Mercredi 16 mai, l’ex-Campus EDF des Mureaux a réuni plusieurs centaines d’intervenants du monde éducatif, dans le cadre des premières Assises du numérique éducatif, organisées par Yvelines numérique, organisme satellite du conseil départemental chargé de sa politique numérique. Enseignants, élus communaux comme départementaux, agents de l’Education nationale : tous pointent la réussite des expérimentations menées depuis deux ans dans les collèges des Yvelines.

Le premier volet de cette expérimentation porte sur la fourniture de matériel numérique et leur maintenance dans le cadre d’appels à projets pédagogiques aux enseignants des collèges, comme des webtélés. Il n’est pas menacé par le désengagement de l’Etat décidé après deux des trois années d’expérimentation. La situation semble plus difficile concernant la fourniture de tablettes tactiles à chaque collégien yvelinois.

Sept collèges en bénéficiaient lors de son lancement en 2015, un nombre étendu à 18 établissements grâce au soutien financier du ministère de l’Education nationale, pour un investissement total d’un million d’euros environ. A 550 euros la tablette, l’équipement de la totalité des 116 collèges du département avec plus de 11 500 tablettes représenterait en effet un défi financier, indiquent les représentants de la collectivité locale.

« C’est un peu dommage dans la mesure où c’était normalement un engagement sur trois ans, on a décidé de poursuivre pour 2018 même sans l’aide de l’Etat », regrette Cécile Dumoulin (LR), vice-présidente du conseil départemental déléguée aux collèges, du désengagement étatique en 2017. « Si on devait généraliser les tablettes à l’ensemble de nos collèges, ça représenterait dix millions d’euros par an », précise-t-elle de la suite.

Le second « plan numérique » qui suivra cette expérimentation, menée de 2015 à 2018 dans les collèges, sera présenté dans quelques mois au vote des élus du conseil départemental.

Pourtant, en ce jour d’Assises, les intervenants se montrent unanimes sur les bénéfices des tablettes individuelles, comparativement aux « classes mobiles » composée de tablettes non nominatives et d’un tableau numérique interactif. « Un gamin qui ne lit pas très bien, c’est difficile de le faire lire en classe, donne en exemple Laurent Rochette, directeur des opérations d’Yvelines numérique. Là, il s’enregistre, s’autoévalue, et s’il n’est pas content, peut recommencer autant qu’il veut : il y a une meilleure individualisation de l’apprentissage, et une meilleure prise d’autonomie. »

Le second « plan numérique » qui suivra cette expérimentation menée de 2015 à 2018 sera présenté dans quelques mois au vote des élus du conseil départemental.
« Il va falloir être créatif et faire avec moins », commente dans un sourire Laurent Rochette. Il rappelle que ces investissements sont récurrents, les tablettes devant être renouvelées en moyenne « tous les cinq ans ».

La vice-présidente chargée des collèges, de son côté, tient aussi à l’outil personnel plutôt que collectif « pour faire baisser le poids du cartable » grâce aux manuels scolaires numériques. Alors, plutôt qu’un choix entre tablette individuelle, trop coûteuse, ou classe mobile moins efficace, Cécile Dumoulin se demande s’il ne serait pas pertinent de créer une architecture logicielle qui puisse fonctionner sur les écrans déjà possédés par les collégiens.

« Pourquoi pas une solution de type BYON (Bring your own device, soit « amenez votre propre appareil, Ndlr) ? On a fait une étude, 70 % des collégiens ont une tablette ou un ordinateur, le problème, c’est l’homogénéité et la sécurité, réfléchit ainsi l’élue. Il pourrait être envisagé une aide au financement de tablettes si on considère que c’est un outil indispensable… ce serait dommage de revenir en arrière. »

« C’est faire croire aux élèves qu’ils vont être des youtubeurs, et leur faire faire une dissertation », résume un professeur-documentaliste de Poissy de son atelier webtélé.

Si l’ensemble des intervenants de mercredi juge fort positivement l’usage que les enfants font des outils numériques mis à leur disposition, les enfants se montrant par exemple peu enclins à casser ou perdre leur tablette, c’est loin d’être une évidence chez les parents comme pour les enseignants. « Le préalable du numérique est que ça nécessite des formations, on voit des différences d’usage entre les collèges », remarque ainsi Cécile Dumoulin.

« Dans notre établissement, il y a une envie d’être équipés, de formation, avec aussi une appréhension qui est normale », confirme de ces différences Christine Vervin, principale au collège Galilée de Limay. Marie-Claire Duprat, directrice académique adjointe à l’Académie de Versailles, pointe « les enseignants référents » et « les référents de bassin » dédiés à aider leurs collègues dans l’usage du numérique dans les classes des collèges.

« L’usage du numérique ne fait plus débat du tout, y compris dans le premier degré, […] ce qui nous préoccupe plutôt est la question des usages, analyse la directrice académique adjointe. Comment on fait pour que l’usage du numérique soit un réel plus, à la fois pour construire des compétences disciplinaires, mais aussi des compétences transversales pour forger l’esprit critique, la curiosité, être vraiment dans la construction du citoyen du XXIe siècle ? »

Pour l’Académie de Versailles, les deux volets de l’expérimentation numérique ont leur importance. D’un côté, c’est le « long terme » qui est visé « par les tablettes qui changent les pratiques plus ou moins rapidement selon les établissements ». De l’autre, la fourniture de matériel aux enseignants les plus motivés crée

Dans une des salles de l’ex-Campus EDF, Martin Gibon, professeur-documentaliste au lycée Le Corbusier, à Poissy, présente justement son atelier webtélé, mené avec du matériel issu des appels à projets dédiés au numérique. « C’est juste un levier de motivation », estime l’enseignant pour qui « l’idée est de travailler toujours les mêmes compétences, recherche documentaire, synthèse, écriture et argumentation ». Bref, « c’est faire croire aux élèves qu’ils vont être des youtubeurs, et leur faire faire une dissertation », résume-t-il dans un rire partagé avec les autres enseignants présents.

Parmi eux, deux enseignants du collège Albert Thierry de Limay, qui depuis dix ans réalisent des journaux télévisés, deux heures par semaine avec une quinzaine de collégiens volontaires de tous niveaux. « Sans numérique, on ne peut pas le faire », résume simplement Mickaël Joucreau, professeur de mathématiques au collège depuis dix ans. Avec Sandrine Duchez et Nicolas Boudeele, ils ont commencé avec une petite caméra, et sont maintenant bien mieux équipés.

A 550 euros la tablette, l’équipement de la totalité des 116 collèges du département avec plus de 11 500 tablettes représenterait un défi financier, indiquent les représentants de la collectivité locale.

« On voit que les élèves sont plus à l’aise et plus organisés quand ils doivent passer à l’oral dans d’autres cours, ou alors, ils savaient mieux gérer le travail collaboratif », constate l’enseignante de technologie. « Ca permet de faire passer des apprentissages, une connaissance du monde autour d’eux et des métiers qu’ils ne connaissent pas, complète Mickaël Joucreau. Les métiers du numérique, pour eux, c’est être youtubeur, concepteur de jeux vidéos ou informaticien… »

Chez les élus communaux, dont les collectivités sont chargées de la gestion des écoles maternelles et élémentaires (le Département gère les collèges, la Région les lycées, Ndlr), l’adoption du numérique a suivi un rythme souvent moins rapide. « A Andrésy, toutes les classes ne sont pas équipées de tableaux numériques interactifs, ce qui est la base »,
rappelle ainsi le premier adjoint d’Andrésy Denis Faist (UDI).

L’élu dont la commune souhaiterait lancer « un plan numérique école encore dans les limbes » estime que « l’outil numérique n’est que le support de la pédagogie numérique ». En charge des écoles, il était présent mercredi pour savoir l’avis des enseignants, et les tarifs pratiqués par Yvelines numérique pour les matériels et logiciels pédagogiques proposés aux communes.

Avant l’équipement, donc, « le projet doit venir en premier » pour Denis Faist. Plutôt favorable aux tablettes individuelles, notamment compte tenu de leur approbation aux Assises par la communauté éducative, il n’oublie pas qu’il est aussi adjoint aux finances : « Je pense qu’il est utile que les enfants puissent disposer de cet outil. […] Il y a la question du budget, que je n’ai pas résolue à ce jour. »

Dans les Yvelines, la municipalité d’Aubergenville fait figure de pionnière : depuis 2015, les 220 élèves de l’école élémentaire disposent de tablettes utilisées collectivement sous la forme des classes mobiles, dont les enseignants se montre satisfaits, relatait un reportage La Gazette en novembre dernier. La commune a investi 450 000 euros pour équiper son école élémentaire de tablettes, et toutes les écoles avec un réseau Wifi permettant aux enseignants d’accéder facilement à internet.

Mercredi dernier aux Mureaux, seuls les parents d’élèves semblaient n’avoir pas eu de réponses à toutes leurs questions. « Le numérique ne va qu’augmenter en usage, aussi bien dans la vie quotidienne qu’à l’école », constate ainsi Mondher Dhemaied, administrateur départemental de la FCPE en charge du numérique.

Lui souhaiterait un bilan permettant de savoir « si les enfants acquièrent de nouveaux potentiels et compétences », mais aussi « s’il n’y aurait pas de potentiels non-numériques perdus ». Enfin, il rapporte que « le premier sujet d’inquiétude, c’est la santé avec les écrans qu’on utilise trop longtemps dans la journée » pour les parents : « Il faut être présent et vigilant quant aux conséquences en termes de santé, mais ça n’a pas été évoqué. »