Six heures du matin, gare SNCF de Mantes-la-Jolie. Stupéfaction pour les usagers. Plus de 30 tracteurs sont stationnés le long de la gare routière. Après quelques minutes d’occupation, le rond-point de la gare est évacué, à la demande des forces de l’ordre. Banderoles et autocollants sont apposés sur les murs et les écrans de la gare, tandis que paille et plumes recouvrent progressivement le quai de la voie A.

Ils avaient annoncé des actions musclées et ont tenu parole. Ce mardi 6 mars, pour protester contre le tracé de la Ligne nouvelle Paris Normandie (LNPN), une quarantaine d’agriculteurs ont manifesté devant la gare de Mantes-la-Jolie. En Seine-Maritime, une opération similaire a été menée en gare d’Yvetot.

Durant une heure, ils tentent de sensibiliser les usagers sur la disparition des 300 hectares de terres agricoles prévue dans un premier temps. Certains se montrent compréhensifs, plusieurs expriment franchement leur mécontentement, cette action « coup de poing » ayant perturbé le trafic jusqu’aux environs de 9 h du matin.

Banderoles et autocollants sont apposés sur les murs et les écrans de la gare, tandis que paille et plumes recouvrent progressivement le quai de la voie A.

Le mois dernier, lors de l’assemblée générale de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Mantois (voir notre édition du 14 février), les agriculteurs s’étaient interrogés sur la forme que devait prendre cette action. Pour certains d’entre eux, une action choc était nécessaire afin de se faire entendre.

« Vous croyez vraiment qu’Emmanuel Macron prend son train ici ? » lance une usagère exaspérée tandis que d’autres filment la scène. L’opposition des agriculteurs au tracé Sud est connue depuis des années. Mais pour les usagers, normands comme yvelinois, la LNPN pourrait permettre de fluidifier le trafic et soulager la ligne J, saturée.

« On aurait voulu faire ça la semaine dernière, pour impacter le moins de gens possible (pendant les vacances scolaires, Ndlr), assure Rémy Lefevre, président des Jeunes agriculteurs du Mantois. Mais avec le salon de l’agriculture, s’il y avait eu une grosse actualité, on aurait été inaudibles. » Une voyageuse questionne : « Pourquoi vous ne distribuez pas des tracts ? » Réponse immédiate d’un agriculteur : « On l’a fait mais cela n’a pas fonctionné. »

« On comprend, mais on ne veut pas qu’il y ait de blessés », expliquent aux agriculteurs deux médiatrices, à propos de fumigènes tombés sur les voies.

Une première annonce se fait entendre : les trains sont déviés et ne passeront plus par Mantes-la-Jolie pour ce début de matinée. Certains pourront partir, au compte-gouttes. « On comprend, mais on ne veut pas qu’il y ait de blessés », expliquent aux agriculteurs deux médiatrices, à propos de fumigènes tombés sur les voies. « Je trouve ça assez contre-productif quand même », estime un agent de la SNCF, à l’écart de la discussion.

La tension se fait sentir chez certains usagers. « Restez polis les gars, même si on vous insulte », tempère un agriculteur. D’autres voyageurs semblent plus ouverts au dialogue. « C’est bien ce que vous faites, au moins on sait ce qu’il se passe », encourage un ouvrier de chantier. Au départ, il pense que la manifestation est liée au prix auquel est racheté leur production.

Il repartira en souhaitant « bon courage » aux agriculteurs mobilisés. Les tracteurs lèvent le camp à 7 h 10. Mais, Thomas Robin, président de la commission Action syndicale à la FDSEA Île-de-France l’a promis, lors d’une prise de parole : « Ce type d’action va se renouveler et se muscler si le projet n’est pas abandonné. »