Catherine Arenou le reconnaît elle-même : « C’est rare que je communique sur quelque chose qui ne va pas. » Ce dimanche 1er avril, la maire chantelouvaise (DVD), d’habitude si attentive à ne pas jeter l’opprobre sur sa commune, exprime pourtant sa colère sur Twitter, suite à l’incendie criminel qui a ravagé l’école maternelle Roland Dorgelès. Située au cœur de la cité de la Noé, elle a brûlé dans la nuit du samedi 31 au dimanche 1er avril (voir encadré).

« On en a discuté pendant deux, trois heures avec mon équipe, confirme l’élue. Ce n’était pas par rapport à moi, mais au risque que je pouvais faire courir aux habitants du quartier et leur stigmatisation. » Mais la colère et la fatigue exprimées par Catherine Arenou ont pris le dessus, face à ce qu’elle estime être un manque d’actions de l’État pour les quartiers en politique de la ville. Elle demande que les projets de rénovation urbaine (PRU) soient lancés pour sortir de l’impasse (le gouvernement a promis des annonces très prochainement, Ndlr).

L’école incendiée fait en effet partie de la seconde partie du projet de rénovation urbaine chantelouvais. « Cela fait plus de deux ans que l’on a lancé des études, mais je n’ai pas de visibilité financière », détaille Catherine Arenou, en posant sur son bureau le dossier complet du projet comprenant l’école et la place du Trident (qui n’étaient pas inclus dans le PRU 1, Ndlr).

Si elle a apprécié la venue de Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires ce mardi 3 avril, elle n’est pas dupe : « Il a parlé de soutien moral et financier. Mais j’attends les actes. »

L’école, construite « dans les années 1970 » n’a jamais connu de rénovations majeures. Dans le cadre du PRU, elle aurait vocation à devenir une cité éducative. Ecoles maternelle et primaire, collège, mais aussi activités périscolaires et maison des parents devraient être rassemblés dans ce bâtiment. « L’idée, c’est de suivre le parcours des enfants de la maternelle à la sortie du collège, tout en mettant l’accent sur l’apprentissage des langues et le numérique », insiste la maire.

Mais elle dénonce les pratiques de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) : « Ils font multiplier les études pour ne pas entrer dans le dur et s’engager financièrement. » Elle ajoute : « Mais au bout d’un an, deux, trois, les parents ne voient rien venir et c’est la crédibilité du maire qui en prend un coup. Ca les intéresse quand leur enfant est à l’école, pas quand il en est sorti ! »

Un projet auquel il manque donc la validation du programme financier par l’ANRU… et que complique l’incendie, l’école étant devenue inutilisable. « Le toit a été touché, de la suie et de la fumée se sont propagées », précise Catherine Arenou. L’expertise devrait définir prochainement le montant total des dégâts.

Des tensions qui restent visibles ce jeudi 5 mars, lors d’un tournage de la chaîne France 2, au niveau de la rue des Petits pas et de l’école.

Aussi vice-présidente en charge de la politique de la ville à la communauté urbaine et au conseil départemental, elle évoque également le cas du quartier du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie : « C’est encore pire. On leur a demandé de faire des études globales, puis par secteur, et après, on leur a reproché de ne pas avoir réalisé d’études globales ! » L’ancien maire mantais Michel Vialay (LR) exprimait d’ailleurs publiquement son impatience à ce sujet depuis plusieurs années, comme le fait aujourd’hui encore son successeur Raphaël Cognet.

Si elle a apprécié la venue de Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires ce mardi 3 avril, elle n’est pas dupe : « Il a parlé de soutien moral et financier. Mais j’attends les actes. Il a peut-être dit ça parce qu’il sent qu’on (les maires de banlieue, Ndlr) en a ras-le-bol. » Un ras-le-bol qu’elle avait déjà évoqué en septembre 2017, concernant l’annulation de crédits dédiés à la politique de la ville.

Pour Chanteloup-les-Vignes, la perte s’élève à « 46 000 euros ». Une somme notamment allouée aux recrutements d’éducateurs pour proposer aux jeunes différentes activités sportives. « Ces dernières vacances, ce sont 25 jeunes qui n’ont pas été accueillis et qui se sont retrouvés dehors, s’indigne la première magistrate. Et on a vu la différence. » Elle confirme que des violences voire de « vraies émeutes » ont éclaté entre jeunes du quartier et forces de l’ordre au cours de la deuxième semaine des vacances scolaires.

« Ça a explosé, on a rien vu venir », confie-t-elle. Du côté du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine, une montée en puissance avait bien été ressentie pendant ces vacances. « En ce moment c’est des caillassages quotidiens, précisait un fonctionnaire à l’époque. On sent qu’il y a quelque chose, mais on ne sait pas quoi. » En vue des prochaines vacances, elle a mis en place des actions d’urgence pour un coût de 80 000 euros. « On va renforcer les activités, faire du maraudage pour accompagner les jeunes dans les structures, aux activités », insiste Catherine Arenou.

Si elle ne fait pas de lien de cause à effet, Catherine Arenou reconnaît que l’incendie s’inscrit « dans cette ambiance », tendue. Des tensions qui restent visibles ce jeudi 5 avril, lors d’un tournage de la chaîne France 2, au niveau de la rue des Petits pas et de l’école. « Vous avez deux minutes », lance le directeur de cabinet aux journalistes. Il est 16 h, le bruit des motos résonne dans les rues adjacentes. Des « mouvements de jeunes » sont signalés. Le tournage est terminé.

L’école plusieurs fois prise pour cible

Dans la nuit du samedi 31 mars au dimanche 1er avril, une ou plusieurs personnes se sont introduites au sein de l’école maternelle Roland Dorgelès, rue des Petits pas, en forçant « avec une masse », détaille la mairie. A l’intérieur, deux feux ont été allumés, dans un couloir et une salle de classe. « Ils savaient comment faire, ils ont créé des appels d’air », explique la maire Catherine Arenou (DVD).

Toute l’école est désormais inutilisable « pour plusieurs semaines voire mois », poursuit l’élue. Qui pense plutôt à une réouverture « en septembre prochain ». En attendant, c’est au centre de loisirs Jacques Prévert que sont accueillis les enfants : « On cherchait un lieu qui puisse accueillir tout le monde en une fois et qui avait un matériel en partie adapté. » Au lendemain de l’incendie, maire, élus, services municipaux et parents d’élèves ont récupéré et nettoyé le matériel encore utilisable.

« Il y a eu une solidarité exceptionnelle qui s’est mise en place », souligne Catherine Arenou. Ce n’est pas la première fois que l’école maternelle, située à proximité de points de trafics de stupéfiants, est prise pour cible. BFMTV et Le Monde rapportent que l’école servait de planque aux forces de l’ordre. Le 28 mai 2014, un feu avait été allumé et six classes ravagées.

Crédits photos : MAIRIE DE CHANTELOUP-LES-VIGNES