« Je vais finir la journée encore plus fatiguée que je ne le suis quand je vais bosser ». Pour la mobilisation du 17 novembre dernier, Corinne Mendoza, déléguée CGT de la Poste à Mantes-la-Jolie est obligée de hausser la voix face à une affluence record à la maison des Syndicats de Mantes-la-Ville. Soixante-dix agents de la Poste y sont réunis, en grève pour défendre leurs conditions de travail dans le cadre d’un mouvement de grève national.

Ce jeudi matin, les postiers gardent le sourire… et pourtant, à en croire leur porte-parole, « on atteint le point de rupture ». Dans cette ambiance de franche camaraderie, elle assure « ne pas se rappeler » depuis quand ils ont été aussi nombreux à se réunir*. Corinne Mendoza cible la direction des quatre centres de distribution en grève, Mantes-la-Jolie, Aubergenville, Bonnières-sur-Seine et Gargenville.

Leur colère est provoquée par une réorganisation du temps de travail que le groupe souhaite mettre en place d’ici 2020. Ainsi, par exemple, d’une pause déjeuner rémunérée de 20 minutes, le nouveau dispositif prévoit une pause de 45 minutes obligatoire et non payée. « Ils recherchent encore un gain de productivité d’où la disparition de 25 à 30 positions de travail (grâce au temps récupéré, Ndlr) », s’exclame la déléguée syndicale.

« Des agents font déjà systématiquement des heures supplémentaires non payées. Pour avoir son dû, il faut aller en procédure », glisse Fréderic Glise, postier à Aubergenville, à propos d’une éventuelle modification du « lissage » des heures supplémentaires, alors que l’ambiance serait déjà tendue selon Corinne Mendoza : « 15 % des effectifs du Mantois sont en situation de grande fragilité psychologique ».

Le manque d’effectifs est également sur toutes les lèvres : « Hier, sur le Mantois, quatre tournées n’ont pas été distribuées, soit 2 500 usagers lésés » donne en exemple la syndicaliste. Elle fustige par ailleurs un dialogue social qui se serait aussi terriblement détérioré entre le directeur des quatre bureaux et les agents, évoquant « des discours de dictateur ».

« Les agents issus du public ne sont pas habitués aux méthodes du privé », nuance un agent bonniérois qui a souhaité garder l’anonymat. La direction francilienne ne commente pas la situation entre la direction des quatre centres concernés et les postiers, mais indique que « les réorganisations ont été stoppées jusqu’à mi-décembre ».

* Selon la direction Île-de- France, il y avait 18,3 % de grévistes dans le Mantois à la mi-journée. Pour la CGT, ils étaient à près de 50 % « si on se base sur les effectifs réels ».