Jeudi 5 avril, au centre-ville de Limay, le petit groupe bloquant parfois les rues suscite la curiosité des passants et automobilistes. Quelques jours après le vote d’importantes subventions du Département, élus limayens et fonctionnaires se font présenter sur place deux projets détaillés, élaborés par l’aménageur public Citallios, tant pour le centre-ville qu’autour de la gare SNCF.

Au centre-ville, malgré l’opposition de certains habitants ayant couvert de tracts, dénonçant l’opération, la vitrine d’un bâtiment dont la démolition est prévue, l’humeur est bonne : « Ce n’est pas tous les jours qu’on arrive à extirper 4,65 millions d’euros au conseil départemental » (dont 4 millions d’euros au centre-ville, Ndlr), lâche en souriant l’adjoint Djamel Nedjar (PCF).

Au centre de l’attention figure Pierre Bédier, qui n’a pas manqué de saisir cette tribune pour répondre à ses opposants de la droite yvelinoise (voir encadré). Président du Département et vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, qui financent, il est aussi président de Citallios, qui aménage cette opération pour un total de 13,5 millions d’euros.

Elus limayens et fonctionnaires, accompagnés du président du Département Pierre Bédier (LR), se font présenter par l’aménageur public Citallios le projet de réaménagement du centre-ville.

Malgré l’opposition d’habitants, Citallios compte boucler l’ensemble des rachats en 2018, avec un coût estimé à plus de 8 millions d’euros, pour lancer les travaux en 2019, avec une fin de chantier en 2023. De 320 à 340 logements sont prévus sous la forme d’immeubles de trois étages et combles, accompagnés de 1 500 m² de commerces à leur pied. Une nouvelle place du marché doit également être créée, et le petit supermarché Franprix déménagé.

« Ce n’est pas avec le nombre de logements créés qu’on va financer les dépenses relatives au foncier », explique le maire Eric Roulot (PCF) de cette opération lourdement déficitaire, pour laquelle la municipalité injectera plus de 5 millions d’euros. Faisant référence à un réaménagement précédent réalisé dans les années 1980 à proximité par le maire d’alors, Maurice Quettier (PCF), Eric Roulot estime « qu’il faut le refaire 40 ans plus tard » afin de pouvoir « répondre à la demande et être dans le marché pour être en capacité de faire des offres à ces jeunes Limayens ».

Le directeur général de Citallios, Hervé Gay, préfère « ne pas parler d’opérations bénéficiaires ou déficitaires », et explique : « Il y a des opérations nécessaires pour revitaliser les villes, et selon le marché immobilier qui existe, elles sont plus ou moins équilibrées. » Il reconnaît cependant que certaines opérations ne peuvent se faire sans « l’intervention financière de la puissance publique ».

Deux maires attaquent Bédier, qui critique leurs « petits intérêts particuliers »

Attaqué en interne au sein des LR des Yvelines depuis qu’il a affirmé sa volonté d’en reprendre la barre (voir indiscret ci-dessous), le président du conseil départemental Pierre Bédier (LR) a été bénéficiaire d’une seconde salve de critiques quelques jours après, cette fois-ci pour sa politique en matière de subventions dédiées au logement. En première ligne figure Pascal Thévenot (LR), maire de Vélizy-Villacoublay, également à l’origine de la fronde interne.

Le maire de Versailles, François de Mazières (DVD), de son côté, n’a pas vraiment apprécié de se voir coupé, entre autres, du dispositif d’aide du Département pour les communes carencées en matière de logements sociaux. Il en a été informé suite à son refus, pour aménager son futur quartier Pion, de choisir l’aménageur public Citallios, issu de la fusion de ceux des Yvelines et des Hauts-de-Seine, dirigé par Pierre Bédier, et dont le projet était jugé trop dense. Il a récemment dénoncé « des mesures d’une autre époque » dans Toutes les nouvelles.

« Dans une partie des Yvelines, reconstruire la ville sur la ville rapporte beaucoup d’argent, dans d’autres, cela ne peut être qu’en déficit, a répondu le principal intéressé à Limay. Dans des villes à 7 000 ou 8 000 euros du mètre carré, on ne peut pas faire appel à la subvention publique parce qu’on ne veut pas trop densifier, de peur de se fâcher avec les voisins. » Selon Pierre Bédier, « ce n’est pas une polémique avec Monsieur le maire de Versailles mais une conception radicalement différente de l’intérêt général, qui n’est pas une addition de petits intérêts particuliers ».