Pour leurs opposants, qui déplorent pour certains des échanges à sens unique avec les élus, l’équation est insoluble entre ruralité et urbanité, entre sauvegarde de l’environnement et développement industriel. Les responsables politiques de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), eux, croient fermement qu’elle est possible, notamment par la création de nouveaux transports comme par la flexibilité de leurs plans à long terme.

Ils avaient été 1 300 habitants à venir aux six réunions publiques organisées dans le cadre de l’élaboration du Projet d’aménagement et de développement durable (PADD) de GPSEO, créée il y a quinze mois de la fusion de six intercommunalités. Plus de 200 sont encore venus jeudi soir dernier à la Maison des associations d’Aubergenville, pour la réunion de restitution de cette concertation.

« Il y aura forcément des domaines où des personnes trouveront que la solution n’est pas la bonne, c’est la démocratie », analyse Philippe Tautou (LR), le président de GPSEO.

Les élus, sans toutefois l’exprimer clairement, ont en fait présenté en détail ce soir-là le PADD qui doit être voté ce jeudi par les 129 conseillers communautaires de GPSEO (et que La Gazette a pu se procurer, Ndlr). Ce document détermine les objectifs de la communauté urbaine en matière de développement économique et social, d’environnement et d’urbanisme à l’échelle d’une à deux décennies. Il servira ensuite à l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI), qui précisera finement l’usage de chaque parcelle de terrain situé dans le périmètre de GPSEO.

« Préserver en se développant, nous, on croit que c’est possible », résume Suzanne Jaunet (LR), adjointe à Achères et vice-présidente à GPSEO chargée de l’élaboration du PADD. Devant les habitants, comme dans le document qui doit être voté cette semaine, trois axes sont mis en avant : la « ville paysage », un « territoire attractif » qui fait « de la mobilité un vecteur d’urbanité », le tout dans le cadre d’une « stratégie pragmatique et inventive » contenant un « principe de réversibilité ».

Côté environnement et paysages, Suzanne Jaunet indique la volonté de mise en valeur de la Seine, d’éviter la consommation de terres par l’urbanisation, de conserver les vues du fleuve et depuis les berges comme « les continuités écologiques » ou « le petit patrimoine ». Elle précise les souhaits de favoriser « l’efficacité énergétique » comme « un environnement apaisé » signifiant « qu’on se préoccupe des nuisances sonores, des pollutions atmosphériques », et de « défendre la vocation agricole des terres » entre autres grâce aux circuits courts.

En chiffres

  • 6 intercommunalités fusionnées dans Grand Paris Seine et Oise au 1er janvier 2016
  • 73 communes intégrées à GPSEO
  • 405 000 habitants dans la communauté urbaine
  • 1 300 habitants venus aux six réunions publiques
  • 40 % de la population a moins de 30 ans
  • 30 % des emplois proviennent de grandes entreprises
  • 7 700 emplois industriels disparus ces dix dernières années
  • 4 000 emplois créés ces dernières années, notamment dans les filières suivantes : « l’éco-construction, l’éco-industrie et la logistique innovante »
  • 65,5 hectares consommés chaque année de 2003 à 2012 sur les zones naturelles et agricoles (hors carrières, Ndlr)
  • 80 % du territoire composé de zones naturelles et agricoles
  • 3 zones commerciales majeures dans la communauté urbaine : Buchelay, Aubergenville – Flins-sur-Seine et Orgeval
  • 2 300 logements devant être bâtis chaque année selon le Plan local de l’habitat intercommunal (PLHI)

« Les maires rendent une centaine d’hectares (précédemment promis à l’urbanisation, Ndlr) en zone naturelle ou agricole », poursuit-elle pour témoigner de cette volonté permise grâce à « des dents creuses et des friches de grandes entreprises qui se compactent ». Des « grandes richesses écologiques » de GPSEO, elle prévient cependant : « Préserver les espaces naturels ne veut pas dire les sanctuariser. »

Côté emploi, Suzanne Jaunet, qui admet « un problème de formation », revendique la « fameuse vocation industrielle », notamment à travers la « filière spatiale » et « l’industrie musicale ». Les élus de GPSEO veulent également « soutenir l’utilisation du numérique », mais aussi « préserver un foncier industriel » et « mettre à profit l’axe industrialo-portuaire ».

« Préserver en se développant, nous, on croit que c’est possible », résume Suzanne Jaunet (LR), adjointe à Achères et vice-présidente à GPSEO chargée de l’élaboration du PADD.

Dernier volet du PADD : les transports vus « comme vecteurs de lien et surtout comme levier de développement » afin de permettre de concilier préservation des paysages, emploi et logement. « On a dit tout à l’heure qu’on allait être capables de préserver en développant, a rappelé jeudi la vice-présidente. Il va falloir densifier : il paraît logique de densifier autour des pôles gare (du RER E, voir encadré, Ndlr) plutôt que là où il n’y a pas de transports en commun. »

Les responsables d’associations locales préoccupées par l’environnement, présents ce soir-là comme aux six réunions initiales de concertation, restent sur leurs gardes, certains ayant pourtant apprécié la tenue de cette concertation. « Les voix divergentes, les vraies, sont étouffées à ces présentations savamment orchestrées », estime cependant Philippe Laborde, membre de l’association AVL3C – Vexin zone 109, opposée à la création d’une carrière calcaire à Brueil-en-Vexin.

Si ce dernier n’a pu s’exprimer jeudi dernier, d’autres, eux, ont eu le micro et formulé des réserves, notamment à propos des pollutions de l’air et de l’eau induites par l’activité industrielle. « Il y aura forcément des domaines où des personnes trouveront que la solution n’est pas la bonne, c’est la démocratie », leur a répondu Philippe Tautou (LR), maire de Verneuil-sur-Seine et président de GPSEO. Comme pour rassurer, il indique le « principe de réversibilité » figurant d’ailleurs dans le PADD : « Il ne faut pas inscrire les choses dans le marbre de manière définitive ».

Eole : l’extension du RER E sera-t-elle la panacée ?

Pierre Bédier (LR), président du Conseil départemental et vice-président de la communauté urbaine aux grands projets, voit en Eole « un facteur très important d’optimisme ».

En zone urbaine, les élus à la tête de la communauté urbaine misent tout sur l’extension à l’Ouest du RER E (projet Eole, Ndlr), normalement terminée en 2024, et dont ils estiment qu’elle doit permettre une renaissance économique. Ils souhaitent également créer des franchissements de la Seine pour rejoindre la rive gauche accueillant les gares du futur RER, et développer de nouveaux modes de transport pour les espaces ruraux.

« Si nous voulons faire du développement économique, moins de chômage et plus de richesse produite, il fallait cette grande infrastructure », a indiqué Pierre Bédier (LR), le président du Conseil départemental et vice-président de la communauté urbaine aux grands projets. « Nous sommes un certain nombre d’élus ici à le défendre depuis 1992 », a-t-il rappelé « d’un équipement qui va changer radicalement la matrice du développement économique ». Il y voit donc « un facteur très important d’optimisme ».

L’autre rive serait-elle alors oubliée ? « Nous avons la volonté d’équilibrer les deux voies ferrées, avec le bloc J6 rive droite, pour ne pas l’abandonner », a voulu rassurer Pierre-Yves Dumoulin (LR), vice-président aux transports de la communauté urbaine et premier adjoint à Rosny-sur-Seine. « Il ne faut pas oublier la rive droite, je fais confiance à certains de nos élus », a confirmé Suzanne Jaunet (LR), vice-présidente à l’urbanisme, adjointe à Achères

Côté villages, la situation est plus complexe faute d’argent. « Il y a une réponse un peu paradoxale entre la volonté de rester rural et d’avoir des transports qui se développent : dans les transports lourds, il faut une certaine densité de population, analyse Pierre-Yves Dumoulin (LR), évoquant covoiturage, auto-stop et une potentielle expérimentation de navettes autonomes. On a cet enjeu de promouvoir de nouvelles mobilités en zone rurale, mais on a besoin d’être inventif car les transports lourds ne sont pas subventionnés et pas financés. »

L’emploi en berne malgré l’implication des entreprises

« Vous devez être à notre écoute, soutenir les projets que nous avons, nous, les TPE », a plaidé Jean-Paul Carta (photo), patron de l’entreprise gargenvilloise de mécanique de précision Carta-Rouxel.

Le constat, celui d’une dégradation continue de l’emploi ces dernières années, est mauvais. Et ce même si les entreprises, petites ou grandes, sont plutôt plus mobilisées qu’ailleurs. Si l’arrivée du RER E devrait permettre d’améliorer la situation, en attendant, la vallée de Seine risque, plus qu’ailleurs en Île-de-France, de subir la transition d’une industrie qui embauche de moins en moins.

« En matière économique, le diagnostic est assez vite fait : la situation de la vallée de Seine n’est pas très bonne, son taux d’emploi diminue année après année, a avancé sans fard Pierre Bédier (LR), président du conseil départemental des Yvelines et vice-président aux grands projets de la communauté urbaine. Cette baisse est d’autant plus inquiétante que ce n’est pas le cas dans le reste des Yvelines ou dans les départements voisins d’Île-de-France. »

Pourtant, le secteur privé de la vallée de Seine ne mégoterait pas son implication : les directeurs des usines Renault et Airbus, comme des patrons de TPE et de PME locales, étaient ainsi présents lors de certains réunions publiques de concertation. « J’étais cette semaine à Toulouse, ce n’est pas forcément facile d’avoir Thalès et EADS qui viennent parler à une réunion sur l’avenir de Toulouse, c’est une chance », a ainsi loué jeudi dernier Frédéric Gilly, chercheur à Sciences po.

« Le problème que nous avons identifié est celui de la désindustrialisation, caractérisée par la fermeture d’un certain nombre d’établissements, analyse Pierre Bédier. Et en même temps […], il y a mutation de l’industrie, de moins en moins utilisatrice d’emplois humains : une concentration de progrès technologiques modifie les équilibres auxquels nous étions habitués. »

« Vous devez être à notre écoute, soutenir les projets que nous avons, nous, les TPE », a plaidé Jean-Paul Carta, patron de l’entreprise gargenvilloise de mécanique de précision Carta-Rouxel. « Vous allez avoir à décider de votre positionnement par rapport à Paris qui se transforme, a conclu de son côté l’expert Frédéric Gilly en référence au projet de métropole du Grand Paris. L’enjeu économique est sans doute le plus difficile à vivre. »

Mise à jour, 24 mars 2017 : Une précédente version de cette article précisait de façon erronée que Suzanne Jaunet était première adjointe à Achères. Elle en est en réalité la cinquième adjointe chargée de l’urbanisme. Nous nous excusons de cette erreur auprès de nos lecteurs, de la principale intéressée ainsi que de la véritable première adjointe municipale d’Achères (et conseillère départementale, Ndlr), Elodie Sornay (LR).