« Pas un parti, pas un syndicat, pas une église, pas une secte. C’est un espace de liberté et de réflexion. » Lorsque l’on demande ce qu’est la franc-maçonnerie à Georges Sérignac, premier grand maître adjoint du Grand Orient de France (GODF), il insiste sur « ce qu’elle n’est pas ». C’est avec ce souhait de « faire tomber ces fantasmes » que la loge locale du GODF, la plus ancienne obédience française, organisait une conférence publique le vendredi 23 mars à Conflans-Sainte-Honorine.

Ce jour-là, à la salle des fêtes, près d’une centaine de curieux ont fait le déplacement pour assister à cet événement organisé par Les sept frères d’Héliopolis, la loge conflanaise du GODF. Pour répondre aux questions précises des « profanes », nom donné aux non-initiés, des hauts placés de la hiérarchie maçonnique ont fait le déplacement : Georges Sérignac et Philippe Guglielmi, ancien grand maître du GODF à la fin des années 90.

L’objectif est de « faire tomber les tabous, les fantasmes, et d’aller à la rencontre des profanes de notre ville », détaille Natanaël Tribondeaule, responsable, dit « vénérable », de la loge conflanaise, et pourquoi pas donner « un moyen pour les personnes qui veulent y rentrer de prendre contact ». Avec plus de 50 000 membres en France, le Grand Orient est logiquement bien représenté dans les Yvelines. Georges Sérignac estime à « une vingtaine » le nombre de loges du GODF présentes dans le département.

A la vaste question d’expliquer ce qu’est la franc-maçonnerie, le premier grand maître adjoint du GODF résume : « C’est un engagement républicain. On participe à des travaux, comme dans toute association qui réfléchit aux problèmes de notre société. » Et d’ajouter : « On se réunit, on participe à des travaux en loge deux fois par mois sur des thèmes particuliers. »

Les sujets que le GODF prend en main sont variés : Georges Sérignac donne en exemple l’engagement de l’obédience sur « la laïcité », une réflexion sur le « revenu universel depuis 15 ans », ou encore « l’euthanasie ». Pendant les échanges avec le public, si Philippe Guglielmi ne dévoile pas tous les contours de la méthodologie de travail, pour conserver une part de mystère, il en révèle quelques détails.

« La maçonnerie est un mouvement d’idées [et] en ça, ce n’est pas le lobbying tel qu’on pourrait l’imaginer de manière fantasmée », insiste Georges Sérignac (au centre sur la photo).

Il explique que tous les ans, trois orientations de réflexion vont notamment être fixées. « Ces trois questions posées vont être travaillées par 54 000 personnes (nombre de membres estimé au GODF, Ndlr) et 13 000 rapports, un par loge, vont être rendus », détaille l’ancien grand maître. Ces rapports sont ensuite compilés en « 17 rapports régionaux » qui donnent eux lieu à un document. Par la suite, quand les hauts placés du GODF « sont reçus par le président ou le premier ministre, ils lui donnent. »

A une question d’un jeune participant à la conférence, Philippe Guglielmi confirme que le GODF agit ainsi en quelque sorte comme un lobby. « On peut avoir une influence amicale, mais on n’a pas d’autorité réelle, souligne Philippe Guglielmi. Donc oui, c’est du lobbying dans le sens où on va essayer d’expliquer qu’il ‘‘serait bon de’’. On n’a pas toujours du succès. » Georges Sérignac, lui, regrette le « fantasme de l’influence maçonnique sur les politiques ».

« La maçonnerie est un mouvement d’idées [et] en ça, ce n’est pas le lobbying tel qu’on pourrait l’imaginer de manière fantasmée », insiste-t-il. Au-delà d’être un « lieu d’échange », la franc-maçonnerie est par ailleurs un univers riche en symbolique qui ne manque pas de susciter la curiosité, notamment à propos des rites d’initiation. « C’est aussi appartenir à un ordre initiatique, un fonctionnement avec des codes et des règles particulières à cette association. », confirme Georges Sérignac.

Avant le temps d’échange, les organisateurs de la conférence sont revenus sur l’histoire de la franc-maçonnerie depuis ses origines. Cette histoire, surtout la plus récente, donne selon les francs-maçons des pistes d’explications sur l’image de société secrète véhiculée par la franc-maçonnerie. « On a beaucoup souffert du régime de Pétain où la maçonnerie a été décapitée », rappelle Georges Sérignac, pour expliquer un « désir de discrétion » de certains.

Quand une participante demande d’ailleurs « pourquoi les francs-maçons ne disent jamais qu’ils sont francs-maçons », Philippe Guglielmi tempère. « Je ne sais pas si les francs-maçons ne le disent jamais, j’en connais beaucoup qui le disent. S’ils ne le disent pas, c’est aussi lié à notre histoire. » Il assure que la « seule consigne » à ce sujet est qu’un franc-maçon n’a pas le droit de dire de quelqu’un d’autre qu’il est membre.