Saint-Cyr, internat d’excellence ou lycée Saint-Exupéry ? Quelque soit l’établissement, ces collégiens mantais, notamment ceux du quartier populaire du Val Fourré, veulent réussir. Alors, il se saisissent des opportunités pour lesquelles se mobilisent les responsables de l’éducation publique comme les associations locales. De plus en plus nombreuses, ces filières concernent cependant un nombre encore très limité d’élèves sur les 500 qui quittent les six collèges mantais chaque année.

Certains collégiens sont engagés dans la découverte du lycée mantais, reconnu pour la qualité de son enseignement comme ses filières d’admissibilité dans de prestigieuses écoles parisiennes, de Sciences po à Normale sup. D’autres, sélectionnés dans chacun des six collèges de Mantes-la-Jolie, veulent aller soit dans les internats d’excellence créés en 2008 (et renommés « internats de la réussite » en 2013, Ndlr), soit au lycée militaire de Saint-Cyr-l’Ecole.

« C’est pour pouvoir faire de longues études. » A 13 ans, Imad est en troisième au collège Clemenceau, au coeur du Val Fourré. Sélectionné par les enseignants, ce timide sourit pour indiquer qu’il est un élève doué, et n’est pas effrayé à l’idée d’étudier loin de ses parents et de son quartier. Ce soir de janvier, comme d’autres au seuil du lycée, il est venu à l’Agora avec ses parents à la réunion de présentation de Saint-Cyr et des internats d’excellence comme celui de Marly-le-Roi.

Quelques jours plus tard, à l’occasion de la quatrième séance du tutorat expérimental d’élèves de terminale lancé en novembre au lycée Saint-Exupéry, l’on retrouve certains des collégiens présents à l’Agora. « Mon premier voeu sera Saint-Cyr, mon deuxième Marly, mon troisième Saint-Ex’ », affirme François, 15 ans, avec l’assurance un peu forcée des bons élèves extravertis au coeur de leur adolescence.

Attablée avec François et Alexis, collégien de 14 ans à Jules Ferry, Alexie prépare son bac technologique. « J’aurais aimé avoir la même chose quand j’étais au collège », indique la jeune majeure. Tutrice, elle les aide à préparer les arguments de cette séance consacrée à la rhétorique. Ils les développent quelques minutes plus tard, lors d’un concours informel d’éloquence devant la cinquantaine d’élèves de troisième suivant ce programme.

Nommé « Pôle d’excellence de Mantes-la-Jolie », il est composé d’une séance toutes les deux semaines, les mercredis après-midi jusqu’en avril. « Le projet initial était celui d’un tutorat d’élèves de terminale avec des élèves de troisième, explique le principal du lycée mantais, Dominique Pinchera. L’idée est de reproduire les Cordées de la réussite, où les premières et les terminales sont tutorées par des élèves de l’ENS, Sciences po ou HEC. »

Responsables d’établissements, associations et municipalité l’élaborent depuis deux ans, afin de faire découvrir le monde lycéen. Pour l’instant, les participants sont plutôt des participantes, mercredis d’entraînement sportif obligent. « Au début, je ne savais pas trop car je faisais du sport le mercredi après-midi, indique ainsi François. J’ai essayé, j’ai aimé la sociabilité avec les tuteurs, l’ambiance qui est gentille, avec de bons camarades. »

S’il obtient l’un de ses deux premiers voeux, lycée militaire de Saint-Cyr ou internat de Marly-le-Roi, il bénéficiera d’un tutorat associatif et de l’expérience des élèves mantais déjà passés par ces établissements. « Ils viennent témoigner […] pour leur dire que si ce n’est pas facile, ça vaut le coup », indique Fatima Saadan, directrice de l’Ensemble inter associatif pour l’inter culturel (Eiapic), lors de la soirée de présentation de ces deux filières .

L’association aide les familles pour les inscriptions qui répondent notamment à des critères sociaux, puis les élèves pendant leur scolarité. Depuis 2012, 22 collégiens ont intégré des internats d’excellence, et treize sont entrés à Saint-Cyr. Dans les internats, c’est l’envie qui prime pour la sélection dans les collèges. « Ce ne sont pas forcément les excellents même si nous en avons, mais des élèves motivés pour avancer », indique le principal de Paul Cézanne, Kossi Assimpah.

Au lycée militaire, il faut être boursier, et les notes sont vérifiées par l’Eiapic. « D’un collège de Zep à un internat comme Saint-Cyr, il y a une grande marche », note la directrice. Rarement, la greffe ne prend pas, avec un retour par le lycée Saint-Exupéry. Mais la plupart y réussissent comme les autres, malgré le changement d’univers.

« Au-delà du coaching scolaire, il y a aussi un coaching psychologique, pour leur apprendre comment être patients face aux épreuves du lycée, détaille Fatima Saadan de l’accompagnement associatif. Ils partent à 15 ans de la maison, pour un lycée où ils seront en minorité alors qu’au Val Fourré, tout le monde se connaît, se ressemble, avec très peu de diversité sociale et culturelle. »

« C’est une préfiguration de ce que le gouvernement nous demande aujourd’hui : repérer des élèves pour que 30 % soient inscrits dans un parcours d’excellence », loue Kossi Assimpah, dont l’établissement est classé en éducation prioritaire. Pour l’instant, cependant, seule une toute petite minorité a accès chaque année à ces « parcours de réussite qui existent et ne sont pas naturellement ouverts à des élèves de Zep ».