Ces dernières semaines dans la commune de Breuil-Bois-Robert le maire et son premier adjoint capturent eux-mêmes les chats errants et ont interdit de les nourrir à des habitants qui ne comprennent pas forcément. « Là, on était arrivé à un stade où c’était catastrophique » déclare Didier Lebret (SE), maire du village, de l’augmentation du nombre de félins en centre-ville. Depuis le 22 janvier, ils ont capturé une quinzaine de chats errants, qui sont ensuite stérilisés chez un vétérinaire avant d’être relâchés sur le lieu de capture.

Sujet restant discret, cette prolifération de félins touche une très large partie des communes de France, et la vallée de Seine n’est pas épargnée. Elle serait la cause de problèmes sanitaires et de misère animale. Pour y mettre fin, les associations de protection animale plébiscitent la stérilisation, seule méthode qu’elles jugent efficace, plutôt que l’euthanasie. Au regard de la loi, c’est à la commune de gérer ces populations sur son territoire, et plusieurs s’y appliquent.

Si le village du Mantois réalise cette opération sur ses propres fonds, d’autres communes de vallée de Seine, comme Limay et Fontenay-Mauvoisin, ont bénéficié de conventions avec la Fondation 30 millions d’amis, qui prend à sa charge la stérilisation. Mais, après 2,3 millions d’euros investis par la Fondation à travers la France, faute de moyens, elle pourrait ne plus pouvoir répondre favorablement aux autres villes des environs l’ayant sollicitée.

Courant janvier à Breuil-Bois-Robert, village du Mantois de 700 âmes, la municipalité a décidé de s’atteler à mettre fin à la prolifération des chats errants. Après une augmentation il y a quelques années, le phénomène semblait se résorber mais s’est à nouveau amplifié récemment. « Nous avons un problème inédit de chats errants dans le centre-village, autour de la mairie, ce qui pose des problèmes de salubrité, de déjections… », explique Didier Lebret, rencontré en mairie le vendredi 16 février, qui estime leur nombre « entre 20 et 30 ».

« On connaissait ce problème, mais il a commencé à causer des problèmes entre les administrés qui ont deux positions : ceux que ça indispose par les déjections ou leur simple présence, et ceux qui sont attristés de voir ces pauvres bêtes affamées et leur donne à manger, raconte Didier Lebret. Au vu des tensions, on s’est dit que là, nous élus, on devait faire quelque chose. Et les textes de loi disent que c’est du devoir du maire d’assurer la gestion de ces chats. »

Le premier magistrat de Breuil-Bois-Robert rappelle la procédure légale suivie : « Il faut les capturer, les emmener chez le vétérinaire où ils sont stérilisés, et on doit les relâcher sur le lieu de capture. » Après des contacts infructueux avec plusieurs associations locales et nationales, même si deux ont pu prêter des cages pour la capture, les élus ont décidé de prendre en main, littéralement, eux-mêmes le problème.

Première mesure, la mairie a pris un arrêté le 22 janvier rappelant notamment l’interdiction, d’après le « règlement sanitaire départemental », de nourrir tout animal errant sur l’espace public. Il était accompagné d’une note d’information envoyée aux habitants expliquant cette interdiction. Preuve du caractère « sensible » du sujet sur la commune, le maire indique, document en main, avoir reçu dès le lendemain « une lettre anonyme disant que nourrir les chats est légal ».

Didier Lebret justifie cette interdiction : « Si les chats sont nourris, ils vont se fidéliser sur le lieu, voire attirer d’autres chats. » Mais il convient à demi-mots que l’arrêté a peu de chance d’être respecté, malgré une amende pouvant aller jusqu’à « 450 euros », et compte plutôt sur le civisme de ses administrés. Le premier adjoint de Breuil-Bois-Robert, Christian Brun (SE), observe cependant : « Après avoir pris l’arrêté, la tension entre certaines personnes est un peu redescendue. »

« On connaissait ce problème, mais il a commencé à causer des problèmes entre les administrés », raconte Didier Lebret (SE), de l’augmentation du nombre de chats errants à Breuil-Bois-Robert.

Mais surtout, depuis le 22 janvier au soir, Didier Lebret et Christian Brun parcourent le village pour attraper les chats errants, avant de les emmener en personne chez le vétérinaire où ils sont stérilisés. « Nous en avons déjà capturé 13 depuis une quinzaine de jours, et on en voit encore », rapporte Didier Lebret, alors qu’une chatte capturée la veille gesticule dans sa cage à quelques mètres du maire, attendant son rendez-vous chez le vétérinaire. La Ville prend à sa charge les frais de stérilisation et a provisionné environ « 1 500 euros » pour cela.

La note d’information diffusée dans la commune avait également pour objectif de rassurer sur l’action actuellement menée : « On voulait prévenir la population pour ne pas qu’il y ait de rumeurs », explique le maire. Et Christian Brun d’ajouter, pour rassurer aussi sur la démarche : « C’est particulier d’attraper un animal, mais on ne veut pas leur faire de mal. » Ce dernier pointe la responsabilité de certains propriétaires de matous : « C’est la faute de l’humain, des gens prennent des chats et font juste le minimum. »

Quant à la stérilisation des chats suivie de leur réintroduction sur le lieu de capture, le maire concède que cela ne « va pas régler le problème des déjections », mais espère mettre fin à « celui de la prolifération, et des odeurs, car les mâles ne vont plus marquer leur territoire ». Il pointe également les « côtés positifs » de la présence de cette population sur le territoire. « Le chat empêche les rats et les souris », souligne Didier Lebret. « Et ça empêche de nouveaux chats de venir car le territoire est déjà pris », complète son premier adjoint.

Un point de vue partagé par Reha Hutin, la présidente de la Fondation 30 millions d’amis, qui se bat pour que les communes assument leur rôle de contrôle des populations. « J’ai passé tout mon temps à essayer d’expliquer qu’il fallait stériliser les chats, martèle Reha Hutin. Parce qu’une population de chats stérilisés domine le territoire, ne laisse pas rentrer les autres et c’est une façon d’avoir une population stable et supportable par la commune. »

Reha Hutin rappelle que « un couple de chats peut, en l’espace de quatre ans, faire une progéniture de 20 000 chats » et plaide pour la stérilisation, « la seule solution », plutôt que l’euthanasie qu’elle estime inefficiente et encore répandue. Pour convaincre les communes de l’efficacité de la stérilisation, 30 millions d’amis a lancé en 2013 une campagne nationale. Elle conventionne avec les municipalités et prend à sa charge les frais de stérilisation et de tatouage, dans les limites de 80 euros pour les femelles et 60 euros pour les mâles.

De telles conventions ont déjà été signées en vallée de Seine, entre autre à Fontenay-Mauvoisin, où elle a été mise en œuvre courant 2017. « On a stérilisé une trentaine de chats, détaille le maire de la commune, Dominique Josseaume (SE), satisfait de l’opération. Depuis, on a moins de reproductions, moins de déjections, et moins de petits chatons qui se font écraser. » Une convention similaire, signée fin 2017, devrait être appliquée dans les prochaines semaines à Limay.

Selon nos informations, dans les environs, Les Mureaux, Aubergenville et Orgeval ont également demandé à passer une convention avec 30 millions d’amis. Mais toutes pourraient ne pas en bénéficier, faute de moyens de la fondation : depuis le lancement de l’opération en 2014, elle a conventionné avec 1 300 communes en France et dépensé 2,3 millions euros pour stériliser et tatouer plus de 30 000 matous.

« C’est une opération à succès, confirme Reha Hutin. Sauf que maintenant, le problème est qu’il y a 30 000 communes en France et que les sommes que nous dépensons le sont grâce à nos donateurs, et on ne peut pas continuer. Donc on continue nos conventions qui existent pour aller au bout et montrer aux municipalités que ça marche, mais pour le moment on est obligé de faire un tri [dans les demandes] parce qu’on n’a pas les moyens d’aider tout le monde. »

Parmi les pistes explorées pour poursuivre l’opération, figurent notamment des conventions qui impliqueraient une participation financière des communes. Mais l’objectif de 30 millions d’amis, comme des autres associations de protection animale, reste « de sensibiliser les pouvoirs publics et le gouvernement qui doivent prendre en charge » cette problématique. « Il faut qu’on alloue un budget pour la stérilisation des chats, insiste la présidente de la fondation. C’est un problème a régler absolument. »

A Breuil-Bois-Robert, le maire et son premier adjoint en appellent aujourd’hui aux personnes intéressées pour adopter les félins et les sortir de la rue. « Surtout qu’ils sont déjà stérilisés », précise Didier Lebret, quelques minutes avant d’emmener la chatte capturée la veille chez le vétérinaire. Communes et fondation ne sont d’ailleurs pas les seules à s’atteler à stopper la prolifération des chats errants : plusieurs associations interviennent bénévolement, parfois à la place des mairies, pour lutter contre « cette misère animale », décrite en ces termes par plusieurs responsables associatifs.

L’École du chat de Poissy, par exemple, a capturé et fait stériliser en 2017 une vingtaine de chats de vallée de Seine, pour lesquels elle cherche constamment de nouvelles familles d’accueil. Monique Borel, sa présidente, plaide également pour une loi rendant la « stérilisation obligatoire » afin de mettre fin à la prolifération de « ces chats dont personne ne veut ».

Monique Borel met d’ailleurs en avant l’initiative de Breuil-Bois-Robert. « C’est quand même une illustration, qu’une petite commune qui ne doit pas avoir des moyens financiers importants le fasse, c’est que des communes beaucoup plus importantes doivent aussi pouvoir », soulève-t-elle. Mais d’insister : « Une fois stérilisés, il ne faut pas s’en désintéresser, il faut les nourrir et les soigner. »