« Je ne pourrais pas être souvent là car j’ai déjà un jardin, mais j’aimerais donner de mon temps, au moins pour aider à ramener du bois, par exemple. » Assis au fond de la salle, un Hardricourtois explique la raison de sa venue ce soir du jeudi 5 avril. Lui et une douzaine d’autres personnes sont réunis dans une salle de la mairie, le temps d’une réunion publique d’information pour créer un jardin partagé de près de 1 000 m2 dans la commune.

Pour son initiatrice comme pour les présents, l’objectif de ce jardin entretenu collectivement est surtout de se rencontrer, de se voir, de discuter, comme certains jardins le mettent déjà en œuvre à Magnanville ou Mantes-la-Jolie, entre autres. Le lieu, mis à disposition par la municipalité, se situe dans le parc du château, à deux pas du futur ex-hôtel de ville. Plusieurs présents ne garantissent cependant pas un investissement assidu, car le jardinage n’est pas la raison principale de leur venue.

C’est d’ailleurs le cas d’Isabelle Outrebon, responsable du projet, membre de l’Association française des agriculteurs urbains professionnels, le jardin partagé n’est aussi en effet qu’un prétexte pour passer du temps avec d’autres habitants. « J’ai eu l’occasion d’intervenir dans plusieurs jardins partagés à Paris, et souvent, ceux qui viennent sont des personnes délaissées, se souvient-elle. Elles n’avaient même pas de terrain souvent. Elles étaient juste là pour manger un bout de gâteau. »

Les futurs jardiners espèrent pouvoir créer un jardin appliquant les préceptes de la permaculture, qui « proscrit les engrais et insecticides » et « offre à chaque plante un rôle », explique Isabelle Outrebon lors de la réunion publique. Sa forme sera ronde, celle du mandala, adaptée pour effrayer les oiseaux et mieux cultiver en permaculture. Les premières pousses de ce projet devraient être plantées le 29 avril à 10 h.

Adepte de projets collaboratifs, Isabelle Outrebon espère que ce jardin puisse être entièrement gratuit. « Nous demandons à chacun de ramener un petit quelque chose qui soit utile à tous. Des palettes de bois, du crottin de cheval, peu importe ! » lance-t-elle. Le président de la ferme d’Ecancourt (Val-d’Oise), venu en voisin, promet près de 2 000 pieds de tomates.

« Celui qui plante n’est pas celui qui récolte », analyse le maraîcher du fonctionnement d’un tel jardin. « Il n’y a pas d’obligation de résultats. Il faut bien commencer quelque part, alors on se lance dès maintenant », complète lors de la réunion publique Catherine Dujuet Jouat, conseillère municipale aux comités de quartier. « Le terrain est très bien exposé mais il y a encore du travail sur la terre », prévient un agriculteur voisin.

Les enfants redécouvrent la nature grâce à la permaculture

« Les enfants passent leur temps sur les tablettes ! Ils ne connaissent pas la nature », déplore à la réunion de création du jardin partagé Jean Guilbaud, qui dirige 250 élèves répartis de la maternelle au primaire dans son école de Hardricourt. Pour y remédier, Gabriel Durant, un instituteur aussi présent à la réunion, a rapporté avoir initié ses élèves de CM2 au jardin partagé l’an dernier.

Divisés en groupes de six, ils devaient créer et entretenir plusieurs jardins en permaculture. « On a fait la technique de la butte creusée et les résultats étaient impressionnants. Du printemps à l’automne, nous avons eu des radis, des pommes de terres, et même un melon », détaille l’enseignant, très satisfait de l’expérience.