La saga Dunlopillo devrait finalement trouver une issue heureuse pour ses 274 salariés. L’entreprise de literie du Mantois semble aujourd’hui remise sur les rails par le fonds d’investissement Perceva, son nouveau propriétaire. Ce dernier, depuis son rachat en mai 2016 de la maison-mère Cauval, mise en redressement judiciaire trois mois plus tôt, y a relancé la production et rétabli de bonnes relations avec clients comme fournisseurs.

Le groupe se prénomme aujourd’hui Adova, et réunit toujours plusieurs marques emblématiques du secteur français de la literie, dont Dunlopillo, le spécialiste des matelas en mousse et en latex. Il annoncera bientôt ses intentions pour un départ du site historique de Mantes-la-Jolie, pour lequel Limay tient actuellement la corde. Annoncé depuis plusieurs années, il n’a jamais été réalisé, malgré la signature d’un protocole d’accord et des subventions des collectivités locales en 2015.

« Quand on est arrivé, plus d’un tiers des commandes étaient en retard, rappelle Philippe Lang, directeur général industriel d’Adova. La première chose qu’on a fait, c’est essayer de remettre les usines au travail, racheter de la matière et renouer avec les fournisseurs. Les choses ont avancé, on est en train d’entrer dans une progression normale. »

« On fonctionnait en mode dégradé. Les salaires sont aujourd’hui payés à l’heure, on a un approvisionnement en matières premières régulier, et une confiance qui revient de façon durable avec fournisseurs et clients », confirme Mohammed El Rhazi, secrétaire de la CGT de l’entreprise. A l’intérieur de l’entreprise, le très mauvais souvenir laissé par son précédent propriétaire, Gilles Silberman, ne semble pas près de s’effacer.

« On doit être à 500 ou 600 matelas par jour », contre 2 500 il y a plus d’une décennie, regrette ainsi Hervé Vincent, délégué syndical CFE-CGC. « C’est la marque la plus sinistrée, on n’inverse pas une tendance comme celle-là en quelques semaines », indique de son côté le nouveau directeur industriel. « Il faut que Dunlopillo retrouve la place de leader qu’elle avait dans le marché de la literie, sachant qu’on a le potentiel pour ça », veut espérer le secrétaire de la CGT.

L’usine mantaise, au coeur du quartier de Gassicourt, n’était plus la même depuis l’incendie qui l’avait touchée en 2012. Depuis cette date, le départ est dans les esprits : un premier projet de déménagement prévoyait un départ de Mantes-la-Jolie, où travaillent environ 110 salariés, vers le site plus récent de la marque à Limay, où sont employées environ 160 personnes, ainsi que vers les anciens entrepôts du logisticien espagnol Ros Casares à Porcheville.

La partie porchevilloise de ce déménagement, déjà menacée avant la mise en redressement judiciaire du groupe Cauval, est maintenant définitivement abandonnée. Les dirigeants d’Adova continuent cependant d’étudier un regroupement des activités à Limay, comprenant une importante extension au bâtiment industriel actuel. Seule certitude, pour eux comme pour les syndicats : un seul site de production serait plus rentable.

« Le site de Limay est relativement moderne, bien équipé et bien maintenu, on est dans un travail de réflexion et d’analyse, estime Philippe Lang. D’ici quelques mois, on pourra communiquer un projet dont on sera convaincu de la qualité industrielle. Si on peut rester et bâtir en s’appuyant sur le site de Limay, on sera ravi de le faire. On évalue les surfaces dont on a besoin, il nous faut assurer la performance industrielle pour nos clients. »

« Ils seraient plutôt favorables à rester à Limay avec une possibilité d’extension », rapporte Mohammed El Rhazi d’une réunion tenue mardi 31 janvier avec la direction. Seul problème : un regroupement à Limay pourrait impliquer l’abandon de la filière de la mousse en bloc au profit du maintien de la mousse moulée et du latex. « On considère que c’est un secteur stratégique », plaide le délégué CGT, qui souhaite l’achat d’un terrain derrière l’usine limayenne pour le conserver.

Mais, au sein de la zone industrielle Limay-Porcheville, cet espace appartient à une entreprise privée. Une parcelle communale, idéalement située, réservée pendant sept ans, a été finalement vendue l’an dernier. « Aucun engagement pris par Monsieur Silberman n’a été respecté, explique le maire Eric Roulot (PCF), plutôt heureux du renouveau de l’entreprise. Compte tenu de propositions d’une autre entreprise que j’avais depuis longtemps, j’ai dû faire un choix. »

L’élu et les organisations syndicales, assurent « rester vigilants » quant à l’avenir. Quelque soit le choix final, même si, finalement, Adova choisissait un second site, ou même de partir de Mantes-la-Jolie comme de Limay, son directeur industriel assure d’une chose : « Une des choses qui nous a attiré dans cette reprise est l’expérience des gens, leur engagement, leurs compétences. La remontée de la marque Dunlopillo se fera avec eux, ils sont dans le Mantois et on y restera. »