Ce soir du lundi 19 mars, à Verneuil-sur-Seine, parmi la centaine de militants présents à l’appel de la fédération LR des Yvelines, nombre d’élus, de droite comme du centre, sont venus apporter leur soutien ou du moins une certaine curiosité. « Je fais le tour des circonscriptions, des cantons, pour vous inviter à vous remobiliser, que chacun s’exprime et dise ce qu’il a sur le coeur, nous sommes là pour nous écouter », attaque le président du conseil départemental Pierre Bédier.

Ce dernier est en effet de retour en fanfare, tant au sein de la fédération yvelinoise, dont il compte reprendre la tête en octobre prochain à l’occasion du congrès national du parti, qu’au niveau national où Laurent Wauquiez, président des Républicains, lui a confié une mission d’audit des fédérations franciliennes. Parviendra-t-il à redresser une fédération yvelinoise bien mal en point ? Il lui faudra d’abord apaiser les plaies internes, encore vives depuis la défaite de François Fillon.

« Mon intime conviction est que les juppéistes nous ont foutu dedans », regrette, comme plusieurs autrés élus croisés ce soir-là, le maire de Verneuil-sur-Seine Philippe Tautou.

« On a perdu l’élection présidentielle, mais le plus dur est que ceux qui ont fait la campagne sont partis », explique à l’assistance la sénatrice et secrétaire fédérale Sophie Primas, elle-même soutien de François Fillon. « On était tous un peu perdus et essouflés », poursuit-elle des cadres du parti. Humblement, elle assume les soufflets que lui administre une militante : « J’étais sur le marché toute seule à la gare SNCF, toute seule ! J’en ai gros sur le coeur, on a travaillé énormément ! » Elle poursuit, évoquant les défections vers LREM : « Si les patrons ne sont pas capables de conserver leur parole… »

Les divisions entre soutiens de François Fillon et d’Alain Juppé restent palpables ce soir-là, malgré le temps qui a passé. « Mon intime conviction est que les juppéistes nous ont foutu dedans », regrette ainsi, comme plusieurs autres élus croisés ce soir-là, le maire de Verneuil-sur-Seine Philippe Tautou. « La dernière année a été difficile, reconnaît-il. On avait réellement des espérances avec les élections, on pensait enfin regagner le pouvoir… c’est pour ça qu’il fallait impérativement qu’on se retrouve, de manière à remettre notre mouvement en marche. »

Comme d’habitude, le tribun s’est réveillé en Pierre Bédier face à la foule militante. Le président du conseil départemental aurait-il retrouvé lui-même l’activisme militant de sa jeunesse politique ? Nationalement, il a indiqué être prêt à s’impliquer de nouveau. Il n’a pas fallu longtemps pour que le nouveau président des LR, Laurent Wauquiez, ne lui confie une mission d’audit des fédérations franciliennes du parti, avant les élections internes d’octobre.

« On a perdu l’élection présidentielle, mais le plus dur est que ceux qui ont fait la campagne sont partis », explique à l’assistance la sénatrice et secrétaire fédérale Sophie Primas.

« Laurent a choisi de me confier la mission de faire que tout le monde s’aime », résume le premier concerné. « Quand on me connaît, c’est un talent né ! Ceux qui ricanent et qui me connaissent bien, ça a quelque chose de blessant… », ironise-t-il aussitôt, avant de se faire plus sérieux : « Je veux trouver des solutions qui font qu’on se mette d’accord et qu’on reparte ensemble ». S’il dément « créer une caserne », il assume son injonction à la discipline de parti : « On doit débattre, mais une fois qu’une décision est prise, il faut l’accepter. »

Au niveau local, sa reprise en main de la fédération LR des Yvelines est désormais palpable, en l’absence de son président officiel, l’ex-député David Douillet. « Je suis un peu vintage, je suis parfaitement conscient qu’il eut été mieux que ce soit une jeune fille de 24 ans, indique-t-il en référence à Flora Sabbagh, présidente des jeunes LR des Yvelines, assise juste à côté, ainsi qu’aux jeunes militants dont il assure vouloir s’entourer. Dans ces moments un peu difficiles, il faut de la jeunesse mais aussi un peu d’expérience. »

La tâche reste d’ampleur, alors que la fédération LR des Yvelines compterait désormais environ 8 000 militants à jour de cotisation, selon sa secrétaire fédérale Sophie Primas. L’autre travail qui attend le nouveau duo de direction est financier, avec notamment la résiliation du bail (qui se finit dans 18 mois environ, Ndlr) du siège de Jouy-en-Josas. « Ce n’est pas facile car on a moins de parlementaires, développe Sophie Primas. Le national nous aide déjà avec des prêts, après, c’est un enjeu aussi pour la fédération de remonter ses finances et de trouver des sources de financement. »

Dans la salle, quelques élues locales, « de droite mais pas militantes » venues par curiosité, manifestent leur désapprobation de voir Pierre Bédier revenir en force au sein de la fédération et mener les débats. « Ce n’est pas le bon bonhomme pour les Yvelines, regrette l’une d’elles à la fin de la réunion. Il aurait fallu faire l’inverse : mettre un jeune en tête, et lui en soutien. »

« Dans ces moments un peu difficiles, il faut de la jeunesse mais aussi un peu d’expérience », a pointé Pierre Bédier de son souhait de reprendre la tête de la fédération yvelinoise.

Ce choix, pourtant, est largement approuvé par les élus et militants présents, pour qui Pierre Bédier représente tant de victoires électorales qu’il semble dur de refuser son soutien. « C’est une locomotive, il a beaucoup de défauts mais une qualité pour un parti, c’est de faire du militantisme, explique Sophie Primas. Pierre a l’énergie pour faire ça, remettre le parti sur les rails, je ne doute pas qu’il passera le témoin comme il l’a toujours fait. »

A Verneuil-sur-Seine ce lundi-là, il s’est en tout cas appliqué à remettre les militants en ordre de bataille. « Si on veut repartir de l’avant, il faut qu’on se redise ce que nous sommes, c’est souvent quand on ne se définit pas soi-même qu’on est perdus, avance-t-il. On est patriotes, libéraux en économie et conservateurs en matière sociétale : on n’est pas l’extrême-droite mais on n’est pas le centre. » Il appuie un dialogue avec les centristes de l’UDI en vue de futures élections.

« Ne nous y trompons pas, c’est bien un gouvernement de gauche, la dépense publique ne cesse d’augmenter et ça, c’est un marqueur », enjoint-il aux militants. « Cette gauche est intelligente », poursuit-il en qualifiant Emmanuel Macron de « socio-démocrate ». Dans la salle, certains élus de centre-droit présents, pas ou plus membre des LR, venus par cordialité, n’en ont pas moins précisé attendre les élections internes d’octobre pour se décider, ou pas, à adhérer, en fonction de la ligne politique qui se dégagera alors.