Cette fois-ci, arrêter le travail ne leur aura pas permis d’obtenir satisfaction à leurs revendications. Les 22 ouvriers grévistes du site chantelouvais de l’entreprise MC Syncro, qui compte une trentaine de salariés, ont dû cesser vendredi dernier leur mouvement débuté le 5 décembre dernier. Ils reprennent le travail avec une prime de 300 euros et six mois de travail garanti aux intérimaires.

Ces concessions sont très éloignées de ce qu’ils demandaient : une augmentation de 200 euros pour les ouvriers et de 100 euros pour les contremaîtres, ainsi que l’embauche des intérimaires en CDI. Et les trois procédures en référé lancées pour faire condamner l’entreprise ayant recruté en urgence pour annuler les effets de leur grève ont été rejetées par les tribunaux. Alors, financièrement épuisés malgré la solidarité syndicale, ils ont repris le travail.

Initialement, pour les salariés de cette entreprise de montage de pneus sur jantes, la grève avait commencé avec beaucoup d’espoirs. Le site de Chanteloup-les-Vignes fournit quotidiennement plus de 5 000 roues à l’usine pisciacaise du groupe PSA. Alors, en 2010 et en 2014, lors des précédentes grèves, la baisse rapide de la production avait notamment permis d’obtenir des embauches en CDI pour les intérimaires, dont certains sont parmi les grévistes des dernières semaines.

Ils avaient lancé cet arrêt de travail après l’échec des négociations salariales annuelles. « On a demandé des augmentations de salaires pour réduire les écarts entre ouvriers, payés du minimum légal à 1 600 euros bruts, et cadres, payés de 4 500 à 5 000 euros, expliquait au début de la grève le délégué syndical CGT, Ansoumane Dramé. Ce sont des revendications qu’on a depuis cinq ans. »

Elles ont été à nouveau refusées cette année… mais les salariés s’étaient renseignés. « On a demandé la situation financière de l’entreprise, ils font 1,5 million d’euros de bénéfice net, on l’a divisé par les 109 salariés (de l’entreprise en France, Ndlr), chacun rapporte un peu plus de 1 200 euros de bénéfice par mois, détaille le représentant des salariés. On a demandé 200 euros pour les ouvriers, 100 euros pour les agents de maîtrise et 50 euros pour les cadres. »

En retour, la direction (qui n’a pas souhaité s’exprimer, Ndlr) aurait proposé 3 % aux ouvriers, 1,5 % aux contremaîtres, et 1 % aux cadres, soit de 46 à 33 euros selon le statut : « L’écart n’était pas réduit. » Ils sont 22, dont 6 en intérim, à décider la grève pour demander satisfaction, et l’embauche en CDI des intérimaires. Ils tiennent piquet jour et nuit sans bloquer l’usine, et la production diminue

Mais, en quelques jours, MC Syncro fait venir des salariés de ses deux autres sites français et lance des recrutements express dans toute l’Europe. La production reprend. Les grévistes appellent l’inspection du travail, et lancent une procédure devant la justice :
« Ils ont ramené des travailleurs pour nous remplacer, ce qui est interdit par le droit du travail. » Jusqu’à « 14 salariés détachés sans compter de nouveaux intérimaires » remplaceront les ouvriers pendant leur grève.

Devant l’usine, des cadres viennent négocier : ils proposent des CDD aux intérimaires, et une prime à tous, pour reprendre immédiatement le travail. Refus. Un premier recours en référé est rejeté, puis un second, tous deux pour vice de forme, et le conflit s’enlise. Les grévistes, en pleines fêtes de fin d’année, font un nouveau recours, tenant grâce à leur treizième mois… et la solidarité syndicale.

Jusqu’à la fin de leur grève, les dons et promesses de dons, près de 6 000 euros au total, vont un peu compenser l’absence de salaires. Deux collectes sont organisées dans l’usine PSA de Poissy par la CGT, tandis que d’autres branches de l’organisation apportent chèques et espèces. Une fois par semaine, l’argent est partagé et distribué. « On se serre la ceinture, la famille aide un peu mais on ne va pas rester comme ça indéfiniment », explique un salarié.

Des délégations se succèdent également pour apporter leur soutien moral, jusqu’à la venue, mardi 10 janvier, de l’ancien secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. « C’est relativement rare que des employeurs contournent à ce point le droit de grève, un droit fondamental protégé par l’Organisation internationale du travail (OIT), tonne-t-il. C’est d’abord cette infraction qui doit être condamnée, pour contraindre l’employeur à négocier. »

Il en appelle à « la responsabilité sociale » du groupe PSA, « donneur d’ordre » qui « ne devrait pas accepter de travailler avec une entreprise qui agit contre le droit de grève ». A l’usine PSA Peugeot Citroën de Poissy, où l’arrivée des roues n’a pas été handicapée par le conflit, la réponse est claire : « A partir du moment où on est livrés en temps et en heure, et où on n’a pas de rupture d’approvisionnement, c’est le problème de MC Syncro. »

Alors, vendredi dernier, quand tombe la nouvelle du rejet de leur troisième recours par le tribunal de grande instance de Valenciennes, les 22 grévistes renoncent à une quatrième procédure. Ils acceptent la proposition de 300 euros de prime exceptionnelle, la garantie de six mois de travail aux intérimaires, et une participation à la renégociation de l’accord de participation aux bénéfices. « On n’a pas obtenu ce qu’on voulait, mais on était à bout de souffle, résume Ansoumane Dramé. On a pris tout ce qu’on pouvait prendre. »