« C’est triste de voir si peu de monde », regrette Stéphane Caron, le boulanger de la rue de l’Église. Samedi 19 mai, la municipalité organisait un apéro-débat à destination des riverains du centre-ville, en particulier ceux situés à proximité des rues de Paris, du Temple et de l’Église. La trentaine de présents, composée principalement de commerçants et de propriétaires, ont largement montré leur opposition au projet de réaménagement du centre-ville mené par Citallios, aménageur public yvelino-altoséquanais.

Luc Colson, le président du comité de sauvegarde du centre-ville ancien de Limay, propriétaire d’une maison rue de Paris (il sera exproprié, Ndlr), est l’un des plus virulents : « Votre projet, il est has been. » D’un montant estimé à 13,5 millions d’euros HT, ce projet prévoit la construction de 320 à 340 logements sous la forme d’immeubles de trois étages et combles, avec 1 500 m² de commerces à leurs pieds et une nouvelle place du marché. Le chantier devrait démarrer en 2020, pour s’achever en 2023.

Ce projet prévoit la construction de 320 à 340 logements sous la forme d’immeubles de trois étages et combles, avec 1 500 m² de commerces à leurs pieds.

« J’ai peur que l’embellissement devienne une déshumanisation », commente un riverain craignant de voir « des immeubles partout » après les travaux. Dans l’assemblée, certains regrettent que commerçants et habitants soient distingués lors de réunions et demandent à être consultés. « Le projet peut bouger, être amélioré, explique le premier magistrat limayen, tandis qu’une banderole est dressée au carrefour. Quand le projet avancera, il y aura des réunions. »

Il tente de calmer l’assemblée, sans parvenir à faire retomber leur colère : « Les grandes lignes sont définies, on a un concessionnaire. On peut discuter des détails, mais globalement, le projet est là. » Après la réunion, il confie regretter que cette opération de réaménagement destinée à redynamiser le centre-ville ait « monopolisé » les plus de deux heures de ce café-débat entre l’édile et ses administrés.

Chez les commerçants, l’inquiétude porte d’abord sur l’impact du chantier. « Qu’est ce qu’on fait, on ferme ?, interroge le boulanger Stéphane Caron. J’ai six salariés, j’en fais quoi ? » Eric Roulot répond, des modalités d’organisation : « On a encore le temps. » Sceptique, le boulanger pointe le local vide de la charcuterie du Temple pour l’exemple : « Avec cette épée de Damoclès, personne ne viendra s’installer là. »

Le maire Eric Roulot (PCF) tente de calmer l’assemblée, sans parvenir à faire retomber leur colère : « On peut discuter des détails, mais globalement, le projet est là. »

« On perd en attractivité, le but, c’est de refaire de la qualité », explique Djamel Nedjar (DVG), adjoint à l’urbanisme. Et pour cela, l’adjoint et le maire comptent beaucoup sur l’installation d’une « locomotive commerciale » en lieu et place du Franprix. « Une étude a montré que 400 m² pour le Franprix, ce n’est pas suffisant », précise Eric Roulot. « Ce n’est pas parce que vous allez agrandir que cela va mieux marcher », rétorque un riverain.

Certains habitants reprochent enfin à la municipalité un manque de concertation. Si une réunion a été organisée avec les commerçants en octobre 2017, il n’y a pas encore eu de réunion publique. « Là, on en est à l’étude de stationnement, précise en fin de réunion l’adjoint à l’urbanisme, Djamel Nedjar. On devrait avoir un plan d’ensemble cet été et pouvoir proposer des réunions à la rentrée. »

Une membre du comité de sauvegarde tient toutefois à mettre les points sur les i, face à des élus légèrement excédés : « On ne demande pas de ne rien faire, mais de faire ça bien. » Adjointe à la vie des quartiers, Muriel Dangerville demande : « Qu’est-ce que vous proposez alors ? » De l’assemblée fuse une réponse, ironique : « On n’est pas payés pour ça. »