« Une défaite de l’État de droit, un péril républicain». William Bourdon et Vincent Brengarth, les avocats de l’association cultuelle de la mosquée, ne mâchent pas leurs mots après la décision du Conseil d’État d’entériner la fermeture de la salle de prière. S’ils contestent cette décision, ils craignent aussi que le ministère de l’Intérieur ne demande la dissolution de l’association islamique Malik Ibn Anas.

Le juge des référés du Conseil d’État a donc rendu sa décision mardi 6 décembre. La veille, lors de l’audience, la défense avait placé le débat sur un terrain politique arguant « un climat hostile à l’Islam », fustigeant « un procès contre le salafisme ». La représentante du ministère de l’Intérieur a parlé, elle, « d’un fonctionnement générant des troubles à l’ordre public ». Le juge a finalement statué que « les fidèles pouvant fréquenter trois autres mosquées à moins de cinq kilomètres, il n’y avait pas d’entraves à la liberté de culte ».

Les avocats de l’association islamique Malik Ibn Anas affirment que ce n’est pas la fin de cette affaire et se gardent le droit d’un recours sur le fond : « personne n’a statué sur la légalité de l’arrêté de la préfecture ». Un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme ne serait toutefois pas envisagé, « car avec l’état d’urgence, l’article 15 permet à la France de déroger à l’application de cette cour ». Ils craignent surtout une dissolution de l’association : « c’est un projet du ministère de l’Intérieur ».

La mosquée restera fermée jusqu'à la fin de l’état d'urgence, mais les avocats de l'association craignent que celle-ci soit dissoute.
La mosquée restera fermée jusqu’à la fin de l’état d’urgence, mais les avocats de l’association craignent que celle-ci soit dissoute.

Car l’audience a mis en exergue un débat, celui du salafisme pratiqué à Ecquevilly. La représentante du ministère de l’Intérieur a dénoncé « des comportements anti-républicains ». A la sortie de l’audience, maître Brengarth concède « que le courant quiétiste (traditionaliste, Ndlr) pose des questions de vivre ensemble et d’intégration », puis interroge : « Est-il pour autant interdit par la loi ? ».

Dans l’édition du 6 décembre du journal La Croix, Abdellali Mamoun, présenté comme « un jeune imam ayant donné des conférences à Ecquevilly, avant d’en être exclu car considéré comme trop modéré », dénonce « la vision complotiste » de l’imam Youssef Abou Anas. Il évoque « un salafisme quiétiste » où il est impossible « de faire en même temps allégeance à Dieu et à son prophète et à la France ».