Il y a 14 mois, ils se félicitaient d’avoir trouvé un actionnaire privé pour leur nouveau bailleur social interdépartemental de 30 000 logements. Aujourd’hui, les élus veulent rester positifs, mais font plutôt grise mine et considèrent qu’Action logement n’aurait pas joué franc jeu. S’ils assurent que les négociations continuent avec ce poids lourd du logement social privé, ils n’en lancent pas moins un appel à manifestation d’intérêt.

Ces élus cherchent aujourd’hui un bailleur privé capable d’apporter un capital substantiel au budget du bailleur les Résidences, lancée par les Départements de l’Essonne et des Yvelines suite à la dissolution de l’Opievoy. « Le nouveau partenaire devra apporter 250 millions d’euros et atteindre ainsi 30 % du capital », révélait Le Parisien le 19 février dernier à ce sujet, alors que le bailleur aurait dû devenir à cette date une filiale directe d’Action logement.

« Action logement avait pris un certain nombre d’engagements, qui ont été retardés dans le temps », explique Raphaël Cognet (à gauche), président du conseil de surveillance des Résidences et maire LR de Mantes-la-Jolie.

Tout semblait pourtant bien parti le 3 janvier 2017, lors de l’annonce de la constitution des Résidences Yvelines-Essonne, faite en présence du directeur général d’Action logement. Cette dernière est une société anonyme privée paritaire, qui associe syndicats de salariés et d’employeurs, pour la collecte et l’utilisation du « 1 % logement » (aujourd’hui fixé à 0,45 % et payé par toute entreprise de plus de 20 salariés, Ndlr).

« Ce soir, c’est plutôt une bonne nouvelle, d’abord pour les locataires, pour les salariés, grâce au partenariat innovant qu’on a imaginé ensemble, se félicitait ainsi Bruno Arbouet, directeur général d’Action logement. Je peux vous redire publiquement tout l’engagement d’Action logement pour accompagner […], engager et poursuivre la rénovation du parc […]. Nous serons aux côtés des élus pour conduire ce beau défi. »

Si Action logement est bien devenu ce jour-là actionnaire à hauteur de 2 %, il devait ensuite monter au capital, et même y devenir majoritaire, en apportant de 20 000 à 30 000 logements ainsi que de l’argent frais. « Nous allons apporter ça avant l’été, l’opération sera définitivement bouclée », assurait alors son directeur général. Que s’est-il passé ?

« Nous serons aux côtés des élus pour conduire ce beau défi », se félicitait en janvier 2017, lors de la constitution des Résidences, le directeur général d’Action logement, Bruno Arbouet.

« Action logement avait pris un certain nombre d’engagements, qui ont été retardés dans le temps. On ne s’est pas mis d’accord sur l’opérationnalité de leur montée au capital, commentait le 3 mars le nouveau maire LR de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet, également président du conseil de surveillance des Résidences (en tant que représentant du Medef désigné par Action logement, Ndlr). Ils étaient censés amener une certaine valeur en logements, et une certaine valeur en capital, car nous ne voulions pas des logements que dans les Yvelines ou en Essonne. »

Mais « ils ont été mis en difficulté », poursuit l’édile, qui précise qu’en « mettant plusieurs interlocuteurs autour de la table », cela permettrait soit de trouver un nouvel actionnaire privé, soit de pousser Action logement à de meilleures dispositions. « Qu’il y ait une intention de faire affaire avec Action logement, je le confirme, mais aucune décision n’a été prise », explique le soir même, au conseil municipal de Mantes-la-Jolie, Pierre Bédier (LR), en tant que président du conseil départemental, en réponse au conseiller d’opposition Marc Jammet (PCF).

A nouveau sollicité sur le sujet le lendemain, le président du Département se fait plus précis sur les déboires ayant mené à cet appel à manifestation d’intérêt. « On a eu deux ou trois évaluations différentes par Action logement de la valeur du patrimoine qu’ils devaient nous apporter soit en achetant des actions soit par un apport en nature d’un actif quasi équivalent à celui qu’on détient »,
détaille-t-il du déroulement prévu pour l’année 2017.

Le bailleur social regroupe le patrimoine yvelinois, comme ci-dessus dans le quartier de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes, ainsi qu’essonien, de l’ex-bailleur social public Opievoy.

Le pacte d’actionnaires officialisé en janvier 2017 fixait le 30 septembre dernier comme date-limite de la montée au capital d’Action logement. « On a achoppé sur la valorisation de cet actif, le nôtre l’a été en dix jours, pour le leur, il y a eu trois évaluations en dix mois », poursuit Pierre Bédier, qui exprime un autre motif d’insatisfaction : « Je me suis aperçu qu’ils avaient monté une opération avec une société en Essonne, et que c’est les Résidences qui devait apporter l’argent. »

Il estime donc que l’appel lancé à d’autres actionnaires potentiels permettra de « reprendre la discussion sur d’autres bases » avec ce partenaire envisagé initialement comme actionnaire majoritaire. « Les Résidences vont rester sous leur forme juridique, mais auront un actionnaire important, précise-t-il de l’avenir. Majoritaire ou fortement minoritaire, il est trop tôt pour le dire. »

Sollicité par La Gazette, le groupe Action logement n’a pas été en mesure de répondre dans les délais impartis à publication de cet article. Enfin, de la même manière que lors de la constitution des Résidences sur les cendres de la défunte Opievoy, le président de son conseil de surveillance, Raphaël Cognet, l’assure : « Il n’y aura aucune conséquence, ni sur les salariés, ni sur les locataires. »

Les Résidences renforce sa présence dans le Mantois

En septembre dernier, Le Parisien révèle que les 400 salariés des Résidences devraient travailler d’ici fin 2019 à Mantes-la-Jolie. Un chantier devrait émerger à cet effet à deux pas de la gare SNCF de Mantes-station, en face d’un des nouveaux bâtiments du quartier Mantes université. Aujourd’hui, le siège des Résidences (ex-Opievoy, Ndlr) est situé à Versailles.

Du côté des logements eux-mêmes, le dernier conseil de surveillance du bailleur social les Résidences a avalisé l’acquisition de Mantes en Yvelines habitat, l’un des bailleurs publics historiques du Mantois, qui possède 2 350 logemnts. L’opposition du conseiller municipal mantais Marc Jammet (PCF), qui avait révélé l’information en octobre dernier, n’y aura donc rien fait.

Mantes-la-Jolie : les logements sociaux de la Croix ferrée bientôt rénovés

Un important chantier de rénovation de 274 logements, correspondant aux immeubles de la rue de la Croix ferrée, dans le quartier de Gassicourt à Mantes-la-Jolie, devrait être lancé en 2019. Le bailleur les Résidences a en effet tenu un appel d’offres il y a deux mois pour cette « réhabilitation lourde et restructuration » de la résidence de la Croix ferrée. Le montant des travaux de cette opération « en site non occupé » est estimé à 28,2 millions d’euros HT par les Résidences.

Le projet, dévoilé par Pierre Bédier (LR) au dernier conseil municipal de Mantes-la-Jolie, serait « extrêmement ambitieux ». Selon lui, il traduirait le fait que le nouveau maire Raphaël Cognet (LR) soit devenu président du conseil de surveillance des Résidences il y a un an soit « une bonne chose pour Mantes et les Mantais », car il aurait donné « des consignes très claires et très fermes pour engager des réhabilitations qui n’ont pas été faites à Mantes depuis 10 ans ».