La semaine dernière, la tension entre les jeunes, de tous âges, de la cité de la Noé, et les forces de l’ordre, a atteint son maximum. Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 mai, une première nuit de violences éclate, un guet-apens est tendu aux fonctionnaires par un groupe de jeunes. Le lendemain, lors d’un contrôle, un attroupement se forme : les policiers utilisent grenades et flash-ball pour se dégager, une personne a été blessée lors de l’intervention (voir encadré).

Ce ne sont pas les premiers événements qui se produisent dans la cité, mais ces derniers ont peut-être aggravé une relation déjà tendue entre habitants et forces de l’ordre. Samedi 26 mai, aux alentours de 16 h 30, à côté de la halle du marché. « Ca fait deux jours que l’hélicoptère reste au dessus », commente un jeune habitant de cette ambiance post-émeute.

Les rues habituellement animées sont quasiment désertes. Seuls une quinzaine de jeunes sont dehors. « Ici, il y a beaucoup d’enfants la journée », détaille un autre pour souligner l’anormalité de la situation. Un jeune mineur confirme : «  Ma mère ne veut plus que j’aille à la mosquée le soir. » Une voiture de la brigade anticriminalité passe deux fois en quelques minutes, au ralenti. Les cris des guetteurs résonnent entre les immeubles.

« Entre nous et eux, il n’y a plus de dialogue », regrette un mineur. « Certains nous connaissent, décrivent les plus âgés du petit groupe de leurs rapports avec les policiers, parfois à peine plus vieux que ces vingtenaires. Ceux-là sont arrivés il y a un an alors que les anciens nous ont vu grandir, ça fait longtemps qu’on ne les voit plus. »

Du côté du commissariat conflanais, « on ne sait pas trop d’où ça part », précise-t-on du guet-apens tendu dans la nuit du 22 au 23 mai. Il est environ 0 h 20 lorsque policiers et sapeurs-pompiers interviennent pour un feu de poubelles au niveau de la place de l’Ellipse. Sur place, un groupe d’une soixantaine de jeunes adolescents selon plusieurs témoins, les prend à partie et leur jette des projectiles. Pour se dégager, les fonctionnaires utilisent flash-ball et grenades lacrymogènes.

Ils parviennent à repousser l’assaut une première fois, mais sont une nouvelle fois ciblés, tandis que certains des assaillants construisent des barrages de fortunes avec détritus et poubelles. Le calme met une heure à revenir : « Dans la nuit, ils n’ont pas arrêté de dire que ça allait continuer », détaille une source policière. Selon un jeune majeur croisé samedi dernier, ce piège serait une réponse à des interventions nocturnes menées il y a environ trois semaines par la brigade anticriminalité : « Les gens, ils avaient ça en tête, encore… »

Le lendemain mercredi, en fin d’après-midi, un contrôle est mené par les policiers au niveau de la place du Pas. Trois jeunes, âgés de 16 et 19 ans, sont contrôlés, puis interpellés pour outrage et rébellion. La situation dégénère. « Il rigolait avec ses copains, puis il se fait contrôler alors qu’il allait au foot, précise de la situation d’un des interpellés un témoin de la scène. Au début, c’était tranquille. »

Un attroupement se forme spontanément, comme souvent dans ce genre de situations. L’armement non létal des policiers est utilisé, aboutissant à une blessure à la tête (voir encadré). Des trois personnes interpellés, le jeune majeur a été déféré en comparution immédiate à Versailles vendredi, les deux mineurs ont été mis en examen par le juge des enfants.

Un dispositif policier très renforcé a été mis en place les après-midi suivants, hélicoptère à l’appui. Des perquisitions ont également eu lieu dans les caves, à la recherche de projectiles. Si le week-end n’a pas été émaillé d’autres incidents, les jeunes ne sont pas forcément optimistes : « C’est sûr que ça va péter. Depuis avant-hier (jeudi, Ndlr), c’est fou. »

Un jeune homme blessé par un tir de flash-ball

Peu après le contrôle du 23 mai, un jeune homme se présente à la caserne des sapeurs-pompiers. Il présente une plaie ouverte à la tête et est transporté au centre hospitalier de Poissy pour se faire poser six agrafes. Il prendra la fuite avant l’arrivée d’une patrouille de police à l’hôpital. Selon nos informations, ce Chantelouvais envisagerait de porter plainte pour non-assistance à personne en danger.

« Et là j’entends un bruit de flash-ball, je le reconnais, pas le bruit d’une grenade, rapporte un témoin de la succession d’événements consécutifs aux trois interpellations de l’après-midi (voir ci-dessus, Ndlr). Tout le monde s’est arrêté, même les policiers ne savaient pas ce qu’il se passait. » Dans une vidéo filmée dans les instants qui ont suivi, que La Gazette a pu visionner, on peut le voir, le visage en sang, aller à la rencontre des policiers qui l’écartent, et remontent dans leur fourgon.

« Il est compliqué, au cours d’une situation de violence urbaine, de comprendre quand et comment une personne a pu être touchée », commente dans les colonnes du Parisien le commissaire divisionnaire de Conflans-Sainte-Honorine, Aymeric Saudubray. A la direction départementale de la sécurité publique, on encourage le jeune homme à porter plainte : « Nous avons un bureau, à Viroflay, qui est spécialisé dans tout ce qui est violences policières, qui est complètement externe à tout. »