La régionalisation du réseau ferroviaire normand entraînera-t-elle des conditions de transports insupportable pour les usagers du train dans le Mantois ? Les Intercités normands, seuls trains directs reliant Mantes-la-Jolie et Paris, pourraient en effet être moins nombreux à s’arrêter dans le Mantois à partir de 2020. Les maires de Mantes-la-Jolie et de Rosny-sur-Seine s’en inquiètent, tandis que le conseil régional de Normandie dément fermement toute réduction.

Pourtant, la pression citoyenne est forte en Normandie, et dans l’Eure en particulier, pour que de moins en moins de trains s’arrêtent à Mantes-la-Jolie. Les élus concernés ont pour certains fait de cette demande un engagement de campagne, à l’instar de l’Eurois Sébastien Lecornu, désormais secrétaire d’Etat. Avec des résultats : la création de nouvelles grilles horaires pour 2020, actuellement en cours, prévoit à ce stade moins d’arrêts à Mantes-la-Jolie.

En heure de pointe, trois directs vers Paris sont menacés le matin, et un de Paris le soir. Dans le Mantois, les élus ne cachent pas leur inquiétude, eux qui demandent plutôt un renforcement de la desserte de ces trains Intercités. Ils sollicitent des garanties de la Région et d’Île-de-France mobilités, l’organisme qui gère les transports franciliens, par rapport au contrat passé entre les deux Régions. Sa double présidente, Valérie Pécresse, indique son opposition à tout arrêt supprimé.

Ces dernières années, la ligne Paris – Le Havre a été morcelée pour répondre à la décentralisation ferroviaire : les deux conseils régionaux, d’Île-de-France et de Normandie, y ont désormais un pouvoir accru. Il sera total au 1er janvier 2020 pour la Région Normandie, première à avoir fait le pas d’une régionalisation complète, décidée par son président Hervé Morin (UDI), évoquant des conditions de transport dignes du « Moyen-Âge », le 8 janvier dernier sur Public Sénat.

Cette régionalisation s’accompagne, pour la ligne Paris – Rouen – Le Havre, d’une refonte horaire. Ce qui n’aurait aucune influence pour les Franciliens si elle n’était doublée d’une renégociation entre Île-de-France et Normandie des contrats d’arrêt de trains dans le Mantois. Les termes exacts n’en sont pas connus, mais ces rames offrent une desserte rapide vers la gare Paris Saint-Lazare des gares de Bonnières-sur-Seine, Rosny-sur-Seine et surtout Mantes-la-Jolie.

« Vu la saturation de nos lignes, la fin d’arrêts à Mantes serait complètement irresponsable », s’inquiète ouvertement Raphaël Cognet (LR), le nouveau maire de Mantes-la-Jolie.

Or, depuis des années, des associations d’usagers normandes réclament moins d’arrêts à Mantes-la-Jolie, critiquant l’allongement du temps de trajet et des trains souvent bondés. « On veut un train par heure (en heure de pointe, Ndlr), et on accepte qu’ils soient pris sur les autres gares. On considère que demain, ça sera plus équilibré, commente ainsi Didier Jaumet, le président de Vernon train de vie (VTV). En habitant à Vernon (Eure), on paie plus cher pour aller à Paris, il est logique qu’on ait une qualité de service en rapport avec le prix qu’on paie. »

Il rappelle que « les Mantais vont avoir le RER E » (à partir de 2024, Ndlr), fait qu’intègrerait la grille horaire de 2020. La SNCF indiquerait ainsi aux associations d’usagers qu’elle resterait quasi-identique après la mise en service du RER E. « On est soutenus depuis le début […] par Sébastien Lecornu », rapporte-t-il de l’appui de l’ex-nouveau maire devenu « premier adjoint à tout » (car touché par le non-cumul des mandats, Ndlr) de la commune, puis secrétaire d’Etat en 2017.

« Des trains qui font Paris – Vernon, confortables et en moins de 45 minutes matin et soir » constituent en effet « un avantage pour Vernon », analyse Dider Jaumet. Le secrétaire d’Etat vernonnais, proche des deux autres membres normands du gouvernement, Bruno Le Maire et Edouard Philippe, exige ainsi de tout son récent poids politique « l’ajout de trains directs le matin en pointe […] mais également le soir », dans un courrier envoyé en décembre dernier au président de la SNCF.

Depuis ce courrier relayant les demandes de ses administrés, des grilles horaires préliminaires du Le Havre – Rouen – Paris ont été concoctées par la SNCF, suivant l’état des négociations entre les deux conseils régionaux et de leurs demandes. Elles font état de la perte d’un nombre substantiel d’arrêts à Mantes-la-Jolie, selon nos informations. Les modifications horaires envisagées pour la ligne d’Evreux, qui apporte également des trains directs aux Mantais, ne sont pas connues de La Gazette.

« Il faut regarder l’offre globale de trains », nuance ainsi le président de VTV. Concernant le Paris – Rouen, l’heure de pointe du matin serait particulièrement touchée, avec la fin des arrêts mantais de deux Intercités supplémentaires vers Paris. L’heure de pointe du soir verrait un à deux Intercités de plus partir de la gare Saint-Lazare sans s’arrêter à Mantes-la-Jolie. Les Normands pourraient également gagner un à deux trains sans arrêt dans le Mantois pendant les heures creuses.

« On a eu des alertes techniques, remontées par nos agents à la faveur des réunions avec Île-de-France mobilités », s’inquiète le vice-président LR chargé des transports à la communauté urbaine.

Le conseil régional de Normandie dément fermement la fin de l’arrêt de l’ensemble des trains normands, sans s’engager concrètement au maintien du nombre d’arrêts actuels dans le Mantois après 2020. La Région assure que les négociations autour du « nouveau schéma de desserte normand » ont pour but « que ces modifications soient également une amélioration pour le Mantois ». Elle poursuit en rappelant « un contexte de travaux qui démarrent sur Eole (extension du RER E à l’Ouest de Paris, Ndlr), entraînant des difficultés de circulation » pour tous les trains.

« On a eu des alertes techniques, remontées par nos agents à la faveur des réunions avec Île-de-France mobilités, confirme pourtant, de la suppression potentielle d’arrêts dans le Mantois, Pierre Yves-Dumoulin, vice-président chargé des transports à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), et maire de Rosny-sur-Seine. On est monté politiquement au créneau, ce n’est pas rassurant quand on commence à évoquer ces idées-là. »

Ces bonnes nouvelles vues de Normandie, très mauvaises observées du Mantois, feraient l’objet, si elles se confirmaient, d’un refus pur et simple du nouveau maire de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet (LR). « J’ai entendu parler de la tentative de la Région Normandie pour qu’il y ait moins d’arrêts à Mantes, on a clairement une divergence de vues dans ce cas-là avec Sébastien Lecornu », indique-t-il.

« Vu la saturation de nos lignes, la fin d’arrêts à Mantes serait complètement irresponsable de la part de la SNCF, s’inquiète ouvertement Raphaël Cognet. On est à 56 km de Paris, on a une offre insuffisante, […] on a déjà une ligne J qui ne fonctionne pas très bien. […] Si dans ce contexte, l’offre devait être dégradée, on s’y opposerait de toutes nos forces. »

Il rappelle par ailleurs que les grilles horaires préliminaires ne sont pas encore définitivement validées. « Avant 2024 et le RER, on veut un renforcement, […] nos positions ne peuvent pas être plus éloignées de celles des Normands », constate-t-il des arrêts d’Intercités à Mantes-la-Jolie. « Je considère que quand on s’installe aussi loin de Paris, on ne peut demander les mêmes conditions de transport qu’en Île-de-France », répond-il aux exigences des associations d’usagers normands.

Depuis des années, des associations d’usagers normandes réclament moins d’arrêts à Mantes-la-Jolie, critiquant l’allongement du temps de trajet et des trains souvent bondés.

« A Mantes-la-Jolie, on souhaite le RER E et la même desserte de la ligne normande », formule-t-il aussi de l’après-2024. Il compte sur Valérie Pécresse, « présidente de Région élue en mettant l’accent sur l’amélioration des conditions de transport », pour éviter toute réduction. « Il n’est pas question de dégrader le service à Mantes, confirme d’ailleurs Valérie Pécresse ce lundi. La solution proposée est inacceptable, on ne se laissera pas faire. »

« La Région Île-de-France est très rassurante et nous dit ‘’pas question’’ », reconnaît le Rosnéen Pierre-Yves Dumoulin. L’élu ne cache cependant pas un certain scepticisme : « Ca a été évoqué par la Région Normandie qui finance ces trains (les arrêts du Mantois font l’objet d’un paiement d’Île-de-France mobilités, Ndlr), on a des informations assez confuses aujourd’hui. »

A Rosny-sur-Seine comme à Bonnières-sur-Seine, selon nos informations, la desserte à ce stade resterait proche en nombre de trains, avec le report possible d’un arrêt de la fin de la période de pointe du soir à son tout début. Surtout, les usagers de ces rames-là pourraient perdre quelques minutes de temps de trajet, car un arrêt supplémentaire aux Mureaux, à la demande d’Île-de-France mobilités, serait en cours de discussion.

« On m’a assuré, il y a un an et demi, qu’il n’y avait pas de remise en cause des dessertes franciliennes, mais par expérience, je suis méfiant, on n’a pas de garanties », se souvient pour sa part Louis Gomez, président de l’association d’usagers du train du Mantois (et conseiller d’opposition à Bonnières-sur-Seine, Ndlr). « On pose ces questions depuis très longtemps et les réponses sont évasives », poursuit-il.

Louis Gomez propose des réunions de travail, régulières côté normand, avec la SNCF et les élus pour « évaluer et garantir les dessertes de nos gares ». Si un nombre substantiel d’arrêts sont in fine supprimés, sa position est tout aussi ferme que celle des élus du Mantois. « Ce n’est pas concevable, pas acceptable », juge le Bonniérois, qui prévient : « Notre réponse sera à la hauteur de la rupture, je suis persuadé que beaucoup d’élus se mobiliseront… et il y aura aussi beaucoup d’usagers. »