« Sans langue de bois, ça se passe bien », sourit Marc Vantomme, le responsable d’établissement, du mois passé depuis l’arrivée de 35 migrants à Morainvilliers. Ces derniers avaient emménagé le 12 décembre dernier dans la maison de vacances de l’association des Petits frères des pauvres, devenu le temps de l’hiver un centre d’hébergement d’urgence, suite à une tumultueuse réunion publique où plusieurs Morainvillois avaient affiché leur réticence.

Comme pour faire mentir ceux qui affirmaient, lors de la réunion publique du 7 décembre, que le bénévolat ne prendrait pas à Morainvilliers, la solidarité a pris le pas pour venir en aide à l’association des Petits frères des pauvres et à Aurore qui gère le site. « Si on totalise la somme de ceux qui témoignent de la bienveillance, on en a plus que de personnes présentes à la réunion publique », estime même Marc Vantomme. « Le vestiaire déborde tellement on a reçu des dons, ajoute celui-ci. Dernièrement, on m’a demandé quoi donner et vu qu’on a tout, j’ai dit du thé et du temps ».

Comme un témoignage de cette solidarité, ce vendredi 6 janvier en fin de matinée, Georges, Morainvillois retraité, est venu faire dons de quelques vêtements. « Je crois qu’il faut leur donner une chance, on les a chassés de chez eux, confie ce dernier. Je pense qu’il faut les aider et les intégrer. » Autre exemple peu de temps après le don de Georges, « trois jeunes filles sont venues se proposer pour aider au repas du midi », rapporte Marc Vantomme.

Si tout se passe bien au sein de l’établissement, son responsable met cette réussite sur le compte d’un « long travail en amont ». Notamment avec un règlement expliqué dès l’arrivée des hébergés. Celui-ci stipule par exemple la « consigne de quatre maximum quand ils se déplacent en ville pour ne pas faire d’effet de groupe », détaille Fabien, travailleur social pour l’association Aurore, où encore l’interdiction de découcher sans justification plus de trois soirs consécutifs.

Si Fabien estime qu’ « ils s’adaptent bien au règlement », il précise que quand celui-ci n’est pas respecté, des sanctions peuvent intervenir. « Il y en a trois qui n’ont pas respecté les règles, ça a entraîné une fin de prise en charge [pour eux] », confie le travailleur social, rapportant un manquement notamment à l’interdiction de découcher.

Il n'est pas rare de voir plusieurs migrants organiser des parties de cricket improvisées, l'un des sports les plus populaires en Afghanistan.
Il n’est pas rare de voir plusieurs migrants organiser des parties de cricket improvisées, l’un des sports les plus populaires en Afghanistan.

Parmi les 35 migrants présents à Morainvilliers, se trouvent principalement des Afghans et des Soudanais, ainsi que quelques Érythréens, Tchadiens, Somaliens. Si, comme annoncé lors de la réunion publique, la moyenne d’âge est effectivement jeune à 26 ans, le plus jeune a 18 ans et le plus âgé en a 63. Et les profils sont variés : « Il y en a qui ont de très bons niveaux d’études », indique Fabien. Complété par Marc Vantomme qui explique que les profils vont « de l’entrepreneur à l’éleveur de chèvres ».

« Beaucoup sont mariés, et leurs femmes et enfants sont toujours là-bas, constate Fabien. Ils ont tout quitté en espérant qu’il y aurait de l’argent à faire ici pour leur envoyer. » Des personnes dont les parcours de vie n’ont pas été faciles. « Il y en a un dont c’est la famille qui a payé le voyage, pour qu’au moins un membre de la famille survive », raconte Marc Vantomme.

Pour le bon fonctionnement au quotidien du lieu, les personnes migrantes participent activement à l’organisation des tâches. « Il y a un tableau, où chaque jour une personne différente fait différentes tâches ménagères », explique Fabien. Sur place, la vie est rythmée par les repas, les démarches administratives et les déplacements à la gare souvent assurés par des bénévoles.

Les après-midi, sont dispensés des cours quotidiens de français dont « ils commencent à maîtriser quelques bases » d’après Isabelle Fouqué, directrice de l’association de gestion des établissements des Petits frères des pauvres. Et peu après midi, il n’est pas rare de voir plusieurs migrants organiser des parties de cricket improvisées, l’un des sports les plus populaires en Afghanistan.

Quant à la date du départ de Morainvilliers, annonceé au 24 avril lors de la réunion publique, elle est « maintenue et inchangée », assure Isabelle Fouqué : « Ça aussi ça fait partie du cadre ». Et Marc Vantomme d’ajouter : « Je veux qu’à la fin, les gens voient qu’on a tenu nos engagements. »

Plusieurs sites d’accueil en vallée de Seine

Outre Morainvilliers, plusieurs communes de vallée de Seine accueille des migrants depuis plusieurs mois. A Mezy-sur-Seine, alors que les premiers sont arrivés en septembre 2015, ils sont maintenant près de 110 dans les locaux de l’association Aurore. Jean Mallet (EELV), maire de la commune, explique qu’une rencontre avec le préfet est prochainement prévue et que « a priori, on s’attend à rester sur l’usage actuel des locaux », précise Jean Mallet, à savoir « un centre transitoire ».

D’autres personnes migrantes sont également hébergées à Triel-sur-Seine ou encore à Conflans-Sainte-Honorine. Répartis dans plusieurs collectifs, des bénévoles s’organisent pour aider à l’accueil de ces migrants dans les Yvelines. Notamment au sein de Accueil des réfugiés (AR 78), le Secours catholique, la Pierre blanche, la Croix rouge, etc.