Face à la centrale thermique de Porcheville, sur l’autre rive, impossible de le rater pour les automobilistes circulant sur l’autoroute A13. Le chantier de création d’une troisième voie au viaduc de Guerville a débuté au début de l’année par des opérations de déboisement et de terrassement, et doit se terminer en 2020. L’année 2018 en sera la plus spectaculaire, avec le « lançage » du nouveau tablier.

D’après ses responsables, c’est le chantier « le plus complexe » actuellement réalisé par la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef). Voie ferrée, route départementale, conduites d’hydrocarbures, lignes haute tension, espace très limité : le viaduc franchit nombre d’infrastructures vitales de la vallée de Seine, dans une zone partiellement inondable, et dont certaines espèces naturelles sont protégées.

L’ouvrage d’art doit permettre la rénovation des deux tabliers existants, qui accusent leurs 50 ans d’existence, sans créer de goulot d’étranglement pour les 120 000 véhicules qui y passent chaque jour. Ce chantier ultérieur est planifié pour se tenir en 2020 et 2021. Les deux ouvrages rénovés seront alors transformés en deux fois deux voies montantes (contre trois actuellement, Ndlr), de Paris vers la Normandie.

Le nouveau viaduc accueillera trois voies vers Paris. « D’un point de vue technique, c’est un site hyper exigü, très compliqué », a expliqué Jérôme Fossé, directeur de la construction de la Sanef à une réunion publique d’information donnée à Mézières-sur-Seine en septembre. « Ces contraintes nous ont obligé à faire preuve d’imagination », sourit Benoît Texier, directeur d’opération, lors d’une visite du chantier quelques jours plus tard.

D’après ses responsables, c’est le chantier « le plus complexe » actuellement réalisé par la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef).
D’après ses responsables, c’est le chantier « le plus complexe » actuellement réalisé par la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef).

Alors, côté environnement, le déboisement a été réalisé « hors période de nidification », et un espace est dédié à compenser les terres rendues imperméables par l’ouvrage d’art. Le tablier du viaduc, lui, sera « jeté » par le haut en plusieurs parties en 2018. Ce choix est inhabituel, car bien plus risqué que de le réaliser en partant du bas, ce que ne permet pas l’étroitesse du terrain.

Par ailleurs, dès 2010, il a fallu se coordonner avec Réseau ferré de France (RFF). La circulation des trains sera en effet interrompue lors du week-end de Pâques 2018. La coupure permettra de réaliser les travaux relatifs à l’extension à l’Ouest du RER E (projet Eole, Ndlr) ainsi que l’installation d’une section de tablier au-dessus des rails.

Trente mois de chantier

A cet endroit, l’A 13 voit circuler chaque jour 120 000 véhicules, avec des pointes à 6 000 véhicules par heure. La création de l’ouvrage autoroutier de 360 mètres de long, près de quinze mètres de large et huit mètres de haut, représente 30 mois de travaux. Le chantier de ce viaduc d’une portée utile de 116 mètres inclut le terrassement de 180 000 ² de terrain, l’utilisation de 3 000 tonnes d’acier.

Six mille mètres cubes de béton, provenant de la centrale Unibéton (une filiale du cimentier Calcia, Ndlr) située à quelques centaines de mètres, seront également coulés, essentiellement pour former les piles sur lesquelles reposera le tablier. Après la création et l’ouverture de cette voie nouvelle commencera la rénovation du viaduc existant, un chantier dont la durée est estimée à 18 mois.

L’Etat paie la facture par un allongement de concession

La création d’un nouveau viaduc à Guerville, pour 47 millions d’euros HT, fait partie du Plan de relance autoroutier, signé l’an dernier entre les opérateurs privés et l’Etat. La Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef) réalise au total 20 chantiers de rénovation ou d’amélioration dans ce cadre, pour un total de 724 millions d’euros.

En contrepartie, elle a obtenu un allongement de ses concessions : celui-ci est de trois ans et huit mois pour sa filiale, la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN). Le réseau comprend les autoroutes A 13, A14 et A 29, il lui est désormais confié jusqu’en 2033 en échange d’un investissement de 280 millions d’euros.

Le Plan de relance autoroutier n’inclut cependant pas la rénovation des viaducs actuels, prise en charge par l’entreprise dans le cadre du contrat initial au titre de la maintenance. Son coût est estimé entre six et sept millions d’euros. Il reste limité car « on reconfigure de trois à deux voies [de circulation] après travaux, donc nous limitons les renforcements structurels de l’ouvrage que nous serions obligés de faire si nous restions à trois files de circulation », a expliqué la Sanef lors d’une réunion publique à Mézières-sur-Seine.