Depuis lundi 10 octobre et la publication par Le Parisien d’un article rapportant l’interdiction faite aux élèves de venir en survêtement, le lycée Condorcet est au coeur d’un emballement médiatique national dont il se serait bien passé (voir encadré). Un imbroglio entre parents et professeurs est au coeur de l’affaire. Il pourrait marquer un point de rupture dans la lutte commune pour réclamer plus de moyens.

Tout commence en mai dernier. Lors du conseil d’administration du lycée, l’interdiction du port du jogging est votée. Cette mesure, qui existait déjà pour les fillières professionnelles, est inclue pour tous au règlement intérieur de l’établissement et mise en place à la rentrée. Certains parents d’élèves protestent vigoureusement contre cette décision.

« Le jogging est le jean de notre époque, l’uniforme de nos enfants », avance ainsi Carole Marie-Rose, déléguée à la Fédération des conseils de parents d’elèves (FCPE). Elle estime cette règle illégale, le jogging ne représentant pas un signe ostentatoire ou religieux. Et assure qu’elle n’est pas appliquée de manière consistante : « Les surveillants n’ont pas le temps de vérifier tous les pantalons à l’entrée du lycée. »

Un représentant des enseignants au conseil d’administration,* contacté par La Gazette, soutient ainsi cette règle au nom de l’enjeu de « la stigmatisation des jeunes de banlieue ». Selon lui, l’ensemble du corps enseignant s’accorde à dire que « les élèves l’avaient largement acceptée ».

Suite à l’article du Parisien, les professeurs ont pour partie exercé leur droit de retrait, afin de  « défendre un point de règlement adopté démocratiquement et réfléchir collectivement à une réponse ». « Les bras m’en sont tombés », s’étonne la déléguée de la FCPE, pas prévenue. Elle signale que les parents se mobilisent pourtant aux côtés des professeurs pour obtenir plus de moyens.

Tous s’accordent en effet à dire que le lycée fait face à des problématiques plus importantes. « Nous n’avons pas de médecin et je ne vous parle pas du manque de professeurs » explique l’enseignant joint par La Gazette. L’affaire devrait cependant laisser des traces, certains représentants de parents d’élèves ne souhaitant plus s’engager aux côtés du corps enseignant dans leurs prochaines demandes.

* qui a souhaité rester anonyme.

Le lycée sous le feu des projecteurs

Le point de départ de cet emballement médiatique se nomme Bouchra En-Nadi. Selon nos informations, sa fille, élève en 1ère S, a été collée pour être venue à l’école en jogging. Elle menace alors le proviseur de médiatiser l’affaire, dénonçant deux poids deux mesures et des sanctions au cas par cas. Dès la publication de l’article du Parisien, l’affaire prend une ampleur nationale.

La communauté enseignante s’insurge « contre une couverture médiatique excessive et partiale ». Le lendemain mardi 11 octobre, près de 70 élèves arrivent au lycée habillés en survêtement. Un acte vécu comme « une provocation », une « tentative de destabilisation de la communauté éducative », dans un établissement « qui subit déjà un contexte difficile », indiquent les professeurs.

Les élus limayens ont eux aussi réagi le lendemain, par un communiqué. Ils s’opposent à l’interdiction du jogging, arguant que « les lieux scolaires doivent être des lieux d’émancipation, de compréhension et de respect de l’autre ». Ni la direction académique des Yvelines, ni la direction de l’établissement n’ont souhaité s’exprimer sur le sujet.

Quelques jours avant, lors d’un rendez-vous avec le rectorat, « Il avait été décidé que seules les fillières professionnelles seraient concernées, et uniquement le mercredi », indique Carole-Marie Rose, déléguée de parents d’élèves. Elle estime que la pression médiatique a braqué les professeurs. En tout cas, la direction a annulé un rendez-vous prévu avec les associations de parents d’élèves.