Si la semaine de l’industrie a donné lieu à de nombreux événements et célébrations d’un secteur économique incontournable en vallée de Seine, c’est aussi parce que les entreprises, quelle que soit leur taille, ont de plus en plus de mal à recruter des salariés qualifiés. Le sombre constat est identique dans les instituts de formation, qui ont du mal à convaincre jeunes et moins jeunes de s’engager dans ces carrières.

Pourtant, l’industrie de 2017 a bien changé de celle des XIXème et XXème siècle… mais son image est restée la même, et n’a pas été aidée par les licenciements des années 2000. Alors, les postulants ne se bousculent pas, malgré des salaires en nette hausse, notamment pour certaines spécialités. Aujourd’hui plutôt mobilisées, les industries locales espèrent parvenir à changer la donne… même si la revalorisation par l’Education nationale de ces formations reste encore trop timide à leur goût.

« Dans l’industrie, il y a beaucoup de demandes malgré le chômage, enjoignait jeudi dernier Stéphane Windsor, le président du Gir, association d’entreprises de la vallée de Seine, à des jeunes du Mantois venus y présenter leurs visites d’entreprises industrielles. En sortant de l’Aforp et de l’Afpa (deux instituts de formation du Mantois, Ndlr), il n’y a aucun problème pour trouver un métier dans l’industrie. »

« Il y a des métiers dans l’industrie qui ne sont pas sales, pas bruyants, et ont des éléments de rémunération somme toute assez importants : il n’y a pas que le conseil ou l’audit », promouvait également Hugues Emont, directeur d’Airbus defence and space aux Mureaux. Dans cette grande entreprise, qui recrute 100 à 150 personnes chaque année, les ajusteurs et chaudronniers, par exemple, peuvent espérer des salaires mensuels nets de 1 800 à 2 500 euros.

Certaines entreprises tirent un peu leur épingle du jeu, à l’image de Selmer, célèbre fabricant mantevillois d’instruments à vent qui forme 10 à 15 apprentis par an. « Aujourd’hui, en termes de filières, les ouvriers viennent de l’Aforp, de l’Itemm (école spécialisée du Mans, Ndlr), et beaucoup par relations, expliquait il y a quelques mois Guy-François d’Halluin, directeur industriel de Selmer. On est une entreprise familiale, pas mal de CV arrivent par nos propres salariés. Mais on a aussi des difficultés à trouver certains profils. »

Alors, pour encourager les candidatures, le centre magnanvillois de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) organisait cette année pour la première fois un forum destiné à présenter leurs formations industrielles. Ce jour-là, le directeur Bruno Montel a aussi fait visiter ses locaux à des chefs d’entreprises locales : « Si chacun reste dans son coin, on n’y arrivera pas. »

« En sortant de l’Aforp et de l’Afpa (deux instituts de formation du Mantois, Ndlr), il n’y a aucun problème pour trouver un métier dans l’industrie », enjoignait jeudi dernier Stéphane Windsor, le président du Gir, association d’entreprises de la vallée de Seine, à des jeunes du Mantois venus y présenter leurs visites d’entreprises industrielles.

« Il y a des métiers comme la maintenance industrielle, les conducteurs de ligne ou les préparateurs de commandes, où on ne trouve pas de candidats, l’industrie a souffert de la crise et d’une vieille image », estime Marie-Laure Jozeau, responsable régionale de la communication de l’Afpa. Il est d’ailleurs également touché de plein fouet par le manque de personnel. « On a aussi un problème : trouver des formateurs », leur indique-t-il.

Ce problème est tout autant celui de l’Afpa que de l’Aforp, l’autre centre de formations industrielles du Mantois, situé dans une ancienne filature à Mantes-la-Ville. « Il y a un papy boom qui s’installe et une forte demande, ça fait jouer l’enchère des salaires, explique Tony Roulance, son directeur de l’écoute clients. Il y a de belles carrières à faire en soudage, en chaudronnerie, en usinage et beaucoup d’autres domaines, ce sont des métiers que les entreprises recherchent. »

D’après lui, « il y a une vraie méconnaissance des prescripteurs qui s’adressent aux candidats », qu’ils soient enseignants ou conseillers d’orientations, qui « ne connaissent pas les métiers industriels ». Mais « c’est un peu de la faute de l’industrie aussi », admet-il d’entreprises souvent jalouses de leurs compétences et spécificités. « On n’a pas de Top technicien de l’industrie », lance-t-il mi-rieur, mi-sérieux, en comparaison au secteur de la restauration porté par les émissions de télévision.

Comme chez le facteur d’instruments Selmer, finalement, « les premiers jeunes qui viennent chez nous ont souvent dans leur environnement quelqu’un qui bosse dans l’industrie ».
Jeudi dernier, l’Aforp ouvrait ses portes aux entreprises pour leur faire découvrir les machines et techniques de fabrication additive, communément appelée « impression 3D ». Si cette dernière existe depuis plusieurs décennies, sa démocratisation la rend aujourd’hui bien plus accessible.

« Jusqu’à présent, la seule façon de fabriquer des pièces était d’enlever de la matière, explique aux présents Sophie Vidaud, conseillère emploi formation à l’Aforp. Aujourd’hui, c’est un nouveau langage, on met la matière là où on veut. Il faut réapprendre à ne pas avoir de limites dans la conception, et à remettre des fonctions qu’on ne pouvait pas mettre dans certaines pièces. » Cette révolution industrielle à venir permet des économies de matières première, de temps et d’énergie.

Elle pourrait aussi redonner du lustre à une industrie qui peine à se vendre. « Depuis qu’on a les imprimantes 3D, les vraies machines industrielles (l’Aforp possède des machines de ce niveau depuis quelques mois, Ndlr), on est passé de 10 à 18 élèves », se félicite ainsi de sa section Nicolas Pares, formateur à l’Aforp (qui forme chaque année 600 à 700 apprentis, Ndlr). « C’est pour ça qu’on en a ! », lâche de son côté dans un grand sourire Tony Roulance.

Chez les plus jeunes, visés par les entreprises industrielles, le constat est le même. « On avait un regard négatif, ça nous a permis de voir un autre côté, c’est un endroit calme avec pas beaucoup de bruit, notent ainsi de leur journée de découverte chez Safran turboméca Fares, Guilherme et Celsio, en troisième au collège mantais Paul Cézanne. L’industrie, ce n’est pas sale, c’est aussi le progrès, où on peut gagner suffisamment notre vie pour bien vivre. »

Pourtant, seul l’un de ces trois volontaires de la Semaine de l’industrie envisage un avenir dans le secteur industriel. Ce n’est pas le cas de quatre passionnés d’automobile croisés ce soir-là au Gir, en première année de BTS au lycée Jean Rostand. « C’est nous-mêmes qui avons voulu faire ça », notent ces élèves ni bons, ni mauvais.

Ils confirment que l’on ne leur aurait pas spontanément proposé une filière industrielle. « Il y a toujours cette image, cette opposition française entre cols blancs et bleus, analyse Dominique Pinchera, proviseur au lycée mantais Saint-Exupéry. Le regard allemand est très différent. […] C’est un peu dommage que les employeurs ne trouvent pas les gens nécessaires. »

Les femmes dans l’industrie « se comptent sur les doigts d’une main et se placent bien »

Quelque soit l’usine ou le centre de formation visité, le constat est le même : la présence des femmes y est extrêmement limitée. Pourtant, d’après les professionnels du secteur, celles qui s’engagent dans ces métiers y déploient des compétences recherchées. Leur absence résulterait notamment d’orientations scolaires privilégiant des métiers jugés plus faciles pour les femmes.

« On a très peu de stagiaires femmes dans l’industrie, déplore ainsi Pascale Watrin, formatrice en accompagnement vers l’emploi au centre magnanvillois de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). On ne les dirige pas vers ces métiers-là : ils ne sont pas très connus, et l’industrie a un déficit d’image, on considère qu’elle est sale et bruyante, alors, en première lecture, on dit garçon et on dirige plutôt les femmes vers la petite enfance. »

Pourtant, leur travail serait particulièrement apprécié dans les entreprises industrielles. « Elles ont un esprit beaucoup plus transverse, elles voient l’ensemble des process », loue ainsi Christophe Richard, formateur automaticien à l’Afpa. « Elles sont embauchées plus facilement que les hommes, elles sont méticuleuses, minutieuses, et la mixité est recherchée, abonde Pascale Watrin. Elles se comptent sur les doigts d’une main et se placent bien. »

Les Mureaux
Un « fablab » pour développer le goût des carrières dans l’industrie et la science

La semaine dernière, la mairie des Mureaux et l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) présentaient le projet expérimental 1+1 fabriquons demain, destiné à « promouvoir la culture scientifique, technique et industrielle auprès des jeunes franciliens ». Lancé jusqu’en 2019, il doit notamment permettre de « faire connaître » et de « revaloriser les formations et les carrières » dans ces secteurs économiques.

Financé entre autres par l’Etat, l’Union européenne et le Conseil régional d’Île-de-France, à travers une convention passée en 2015 avec l’Anru, le projet passe par des initiatives très variées. L’approche choisie, « mêlant art et sciences », repose sur des visites d’entreprises ou de l’appartement expérimental du Seinergy lab muriautin, la réalisation de maquettes, ou des concours scientifiques destinés aux collégiens.

La pièce maîtresse de ce programme expérimental sera un « fablab » nommé Transene. Situés à proximité de la médiathèque des Mureaux, ses locaux seront partagés entre « un espace numérique de 100 m² » comportant « un centre de calcul doté de moyens de simulation et de modélisation », et « un espace coopératif de 200 m² doté d’un laboratoire expérimental en libre-service » avec des bancs d’essai « en matière d’isolation et technologies intelligents de chauffage et d’éclairage» comme « en matière de mobilité ».