Après des années de campagnes d’information et de prévention qui ont contenu le Sida en France, certaines idées reçues combinées à une banalisation des comportements à risque laisse penser à « une reprise de l’épidémie ».

C’est notamment le cas à Mantes-la-Jolie où les jeunes de moins de 25 ans et les plus de 45 ans sont particulièrement touchés. Des comportements à risques contre lesquels les institutions médicales, associations et la commune veulent se battre. De nouveaux phénomènes expliqueraient la prolifération. Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre le Sida, un événement était organisé à l’Agora vendredi.

« Nous n’avons pas le droit de vous donner des chiffres, mais le VIH et les Infections sexuellement transmissibles (IST) sont en expansion à Mantes-la-Jolie et notamment au Val Fourré » nous glissait officieusement, il y a quelques mois, une responsable santé à la Ville. Constat similaire du côté de Jérôme André : le directeur de HF prévention, association qui agit sur le terrain dans l’information et le dépistage, assure « ne pas être autorisé à donner les chiffres ». Il concède néanmoins : « On est en catastrophe sanitaire et Mantes n’est pas une exception, cette problématique subsiste dans toutes les grandes villes ».

Les jeunes banalisent. « Il y a beaucoup de jeunes chez les nouveaux infectés » concède Morgane Marcour du réseau Comité de coordination régionale de lutte contre l’infection due au VIH (Corevih Ouest.) Pour Mme Douillet, conseillère conjugale et familiale au Centre de planification familiale de Mantes-la-Jolie : « Il y a une forte prise de risques chez les adolescents ». Même son de cloche du côté de Sylvie Mancoux, l’infirmière du lycée Saint-Exupéry : « Les jeunes que je rencontre ont plus peur d’une grossesse que des maladies qu’ils peuvent se transmettre par des rapports non protégés. Ils sont nombreux à pratiquer la technique du retrait qui ne protège pas des IST. »

Morgane Marcour veut casser « les idées fausses » par une sensibilisation renforcée : « Dans certains bassins comme ici, il est difficile de parler de sexualité, ce n’est pas dans la culture » décrit-elle, « d’autant que certaines populations d’Afrique subsaharienne sont contaminées et ne le savent pas ». L’infirmière scolaire, Sylvie Mancoux, abonde dans ce sens : « Le Sida à un moment, on en a peut-être trop parlé, ensuite plus du tout… Il faut trouver un juste milieu ».

« Le Sida ce n’est pas que les gays » ironise Jérôme André qui explique, « sans aucune volonté de stigmatiser », que les nouveaux cas de séropositivité « concernent à 40 % les relations homme-homme, 60 % les relations homme-femme dont 35 % de population migrante ». Contrairement aux années 80 et 90, pour Mme Douillet la prolifération du VIH est beaucoup moins liée à la consommation de drogues. Les bus de dépistage d’HF prévention, qui se rendent tous les deux mois au Val Fourré montrent des résultats édifiants. « Si la part des personnes infectées est de 0,2 % sur l’ensemble des dépistés en centre, dans les cités et universités, nous on peut arriver à 1,23 % » détaille Jérôme André.

Celui qui est aussi correspondant à l’Unesco distingue deux phénomènes émergents parmi les nouveaux cas de contamination. Il y a d’une part, « les invisibles, qui pratiquent la prostitution contre échanges de services ». Principalement épinglé : « Le sexe contre logement », que décrit aussi Morgane Marcour. Un autre phénomène touche les plus de 45 ans : « Des hommes dont le mode de vie change, la maison est payée, les enfants sont partis. On n’a jamais mis la capote avec sa femme, on ne la met pas dans des relations adultères ou tarifées » toujours selon Jérôme André.

Contactés, les différents services de la mairie n’ont pas été autorisés à s’exprimer sur le sujet. « Parler du Sida n’est pas vendeur, Mantes est un exemple, ils ont le courage de s’atteler au problème », défend Jérôme André. Une permanence consacrée au dépistage d’IST a été ouverte à l’hôpital François Quesnay chaque vendredi matin.

Mais comme le rappelle le co-fondateur de HF Prévention : « Il n’y en a pas plus au Val Fourré ou à Mantes-la-Jolie qu’ailleurs, il n’y a pas forcément de sociologie du VIH ou des IST, la situation est tout autant inquiétante à Versailles et Saint-Quentin-en-Yvelines ».