Dans les Yvelines, le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, réalise un score élevé avec 77,15 % en sa faveur. Le jour de l’élection, La Gazette s’est rendue dans les quatre communes de vallée de Seine où les quatre premiers candidats avaient fait leur plus haut score lors du premier tour, pour voir comment les électeurs abordaient ce second tour. Outre les convaincus, ils sont nombreux à s’être déplacés aux urnes pour faire « barrage » au Front national.

En fin de matinée de ce dimanche 7 mai aux Mureaux, le ciel est gris au dessus du pôle Molière et les électeurs se succèdent au compte gouttes dans le bureau numéro 13. Lors du premier tour, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, y avait réalisé son meilleur score de la vallée de Seine avec 36,57 % des suffrages exprimés. Plusieurs de ses électeurs Muriautins expliquent sans détour venir voter « pour que Marine Le Pen ne passe pas ».

« Je suis venue voter pour contrer Marine Le Pen parce qu’elle a des idées catastrophiques pour la France, pas que le côté raciste mais son programme est impossible à appliquer, estime Chiraze, électrice de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, mentionnant notamment le retour au franc. Mais Macron n’est pas vraiment mon candidat car il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord, notamment la loi travail. »

Au premier tour, Laila avait quant à elle apporté sa voix à l’un des petits candidats et confie qu’elle n’avait « pas trop envie » de venir voter pour l’un des deux finalistes de cette élection. « Je vote plus pour faire barrage, explique Laila, qui s’est rendue au pôle Molière avec ses deux filles. j’ai peur que la situation empire en France avec Marine Le Pen. »

A Villennes-sur-Seine, la grande majorité des électeurs de François Fillon affirme également avoir fait le choix Emmanuel Macron plutôt que celui Marine Le Pen. Alors que le candidat des Républicains, au premier tour, avait fait son plus haut score de la vallée de Seine dans cette commune avec 43,24 %, les voix du second tour se sont en grande partie dirigées vers En marche, qui fait 84,07 %.

Arthur, jeune Villennois « plutôt de droite », convient qu’il a été « dur de choisir entre blanc et Macron » mais dévoile avoir finalement voulu « faire barrage » au FN. Comme de nombreux électeurs rencontrés le 7 mai dans les différentes communes, Arthur explique que le « débat d’entre deux tours a été décisif » dans son choix, mentionnant un « manque de respect » de la candidate frontiste.

A l’annonce du résultat du second tour, quand France 2 a affiché la victoire d’Emmanuel Macron, cris de joie se sont élevés au QG versaillais du mouvement En marche.

Evelyne, la soixantaine, assure ne jamais dévoiler ses intentions de vote. « Mais je le dis aujourd’hui, j’ai voté Macron, tranche cette Villennoise. Des deux candidats, il n’y en a pas un pour relever l’autre. Mais le pire, je pense que c’est madame. » D’autres Villennois rapportent cependant avoir fait le choix de ne pas choisir entre les deux candidats.

Mickael, étudiant en alternance, par exemple, s’est déplacé aux urnes mais y a déposé un bulletin blanc après avoir voté François Fillon au premier tour. « J’ai pensé à faire barrage, mais c’est anti-démocratique de faire un vote contre, juge Mickael, déçu de voir « des programmes aussi pauvres » au niveau économique. Je suis entièrement contre ce qu’elle veut, mais aussi totalement contre ce que veut Emmanuel Macron ».

Dans la vallée de Seine, Vernouillet est l’une des villes où Emmanuel Macron a fait son meilleur score au premier tour avec 32,02 % des voix. Un résultat qui s’est largement confirmé au second tour où l’ancien ministre de l’économie obtient 81,07 % des suffrages exprimés. Et à Vernouillet aussi, nombreux sont les habitants à mentionner un vote d’opposition à Marine Le Pen. « Je vote totalement contre le FN », martèle Bruno, la cinquantaine, revenu de congé avec sa femme pour ce second tour, alors qu’il s’était abstenu au tour précédent « car aucun candidat ne [lui] plaisait ».

En ce dimanche électoral, bien que la candidate frontiste ait fait 22,85 % dans les Yvelines, les électeurs ayant glissé un bulletin Marine Le Pen dans l’urne sont rares à l’exprimer ouvertement. Même à Flacourt, petit village du Mantois comptant moins de 150 habitants, où le Front national a réalisé son meilleur score de la vallée de Seine au premier tour et obtient 56,52 % au second.

« Il est temps que les choses changent », juge Virginie, trentenaire et électrice Front national aux deux tours. « Je ne suis pas FN, mais encore moins Macron, donc il a fallu faire un choix et mes convictions allaient plus vers elle », précise la jeune femme sans plus de détails. Si les Flacourtois sont peu étonnés du score du Front national dans « un village qui vote à droite », ils sont plusieurs à « ne pas comprendre » ou à n’être « pas très fier » de ce score.

Alors qu’Emmanuel Macron avait obtenu un score de 16,53 % au premier tour à Flacourt, plusieurs habitants lui ont donné leur voix au second pour le faire passer à 43,48 %. « Ni l’un ni l’autre n’était mon candidat de préférence, c’est un vote de second choix, confie Thierry qui précise en référence à Marine Le Pen : « malheureusement je vote pour contrer un candidat ». Si ce dernier estime qu’il « y a des choses positives dans ce qu’elle dit », Thierry insiste : « économique, ça me fait peur ».

Si le « vote contre » est sur de nombreuses lèvres, une partie des Yvelinois rencontrés en ce jour d’élection avait été convaincue par la candidature d’Emmanuel Macron dès le premier tour. Rachid, un trentenaire Muriautin se définissant de « centre gauche » lui loue « un bon programme même si on peut lui reprocher un CV léger niveau politique ». Catherine, rencontrée devant le bureau de vote de Flacourt, a également fait le choix En marche aux deux tours. « Gauche, droite, ça ne veut plus rien dire, il faut prendre les bonnes idées de chacun, avance cette dernière. Dès le départ, j’étais pour Emmanuel Macron [qui] incarne le renouveau. »

A l’issue de ce dimanche 7 mai, « marcheurs » yvelinois, Modem et sympathisants d’Emmanuel Macron se sont rassemblés au café Marion de Versailles pour assister à la promulgation des résultats. Autour d’Aziz-François Ndiaye, le référent En marche dans les Yvelines, tous étaient silencieux devant la télévision à l’approche de 20 h. Mais quand le décompte a débuté sur France 2, les voix ont commencé à s’élever jusqu’à l’explosion de joie à l’apparition du visage d’Emmanuel Macron, nouveau président de la République.

« Je remercie tous les marcheurs qui ont permis cette victoire […] et ceux qui nous ont rejoint en cours de route, salue Aziz-François Ndiaye aux personnes présentes, avant de souligner que « la bataille continue », en référence aux élections législatives de juin. Alors qu’une partie de l’électorat d’Emmanuel Macron a voté contre Marine Le Pen au second tour, le référent En marche des Yvelines confirme que le mouvement devra rassembler pour obtenir une majorité parlementaire.

« On ira les chercher pour qu’ils viennent participer avec nous, affirme Aziz-François Ndiaye des électeurs restant à convaincre. Il faut qu’on les incluse et on va le faire. » Une nouvelle campagne commence donc déjà et les candidats yvelinois d’En marche devraient être dévoilés dans le courant de cette semaine. « C’est une aventure qui commence », confirme Daniel Lattanzio, numéro deux du mouvement dans le département.

Législative : Pierre Bédier ne sera pas candidat

Conséquence du premier tour de l’élection présidentielle, le très mantais président du conseil départemental, Pierre Bédier (LR), ne sera pas candidat à l’élection législative dans la huitième circonscription des Yvelines. A plusieurs reprises, sa possible candidature avait en effet été évoquée en fonction du score de Marine Le Pen.

« Dans le Mantois, au vu des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, la menace d’une victoire du Front National est désormais plus qu’improbable, a déclaré Pierre Bédier, dans un communiqué envoyé pendant l’entre deux tour. En conséquence, et comme je m’y étais engagé, je ne serai pas candidat à l’élection législative des 11 et 18 juin prochains, réservant toute mon énergie à servir les Yvelinois et le Mantois comme président du conseil départemental. »