Lundi 26 septembre, fin d’après-midi. Une voiture du Groupe de sécurité de proximité de la police nationale passe par la rue Thiers à Mantes-la-Jolie. A son bord, Christelle et son coéquipier sont en patrouille. Soudain, un appel de la station directrice les met en alerte : une dame venait d’appeler la police pour prévenir qu’un homme avait sauté du pont de Limay.

Ni une ni deux, les deux policiers s’empressent de gagner le pont, gyrophare et deux tons enclenchés, et se penchent pour scruter l’eau. « Effectivement, on a vu l’homme qui était au milieu de la Seine » explique Christelle. La policière a 35 ans, dont 15 ans de métier. Elle a les bons réflexes et appelle immédiatement les pompiers.

Les deux policiers regagnent leur véhicule et se pressent de rejoindre le rivage en contre-bas, par le quai de la tour. L’homme au beau milieu de l’eau, un sexagénaire, est en détresse. « Il faisait le bouchon. Un coup il avait la tête sous l’eau, un coup il remontait témoigne-t-elle. « Il fallait bien qu’on aille à l’eau, je me voyais mal le regarder en train de couler de toute façon. »

Christelle aime l’eau. A 19 ans, elle a passé son diplôme de maître-nageur-sauveteur, juste avant de rejoindre les rangs de la police. Sans hésiter, elle se déshabille et se jette à l’eau pour aller aider l’homme. A cet endroit de la Seine, les trous d’eau sont nombreux et les courants peuvent facilement entraîner un homme vers le fond.

La policière nage jusqu’à l’homme mais celui-ci lui crie : « laissez-moi tranquille ! Je veux mourir ! ». Christelle comprend alors que l’homme a sauté pour se suicider. Elle s’arrête à deux mètres et essaye de le raisonner. « Il était déjà violacé, il avait froid » raconte-t-elle. Alors quand l’homme lui demande que sa veste, restée sur le pont, soit récupérée, elle lui demande de faire des gestes.

Les pompiers ne tardent pas, et l’un d’eux les rejoint à l’eau avec une bouée. Christelle se met derrière le sexagénaire et le pousse gentiment dans l’eau. « Il était tétanisé et à bout de force » raconte-t-elle. Elle l’entoure alors de ses bras et consolide son accroche à la bouée, avant de l’aider à regagner le rivage avec le pompier.

Christelle n’a pas eu peur. « C’est soit on rentre à deux, soit on coule à deux  explique-t-elle courageusement. Moi ce que je voulais c’était rentrer avec ce monsieur parce que quelqu’un qui tente de se suicider en plein jour sur le pont de Limay alors qu’il y a du monde, c’est plus un appel au secours qu’un suicide réel. »

Pris en charge par les pompiers, le sexagénaire a été conduit à l’hôpital de Mantes pour traiter son hypothermie. Pour les deux policiers de Mantes-la-Jolie, la vie reprend son cours. Christelle n’a pas de nouvelles de l’homme, elle se dit surtout que s’il la revoyait, ça pourrait « lui rappeler de mauvais souvenirs », mais elle espère néanmoins que ses proches prennent soin de lui.

Un lieu à haut risque

A ce niveau de la Seine, sous le pont de Limay à Mantes-la-Jolie, les trous d’eau sont nombreux. Lorsque les écluses s’ouvrent, les courants arrivent par le bas, créant un élan d’aspiration.

« Ca vous entraîne vers le fond directement, explique Christelle, la policière qui a sauvé le séxagénaire de la noyade. Il y a 4 ans, lorsque je suis arrivée à Mantes, on m’a emmenée sur le pont de Limay et on m’a dit : si un jour quelqu’un saute de ce côté, il ne faut pas aller le chercher parce que c’est là qu’il y a le plus de danger. »

Le jour du sauvetage, l’eau est plutôt calme. « C’était un risque calculé, j’avais tâté le terrain avant et l’homme en face de moi ne dérivait pas super vite non plus. Mais c’est vrai que sur le moment, je n’y ai pas pensé » précise Christelle, qui n’a finalement écouté que son courage.