Mantes université change d’urbaniste. L’Etablissement public du Mantois Seine aval (Epamsa) vient de clore une consultation destinée à recruter son successeur, où le seul candidat était Nicolas Michelin, déjà titulaire d’une étude réalisée en 2017. Son nom a été annoncé ce mercredi 14 mars à Cannes, au Marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim), il compte réorienter le quartier autour de la nouvelle gare du futur RER E, avec une coulée verte jusqu’à la halle Sulzer.

Le quartier Mantes université est un aménagement de 40 ha à cheval sur Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville et Buchelay, qui jouxte un parc d’activité lui aussi en construction. Lancé en 2006, Mantes U vise à construire 2 500 logements (dont 1 100 déjà livrés ou en cours, Ndlr), un pôle universitaire, un pôle commercial, des équipements publics. C’est aussi une gare destinée à accueillir l’extension à l’Ouest du RER E (projet Eole, Ndlr), confirmée pour 2024.

En 2007, l’agence de Bruno Fortier emporte le concours de conception du quartier, sur lequel elle travaillait depuis. L’urbaniste décrit non sans enthousiasme « un projet urbain qui se présentait très très bien », sur lequel il « a travaillé avec l’Epamsa depuis le début », avec « en perspective longue la venue d’Eole », et surtout « cette grande halle (ex-usine Sulzer, Ndlr) qui, de l’extérieur, a l’air moche, mais qui à l’intérieur est magnifique ».

En 2014 et en 2015, les chantiers du futur quartier connaissent un coup d’arrêt. L’Etat avait alors repris la main au sein de l’Epamsa (dont il partage la gouvernance avec les collectivités locales, Ndlr), les élus locaux répondant par un boycott à l’initiative du président d’alors, Pierre Bédier (LR). « Le deuxième élément est le FN qui a gagné […] à Mantes-la-Ville, ça a un peu refroidi l’ambiance, les élus étaient moins coordonnés, pour parler gentiment », se souvient Bruno Fortier.

« Donc ce quartier a avancé assez lentement, il faut bien le dire », poursuit-il. En décembre 2015, le président du Département, finalement victorieux face à l’Etat, reprend la présidence de l’aménageur public : « Bédier est un type très dynamique, on est plutôt optimiste… jusqu’à il y a six mois. » En février 2017, l’Epamsa annonce souhaiter un réaménagement du quartier en chantier. Il est destiné à mieux absorber les flux de circulation liés à la confirmation de l’arrivée d’Eole en 2024, comme à intégrer de nouveaux terrains libérés par la SNCF.

Un appel d’offres est lancé pour la réalisation d’une étude d’urbanisme intégrant le « pôle gare »… mais aussi l’ensemble du quartier en construction, jusque-là sous la responsabilité de Bruno Fortier, qui assure n’avoir pas été prévenu. « J’en ai parlé immédiatement à l’Epamsa, rapporte-t-il. Ils me disent que c’est la SNCF qui lance cette étude, mais que bien entendu, on travaillera avec le titulaire. J’en suis resté là et je n’ai pas fait d’histoires. »

L’architecte estime qu’il « aurait été logique » qu’il soit directement missionné par les gestionnaires du projet Eole et l’Epamsa. « Mais comme on ne nous avait pas sollicités, que ça partait bizarre et que l’Epamsa nous jurait que le titulaire de l’étude travaillerait avec nous, on n’a pas répondu. » L’agence d’un autre urbaniste de renom, Nicolas Michelin, est finalement choisie « après des épisodes que je vous passe parce qu’ils sont trop scabreux », accuse son concurrent.

Bruno Fortier affirme n’avoir jamais réussi, malgré diverses tentatives, à obtenir de rendez-vous avec son homologue : « Cette étude a été rendue, je ne la connais pas. » Il y a quelques semaines, il reçoit un courrier de l’Epamsa. « Il dit ‘’Cher Monsieur Fortier, vous avez travaillé admirablement, nous sommes très contents de votre travail, mais nous mettons fin à votre mission’’ », cite l’urbaniste d’une lettre qu’il a toujours en travers de la gorge.

Au même moment, l’Epamsa lance une nouvelle consultation d’urbaniste, au résultat ensuite dévoilé le 14 mars. « Donc je suis viré sans raison, et je pense que le quartier, c’est Nicolas Michelin qui va s’en occuper, estimait l’urbaniste avant le Mipim. La mise en concurrence […] est une manière de désigner Nicolas Michelin. » Bruno Fortier considère comme « déplaisant », « étrange » et « indélicat » le courrier lui signifiant la fin de sa collaboration.

L’Epamsa dément avoir voulu se séparer de l’agence de Bruno Fortier. « Il n’est pas viré mais son contrat s’arrête, […] on n’était plus conforme au code des marchés publics », explique un responsable de l’Epamsa de la relance d’une consultation. « Tout le monde peut répondre, nous, on va juger d’abord sur les compétences de la personne. On veut un grand urbaniste », poursuit-il : « Sur les grandes opérations d’aménagement, c’est classique que ce ne soit pas le même urbaniste d’un bout à l’autre. »

« Celui qui nous a répondu est déjà adjudicataire d’une étude portant sur le périmètre gare, et lui-même nous a sensibilisé au fait que cette gare est congestionnée. On est en train de tout remettre à plat », dévoilait de son côté le président de l’Epamsa, Pierre Bédier (LR), quelques jours avant la tenue du Mipim. Par ailleurs, Mantes université connaîtra au moins encore un an de pause, temps nécessaire pour que son nouvel urbaniste en révise la conception de fond en comble.