« C’est un travail de cinq ans, ça ne s’est pas fait comme ça ! » Mustapha Ozturk, président de l’Amicale franco-turque de Carrières-sous-Poissy depuis 2012, ne cache ni sa joie de pouvoir enfin lancer le projet, ni sa crainte face aux défis qui attendent l’association. Vendredi 2 février, il a signé l’acte d’achat d’une parcelle de 4 000 m² à l’Etablissement public d’aménagement du Mantois Seine aval (Epamsa), aux côtés du consul de Turquie en France. Située avenue Vanderbilt, elle jouxte l’Institut médico-éducatif Notre école.

Le projet de l’Amicale franco-turque, chiffré à 5,4 millions d’euros, est colossal pour cette association d’environ 200 adhérents, qui en appelle aux dons. Autour d’elle gravite une communauté franco-turque estimée à « 1 500 à 2 000 personnes » aux alentours. Deux bâtiments de plusieurs milliers de mètres carrés se répondront autour d’un patio et d’un jardin occupant un tiers de l’espace, l’ensemble accueillant 147 places de stationnement dont 114 au sous-sol.

Le premier bâtiment, composé de deux espaces accolés, comprendra d’un côté une mosquée, et de l’autre « des classes pour les enfants en difficulté, avec des bureaux, des boutiques et des espaces culturels, avec un étage pour les hommes, un pour les femmes, et un pour la jeunesse ». Dans le second bâtiment, « il y aura une salle des fêtes et une salle de sport » car « beaucoup de femmes ne peuvent pas faire du sport dans une salle classique » où les activités sont mixtes.

« On est juste à côté de la cité (des Fleurs, Ndlr), les gens, au lieu de traîner dans la cité, ils peuvent venir faire du sport, boire un thé, faire un billard, espère Mustapha Ozturk. Même les membres de l’association ne croyaient pas qu’on arriverait à le faire dans des délais aussi courts. On ne va pas se voiler la face, avec tout ce qu’il se passe, les attentats, on est mal vus alors que dans notre religion, c’est interdit ! »

L’association naît en 1993, lorsque la communauté franco-turque de Carrières-sous-Poissy acquiert son espace actuel, fait d’un pavillon et d’un appenti, devenus aujourd’hui 730 m² en trois bâtiments aux fonctions similaires au découpage du projet de l’avenue Vanderbilt. Dès sa création, l’association est affiliée à Ditib, l’union turco-islamique des affaires religieuses. Emanation directe de l’Etat turc, elle fédère l’immense majorité des associations de binationaux turcs en Europe.

Le bureau de l’amicale décide également, après avoir envisagé de créer une SCI, de confier la propriété du terrain acheté en 1993 à l’Etat turc : « On ne voulait pas avoir de problèmes pour la sécurité de la propriété. » Entre la revente du terrain existant et l’achat de la nouvelle parcelle, l’association assure avoir investi la différence, 100 000 euros environ, sur ses fonds propres issus des dons des adhérents.

« Je ne leur ai un peu pas laissé le choix de nous donner un lieu », se rappelle le président de l’amicale, Mustapha Ozturk, de l’annonce de la préemption à venir du local actuel (photo).

Ce déménagement n’est pas le fruit du hasard ou de la simple volonté des responsables de l’amicale. Il y a cinq ans, l’association découvrait en effet son expulsion à venir du haut de la rue de la Vigne blanche, l’Etablissement public foncier des Yvelines (Epfy, devenu Epfif depuis, Ndlr) l’informant qu’elle préemptera à moyen terme sur demande de l’Epamsa.

« Je ne leur ai un peu pas laissé le choix de nous donner un lieu », confie Mustapha Ozturk. Le maire d’alors, Eddie Aït (MR), leur propose des terrains qui ne leur conviennent pas. Son successeur, Christophe Delrieu (DVD), montre plus de volonté et va toquer fermement à la porte de l’Epamsa : « C’est quelqu’un de parole », loue le président de l’amicale.

« Au départ, c’était vraiment mal parti », se souvient-il aussi des premières rencontres avec l’Epamsa. « Ce sont de bons négociateurs », commente dans un grand sourire Denis Courtot, directeur de l’aménagement de l’Epamsa. « On a discuté très longuement sur la mise au point de leur projet architectural, pour qu’ils respectent l’ambition architecturale qu’on a sur l’Eco pôle », rapporte-t-il.

Le terrain a été vendu à un tarif similaire à « celui fait aux autres acteurs économiques », assure le directeur de l’aménagement. Quant aux 5,4 millions d’euros du projet, ils devraient être intégralement apportés par les membres de l’association et les fidèles. Une demande a bien été formulée à Ditib, mais « ce n’est pas évident car tout le monde a des projets » au sein des communautés turques en Europe.

Si le permis a été validé en juin, les délais sont serrés : six mois pour lancer le chantier, et 32 pour le finir. Il faudra sinon payer 5 % du montant total du projet en pénalités dans le cadre du règlement régissant l’Eco pôle. Le chef du chantier et ex-vice-président de l’amicale, Emin Kutbe, a « quelques entreprises déjà » recrutées pour le chantier. Il insiste sur « l’appel très urgent aux dons » de l’association désormais engagée dans une course contre la montre.

Le chantier de l’autre mosquée de Carrières-sous-Poissy avance

A terme, ce projet estimé à 2,5 millions d’euros doit aboutir à un lieu de culte de 2 700 m².

Situé de l’autre côté de la commune par rapport au projet de l’amicale franco-turque, le chantier de construction d’une autre mosquée, dont la première pierre a été posée en 2013, est porté depuis maintenant plusieurs années par l’Union des musulmans de Carrières (UMC). Les travaux progressent au rythme des dons.

Au chantier situé au bout de l’ancien chemin de Beauregard devenu rue Jean-Joseph Thoyot, les murs du second étage ont ainsi été montés. A terme, ce projet estimé à 2,5 millions d’euros doit aboutir à un lieu de culte de 2 700 m², permettant d’accueillir plus de 700 fidèles dans les salles de prière réparties sur deux niveaux.