Deux jours de grève ont à nouveau eu lieu en une semaine au lycée polyvalent Jean Rostand, situé entre les quartiers de Gassicourt et du Val Fourré, déjà touché par cinq grèves depuis la rentrée. Dans le cadre de manifestations nationales de protestation lancée par le collectif Touche pas à ma Zep, il n’y a pas eu de cours pour le millier d’élèves du lycée mardi 3 janvier suite à un arrêt de travail massif, puis un mouvement de grève de moindre ampleur lundi dernier.

Ces professeurs, syndiqués ou non, refusent que le destin de leur lycée se joue après l’élection présidentielle. La suppression des Zones d’éducation prioritaires (Zep) au profit des Réseaux éducation prioritaire (Rep) aboutit dès l’an prochain à l’exclusion des lycées de ces dispositifs. La Zep permettait des classes moins nombreuses, un meilleur encadrement ainsi que des primes financières et en termes de mutation aux professeurs y exerçant.

« On avait jusque-là des effectifs à 30 maximum en général et en technologique, qu’on va perdre. On pourrait monter à 35, ou même à 38, regrette Fanny Gouzou, professeur de français présente depuis cinq ans au lycée mantais. L’autre axe de l’enseignement prioritaire est l’encadrement, nous avons deux proviseurs et cinq CPE (conseillers principaux d’éducation, Ndlr). Si on se bat surtout pour les effectifs, c’est pour l’accompagnement d’élèves qui ont besoin de plus de soutien. »

«  Ils sont à 30 par classe avec beaucoup de demi-groupes », indique Thierry Duval, représentant de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE)
« Ils sont à 30 par classe avec beaucoup de demi-groupes », indique Thierry Duval, représentant de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE).

Jusqu’à la rentrée 2018, le ministère de l’Education nationale a bien garanti aux enseignants le maintien des bonifications de points nécessaires aux mutations… avant la suppression du système. « Une bonne quinzaine de collègues (sur une centaine, Ndlr) demandent à partir en utilisant leurs points, surtout ceux qui sont là depuis longtemps et ne pensaient pas partir, indique Fanny Gouzou. Les professeurs sont inquiets, la ministre nous a dit qu’on serait la priorité du prochain quinquennat… »

« Ce qui n’est pas rassurant ! », complète avec un sourire un peu amer Rodophe Pizzi, enseignant en mathématiques depuis neuf ans au lycée Rostand. « On demande la sanctuarisation du statut Zep jusqu’à une nouvelle carte de l’éducation prioritaire, pas pour un ou deux ans. Le prochain gouvernement ne fera pas forcément quelque chose », explique Vincent Smith, délégué syndical Sud éducation. Professeur d’anglais à Jean Rostand depuis deux décennies, il déplorait lundi n’avoir « aucune réponse ni indication » de l’inspection académique.

Les professeurs grévistes semblent soutenus par les parents. « Etre en Zep permet d’avoir des moyens pour des élèves qui sont aussi nos enfants. Ils sont à 30 par classe avec beaucoup de demi-groupes, ce qui est intéressant pour le suivi et la qualité des enseignements », avance ainsi Thierry Duval, représentant de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), présent mardi devant l’établissement.

A la dernière rentrée, l’inspection académique a bien intégré au lycée des élèves de seconde de familles plus favorisées, car non exclusivement issues du Val Fourré et de Gassicourt. « C’est une bonne chose. Ca équilibre un peu, car on s’est ghettoïsé pendant des années, mais ces recrutements n’empêchent pas les élèves de repartir en première, on attend de voir, commente Vincent Smith. On est prêt à discuter du profil sociologique de notre établissement, simplement, il faut accepter de discuter avec nous. »

Nouveaux profs : retards systématiques de paiement ?

Mercredi 4 janvier, des enseignants ont occupé le bureau du proviseur pour obtenir le paiement d’une partie du salaire d’une d’entre eux. « Le jour de la grève, j’ai appris qu’une collègue en espagnol, arrivée le 28 novembre d’Espagne, n’avait pas été payée », raconte Vincent Smith, délégué syndical Sud éducation. Il a sollicité sa hiérarchie afin que cette nouvelle enseignante puisse payer « son loyer ».

N’obtenant pas de retour favorable, il est monté avec d’autres dans le bureau du proviseur à 10 h 30… y restant plusieurs heures. « A 14 h 20, on a fini par nous dire que l’ordre [de virement] avait été transmis, poursuit-il. On ne peut nous dire le montant mais c’est lancé, on l’a pris comme un engagement. » Le délégué syndical assure que ces paiements en retards sont « ultra-fréquents » pour les nouveaux enseignants contractuels.

« A un moment, il faut un peu de respect, ils devaient deux mois de salaire au collègue précédent, c’est inacceptable alors qu’on a de plus en plus recours à des contractuels, qui peuvent être dans des situations très diverses », déplore-t-il. A l’heure de l’envoi de cette édition à l’impression, le paiement ou non de cette enseignante n’était pas connu de La Gazette.