« Ma commune sans migrants ». Lors de la séance du mercredi 30 novembre, la majorité Front national du maire Cyril Nauth a soumis cette délibération aux élus municipaux, suscitant de vives réactions dans l’opposition, tant de droite que de gauche. Ces derniers se sont retirés lorsque celle-ci a été abordée et la majorité l’a voté à l’unanimité.

Sans valeur juridique, cette motion reprend une charte disponible sur le site internet du parti frontiste. Cette dernière fait suite à la création par Steeve Briois, le maire FN d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), d’une « association de maires refusant l’accueil des migrants ».

Cette charte en huit points stipule par exemple que les communes signataires s’engagent « à s’opposer par tous les moyens légaux à l’installation de centres d’accueil […] », ou encore « à utiliser tous les moyens de communication à leur disposition pour faire connaître leur opposition à l’accueil de migrants sur leur territoire ».

Pour Cyril Nauth, l’objectif de cette délibération est « en tant que maire, de me positionner sur le refus des camps de migrants ». Il regrette le manque de « prise en considération du préfet » et précise que cette motion a également « un aspect politique » visant à « clarifier les positions des uns et des autres », en référence aux élus d’opposition.

Si l’adoption de cette motion devait avoir lieu en toute fin du conseil, Annette Peulvast-Bergeal, ex-maire PS de la commune et conseillère municipale d’opposition de la liste Ambition pour Mantes-la-Ville, s’est exprimée au début du conseil à ce sujet. « Il y a la motion à la fin qui pose problème, a expliqué Annette Peulvast-Bergeal. Outre le fait qu’elle émane de votre parti, elle ne concerne pas Mantes-la-Ville. » Elle a ajouté que sa liste quitterait la salle pour cette motion, estimant que « ça n’a pas sa place ici ».

Avant le vote de cette ultime délibération, Bénédicte Bauret, de la liste d’opposition de gauche Ensemble pour Mantes-la-Ville, a pris la parole pour son groupe avant que celui-ci ne quitte également la salle. « Nous sommes écœurés, mais pas du tout étonnés tant le rejet de l’autre, des mensonges, des amalgames, la volonté de faire peur, ont toujours fait partie de l’ADN du Front national », a estimé Bénédicte Bauret de cette motion, avant d’ajouter y « être opposée avec force ».

Jugeant cette motion « abjecte sur le fond », l’élue d’opposition a expliqué ne pas « oublier qu’un être humain ne fuit son pays que s’il y est obligé par la guerre ou la misère ». Avant de demander à la majorité : « Vous avez oublié ? L’image d’Aylan Kurdi, ce pauvre petit garçon noyé ». Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir quelques élus frontistes, ceux-ci arguant qu’il s’agissait d’un « montage ».

Pendant que les deux oppositions de gauche quittaient la salle, celle de droite a également pris la parole, par la voix d’Eric Visintainer (LR), avant de sortir à son tour le temps de la délibération. Si Eric Visintainer a indiqué être « contre les implantations de camps de migrants à Mantes-la-Ville », d’après lui, cette « motion est beaucoup trop dure », la qualifiant même de « torchon ».

L’élu des Républicains a notamment reproché à la majorité FN de « mettre pêle-mêle » les migrants, légaux, illégaux, les réfugiés politiques et les réfugiés économiques. « On me dirait, « il faut accueillir quelques familles », je parle de familles, au sein de familles mantevilloises, ce ne serait pas un problème pour moi », a déclaré Eric Visintainer. Reprochant au maire de « crier au loup pour rien », il lui a demandé si un projet de camp de migrants existait sur la commune. Question à laquelle Cyril Nauth a répondu « Pas que je sache ».

Après que les élus de droite aient également quitté la salle, l’unanimité de la majorité frontiste a voté pour l’adoption de cette motion. « Je pense que je ne vais pas prendre le temps d’expliquer pourquoi on vote cette motion, a conclu Cyril Nauth. Je pense qu’on en a soupé de ce terrorisme moral. Stop ! »