Sur le podium, une dizaine d’enfants vêtus d’un t-shirt vert kaki et d’un pantalon treillis de militaire crient à tue-tête en turc l’amour de leur patrie, salut militaire à l’appui. Cette petite dizaine d’enfants de moins de 12 ans semble prête à partir à la guerre dans l’heure. Pourtant, nous ne sommes pas dans une zone de conflit, mais à Mantes-la-Jolie sur la scène du Hall 5 du parc des expositions de l’île l’Aumône.

En cet après-midi du samedi 12 mai, l’Association des parents d’élèves turcs de la région mantaise (APELTR) célèbre sa « fête des enfants ». Sketchs, magiciens et animations à destinations des plus petits sont au programme… mais pas seulement : cette célébration porte le nom complet de « fête de la souveraineté nationale et des enfants » et a été mise en place le 23 avril 1929 par Mustapha Kemal Atatürk, fondateur de République de Turquie.

Cette journée est un jour férié en Turquie, et se traduit en un jour de fête pour les communautés turques hors du pays. « C’est les enfants qui font le sketch », se défend de cet intriguant défilé en treillis Hulya Sahin, la vice-présidente de l’association (et candidate du parti égalité et justice aux législatives, voir encadré, Ndlr).

« C’est difficile à traduire en français, mais c’est en quelque sorte une promesse faite à son pays quelque soit le prix », explique-t-elle timidement. « On n’accepte pas la trahison en Turquie », poursuit-elle cependant, comme en écho aux récents événements touchant le pays.

En juillet 2016, une tentative de putsch contre le président turc Recep Tayyip Erdogan, à la tête du pays depuis 2002, a entraîné plus de 50 000 arrestations et 100 000 limogeages les semaines suivantes en Turquie. Le président turc est régulièrement critiqué par la communauté internationale pour son autoritarisme, comme pour les opérations de guerre parfois menées dans l’Est du pays, à majorité kurde. Parmi les 600 à 700 personnes présentes en cet après-midi, ses nombreux soutiens au sein de la communauté turque du Mantois ne se cachent pas.

Au delà de la communauté turque, il y avait aussi d’autres nationalités représentées dans le public, notamment une Sénégalaise venue pour faire connaître à ses enfants la “tolérance”.

« Je suis d’accord à 100 % avec Erdogan, se targue un habitant de Magnanville croisé. C’est un grand Monsieur. On dit que c’est un dictateur juste parce qu’il a la moustache d’Hitler ? » fait-il semblant d’interroger. « J’ai la double nationalité franco-turque, ma vie est ici mais je sais d’où je viens. Je suis prêt à mourir pour la Turquie », n’hésite pas à promettre cet habitué de la « fête des enfants » depuis plus de dix ans.

« Les gens qui disent que la Turquie est en dictature devraient venir en Turquie », s’emporte Hulya Sahin. « Comment peut-on parler d’Erdogan comme un dictateur alors qu’il valorise le rôle des femmes demande-t-elle. Qu’ils laissent un peu Erdogan tranquille ! ». Elle pointe d’ailleurs l’ouverture manifestée lors de cette journée, qui représente pour elle l’occasion de « découvrir d’autres cultures et de mettre en valeur la culture turque ».

Ce jour-là sur l’île l’Aumône, de nombreux participants ne sont d’ailleurs pas liés à la Turquie. « Je ne connaissais pas la culture turque, c’est important pour mes enfants », explique Aminata, une Mantaise originaire, elle, du Sénégal. Loin de la politique turque elle explique sa présence en famille par sa curiosité : « Je suis ici pour sensibiliser mes enfants, pour qu’ils soient encore plus tolérants ».

Pour les quelques partenaires institutionnels de la célébration, comme l’association Insertion formation éducation prévention (Ifep) et le service d’action sociale du conseil départemental des Yvelines, l’objectif est cependant surtout d’aller à la rencontre de la communauté turque. « On a le stand avec la barbe à papa et le pop-corn, alors les gens viennent surtout pour manger », sourit Nicolas Gomis, de l’Ifep, des quelques visiteurs qui s’arrêtent.

« On travaille régulièrement avec les associations et notamment l’APELTR, on la finance aussi, explique-t-on au stand d’à côté, tenu par le service d’action sociale du Département. La communauté turque […] ne participe pas trop à nos ateliers, en étant ici, c’est un moyen de participer à leurs projets et qu’ils participent aux nôtres. »

Municipales à Mantes-la-Jolie : Hulya Sahin candidate ?

Elle est la vice-présidente de l’Association des parents d’élèves turcs de la région mantaise (APELTR) et s’était présentée à la députation dans le Mantois en juin 2017, sous l’étiquette du Parti égalité et justice (PEJ). Samedi 12 mai, à la fête organisée par APELTR, Hulya Sahin ne se dit pas opposée à une éventuelle candidature aux prochaines élections municipales de Mantes-la-Jolie.

« Je ne ferme pas la porte. C’est un point d’interrogation, disons », glisse-t-elle dans un sourire avant de préciser : « La vie politique est dure. Il faut savoir mentir et je ne peux pas. » En juin 2017, cette mère de famille de six enfants qui avait affiché un voile islamique sur sa photo officielle de candidature, s’était ensuite, entre les deux tours, ralliée publiquement à la candidate LREM tout en faisant l’objet d’un tract anonyme de dénonciation.

« Si c’était à refaire, je le referais. J’ai obtenu 2 % (en fait 1,01%, Ndlr) en seulement deux semaines de campagne », explique-t-elle des élections législatives de juin 2017 menées avec l’étiquette islamo-conservatrice du PEJ. « L’objectif était de faire connaître le PEJ », poursuit-elle tout en assurant qu’il « est différent du parti d’Ergdogan, l’AKP », dont il est pourtant considéré comme très proche : « Nous respectons les valeurs des différentes origines et religions. »