Beaucoup ne s’en rendront compte que début juillet, avec leur facture mensuelle de télépéage. A partir du 1er juin, les abonnés au télépéage empruntant suffisamment souvent l’autoroute A14 pour bénéficier de la formule « A14 fréquence » verront automatiquement, pour certains, leur facture grimper de plusieurs dizaines d’euros chaque mois, pour un total annuel pouvant se chiffrer en centaines d’euros.

La société d’exploitation de l’autoroute A14, filiale de la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN, elle-même filiale de la Sanef, branche française du groupe espagnol Albertis, Ndlr), justifie ce changement de mode de calcul par « une démarche globale d’harmonisation ». En vallée de Seine, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) dénonce « un scandale de plus » et critique l’opacité de la SAPN.

A ce jour, les abonnés au télépéage « Bip & go » bénéficient, s’ils empruntent l’autoroute A14, de la gratuité totale du péage à partir du 22e passage, et ce jusqu’au 60e. A partir du 1er juin, le calcul change : une réduction de 20 % sera appliquée du 19e au 21e passage, puis une réduction de 80 % à partir du 22e passage. Un courrier a été envoyé aux abonnés « A14 fréquence » pour leur indiquer ce changement tarifaire d’envergure qui sera automatiquement mis en place.

Pour un usager passant au péage de Montesson (8,50 euros au tarif de base, Ndlr), la facture s’allège très légèrement ou reste identique jusqu’à 24 passages par mois. Elle grimpe ensuite progressivement, aboutissant à une augmentation pouvant aller jusqu’à 34 % pour 60 passages. Cet automobiliste, s’il effectue 20 allers-retours par mois (40 passages, Ndlr), verra sa facture actuelle de 178,5 euros croître de 15 %, soit un peu plus de 27 euros par mois (et 324 euros par an, Ndlr).

Dans son courrier aux abonnés, la société autoroutière indique avoir voulu, « permettre à un plus grand nombre d’automobilistes de bénéficier de réductions » en changeant le mode de calcul.

« A la communauté urbaine, personne n’était au courant, déplore sèchement Pierre-Yves Dumoulin (LR), vice-président aux transports de GPSEO et maire de Rosny-sur-Seine. C’est scandaleux, et comme d’habitude, fait unilatéralement, sans concertation, avec le seul but que les actionnaires s’en mettent plein les poches. » Des 7 000 abonnés « A14 fréquence », une partie non négligeable habite en effet dans les 73 communes de GPSEO, sur laquelle l’autoroute débouche à l’Ouest.

« Et qu’on n’aille pas me dire qu’ils ont des investissements lourds à venir ou à prévoir ! », poursuit l’élu furieux de cette autoroute mise en service il y a un peu plus de 20 ans. Son trafic moyen est toujours resté inférieur aux prévisions, et s’établit aujourd’hui à 31 000 véhicules par jour selon la SAPN. Dans son courrier aux abonnés, la société autoroutière indique avoir voulu, « permettre à un plus grand nombre d’automobilistes de bénéficier de réductions » en changeant le mode de calcul.

« Dans le cadre d’une politique globale d’harmonisation de nos différents abonnements (sur l’A14 et sur la partie normande de l’A13, Ndlr), nous avons souhaité en revoir certains pour répondre au mieux aux habitudes et aux fréquences de passage de nos clients », indique-t-on à la SAPN. La société estime que cette formule, « qui n’avait pas été revue depuis dix ans » restera à partir du 1er juin « une offre très avantageuse pour les clients réguliers ».

La SAPN dément fermement tout objectif économique, et met en avant la création d’une nouvelle réduction « A14 électrique » de 50 % du tarif du péage pour les conducteurs de véhicules électriques. Elle complète l’offre « A14 covoiturage » de 50 % de réduction aux véhicules avec au moins trois personnes à bord, ainsi que l’offre « A14 éco » apportant une diminution de 25 % sur les passages en heure de pointe pour certains types de véhicules.

Mise à jour, 20 août 2018 : contrairement à ce qui était indiqué dans une précédente version de cet article, la réduction « A14 électrique » est de 50 % du tarif et non de 80 % comme indiqué précédemment.