipline, indique sobrement l’autre concerné, Cyril Nauth. Le ressort habituel est un peu toujours le même malheureusement, issu de choses qu’ils briguaient et n’ont pu obtenir. Ca ne va pas plus loin que ça. »