C’est leur première action dans le département, et ils se sont fait surprendre par la gendarmerie. Dans la nuit du 12 au 13 décembre, deux militants de l’association L214, dont Sébastien Arsac, le co-fondateur, ont été interpellés en flagrant délit à l’entrée de l’abattoir Guy Harang. « Une caméra était tombée dans une salle », confie une source proche de l’enquête.

C’est un employé qui a découvert le dispositif le 12 décembre au matin. La caméra avait été installée la veille. La direction de l’entreprise décide alors de porter plainte à la gendarmerie de Houdan. Les gendarmes organisent alors une surveillance aux abords de l’établissement. Au milieu de la nuit, les deux hommes entrent dans l’abattoir « pour remplacer leurs cartes-mémoires ». Ils ont également été interpellés « avec plusieurs petits camescopes ».

L’association L214 lutte contre la souffrance animale, et s’est fait connaître en diffusant sur internet des vidéos sur les conditions de mise à mort dans des abattoirs français. L’action menée à l’abattoir Guy Harang fait suite à « un signalement concernant le gazage des cochons au dioxyde de carbone, mais aussi d’autres pratiques », détaille Brigitte Gothière, membre de l’association contactée par La Gazette.

Les deux militants se sont alors rendus sur place pour apporter « un soutien logistique » et opérer « une vérification des faits ». Leur matériel a été saisi et ne leur a pas été restitué. Les deux militants ont été placés en garde à vue et relâchés le 13 décembre en fin d’après-midi. « Nous sommes conscients que cela n’est pas légal, souligne Brigitte Gothière. Mais c’est une nécessité pour dire la vérité. »

Elle souligne que l’entrée des deux militants sur le site ne s’est pas faite « par effraction », car « la porte leur était ouverte ». La direction de l’abattoir aurait, après les faits, invité l’association à venir visiter les locaux. « Cela ne nous pose aucun problème », relève Brigitte Gothière. Même si elle apprécie l’initiative, elle n’est pas complètement convaincue : « Je ne pense pas que l’on nous laisse filmer ce que l’on souhaite. »

Jean-Marie Tétart (LR), maire de Houdan, félicite, lui, les gendarmes de la commune : « C’est la première fois que cette association est prise la main dans le sac. » Il demande à L214 de « montrer de la responsabilité », ajoutant en référence à l’actualité législative (voir encadré) : « Une fois que le problème est pris en main, il ne faut pas rester sur des moyens qui ne sont pas les bons. Il ne faut pas poser des contraintes sur un secteur qui connaît déjà des difficultés. »

L’abattoir et l’association se retrouveront le 12 juin 2017 au tribunal correctionnel de Versailles. Il est reproché à L214 d’avoir « porté atteinte à la vie privée et à l’intimité de l’abattoir », détaille Brigitte Gothière.

Des plats végans en garde à vue

Du côté de l’association comme de la gendarmerie de Houdan, l’interpellation des deux militants « s’est bien passée », comme leur garde à vue. « C’est un risque, reconnaît Brigitte Gothière, membre de L214. Mais nous n’avons pas été affolés ». D’autant plus qu’il a été proposé aux deux membres un repas « en adéquation avec leurs préférences alimentaires », c’est-à-dire végans. Depuis quelques années, « plusieurs plats sont proposés lors des gardes à vue » afin de correspondre aux différents régimes alimentaires, détaille la gendarmerie de Houdan.

Le contrôle vidéo refusé par les députés

« La situation est assez ironique, notait mercredi dernier Jean-Marie Tétart (LR), député-maire de Houdan. En ce moment, la commission des affaires économiques se réunit autour de la proposition de loi d’Olivier Falorni relative au respect de l’animal en abattoir ». En effet, suite aux vidéos de l’association L214, 33 députés représentant plusieurs groupes politiques, dont Olivier Falorni (DVG), député de Charente-Maritime, avaient déposé une proposition de loi pour améliorer le contrôle et définir des sanctions envers les abattoirs français.

Au courant, Brigitte Gothière, membre de L214, regrette que cette proposition ne concerne « que les directeurs d’abattoirs et les services vétérinaires », et demande : « Pourquoi les gens n’auraient-ils pas le droit de voir la mise à mort de ce qu’ils retrouvent dans leurs assiettes ? » Malheureusement pour l’association luttant contre la souffrance animale, ce ne sera ni l’un ni l’autre. « Le texte a été adopté mais vidé d’une partie de sa substance, indiquait ainsi Le Monde mercredi dernier. Les parlementaires ont supprimé deux des sept articles, dont la mesure phare rendant obligatoire la vidéosurveillance. »