Chaque nouvelle réunion publique portant sur un projet d’urbanisme est l’occasion de mesurer à quel point ce sujet est sensible à Triel-sur-Seine. La concertation du jeudi 15 février, pour présenter le projet de 42 logements prévus dans le quartier de Pissefontaine, n’a pas dérogé à la règle. Face à l’équipe municipale, une grande partie de la cinquantaine de participants réunis dans la salle Grelbin n’a pas manqué de s’élever contre la « densification » du quartier. La Ville a, quant à elle, rappelé son obligation de construire des logements sociaux pour respecter la loi.

Ce projet verra naître 42 nouveaux logements locatifs aidés : 33 sortiront de terre rue des Châtelaines dans un bâtiment disposant d’un parking en sous-sol de 40 places, cinq seront aménagés dans une maison existante, et quatre seront construits place Corroyer à la place de l’ancienne épicerie en ruine. Le permis de construire devrait être déposé en décembre 2018 pour une livraison fin 2020.

Dès le début de la réunion publique, Michel Poirot, l’adjoint à l’urbanisme, s’est montré ferme : « Je dois fermer la discussion sur les invariants : le projet sera mis en œuvre. » Après une présentation du programme par le bailleur Efidis, qui en a la charge, les groupes de participants réunis par tables ont planché sur quatre questions posées sur feuille portant notamment sur les croquis présentés, le parking prévu en souterrain, etc.

« Ça va augmenter la circulation, qui est déjà dense dans le quartier avec des vitesses trop élevées, soulève le rapporteur de la première table. Ça va aussi augmenter les problèmes de stationnement. » Nombreux sont les groupes de travail à avoir pointé la problématique du stationnement : pour eux, le nombre de places créées sera insuffisant.

« Je dois fermer la discussion sur les invariants : le projet sera mis en œuvre », a assuré Michel Poirot, l’adjoint à l’urbanisme, dès le début de la réunion.

« A l’échelle du projet, on fait un peu plus que la loi qui impose 0,5 place par logement, a rappelé la représentante d’Efidis. Là, on en fait une par logement et sept places visiteurs, soit en tout 49 places de stationnement. » Alors que quelques Triellois ont demandé s’il était possible d’ajouter un sous-sol supplémentaire à celui prévu pour permettre la création de plus de places, Efidis a expliqué que l’économie du projet ne le permettait pas.

Plusieurs participants se sont montrés virulents sur la « densification » de Pissefontaine, rappelant un autre projet dans les cartons de deux immeubles dans le quartier. « Accueillir des gens oui, mais il faut que ces gens arrivent à vivre dans de bonnes conditions … On est déjà en surnombre à Pissefontaine », assure avec vigueur une habitante. Complétée par un riverain résidant depuis 25 ans dans le quartier, plus alarmiste : « On y vit de moins en moins bien du fait de la densification. On est déjà trop. »

En réponse, Michel Poirot a rappelé l’obligation de la commune de construire des logements sociaux pour atteindre le seuil de 25 % imposé par la loi. « En valeur absolue, on est la ville la plus en retard des 73 communes [de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise], les services de l’État nous tiennent la bride », souligne l’adjoint à l’urbanisme. Ce dernier ajoute que la « barre des 10 % » allait « enfin » être passée et que « d’ici la fin de l’année prochaine, 230 logements locatifs aidés doivent être prêts à livrer avec permis accordés et financement ».

Suite à cette réunion, dans un tract disponible sur son site internet, l’association Préservons Pissefontaine, ainsi que le collectif des huit associations regroupées sous la bannière « Construire à Triel mais pas n’importe comment », invite les riverains à une réunion le dimanche 4 mars avec l’objectif de « produire un projet alternatif qui soit respectueux de notre cadre vie, au contraire de celui qui nous a été présenté jeudi 15 février par la mairie ».

Parc municipal :
les associations proposent un projet alternatif

La construction de 160 logements à la place du parc municipal de la rue Paul Doumer ne passe toujours pas auprès des associations environnementales trielloises. Depuis quelques mois, huit d’entre elles travaillent sur le projet « Smartparc ».

« Plusieurs personnes se sont mises autour de la table pour réfléchir à des alternatives possibles, note Sophie Kerignard, membre de l’association Triel environnement. Un projet qui permette d’amener des activités, de préserver les espaces verts, et la possibilité de trouver d’autres financements, publics ou privés. »

Elles regrettent également que dans ce projet, seul le promoteur réalise « une opération financière juteuse ». Sophie Kerignard ajoute : « A chaque fois, on observe qu’il y a simplement 20 à 30 % de logements locatifs aidés qui donne prétexte à des promoteurs de faire des choses beaucoup plus grandes avec parfois des appartements qui ne se vendent pas. »

Comme solution alternative, ces associations proposent de construire les logements locatifs aidés « avec des matériaux respectueux de l’environnement. » Elles souhaiteraient que le lieu permettent de développer les circuits courts en y favorisant la permaculture.

Lors du dernier conseil municipal, Philippe Paillet (DVD), chef du groupe d’opposition Réagir pour Triel, a demandé où en était l’avancement du projet. « Pour le moment il n’y a pas encore de signature ni de promesse de vente », lui a répondu l’édile triellois Joël Mancel (DVD).

Les deux recours déposés par l’association des Amis de Triel (et dont Philippe Paillet est le président, Ndlr) auprès du tribunal administratif de Versailles ont été déboutés en janvier. L’association prévoit de faire appel de la décision.