« Si je suis un requin ? Ai-je vraiment le choix ? », rigole Victor Pota. A 23 ans, il intègre le cercle très fermé d’agents de joueurs de football. Du mois de juin 2017 au mois de mars, il s’est formé au sein de l’École d’Agents de Joueurs (EAJ) située à Neuilly-sur-Seine pour obtenir la licence d’agent de joueurs délivrée par la Fédération Française de Football (FFF).

Lors de l’examen passé cette année, il y avait « quelque chose comme 593 candidats et puis après la première série d’examen on n’était plus que 120 et finalement une trentaine de candidats reçus », explique le jeune homme.

« J’attends toujours ma licence de la FFF, il faudrait que je les rappelle », sourit le nouvel agent. Chose rare : il habite au lycée Jean Rostand de Mantes-la-Jolie. « Mes parents font partie du personnel éducatif du lycée alors j’habite là-bas », explique-t-il calmement. Le lycée est situé à quelques pas du stade municipal Jean Paul David, où il a connu ses premières émotions de footballeur.

« J’ai joué plusieurs fois sur ce terrain même si je jouais au club de Rosny, retrace-t-il. Je suis quand même beaucoup venu en tant que spectateur notamment avec mon père. » Petit, il voulait devenir footballeur professionnel comme « beaucoup d’enfants » mais la faute à un ménisque récalcitrant, un médecin le diagnostique inapte à la pratique de sport au haut niveau.

Tant pis, il veut alors devenir agent de joueurs de football, une profession dans l’ombre du joueur et dans les lumières du monde de la nuit, comme montré dans le film « Trois Zéro » de Fabien Onteniente en 2002. « Il y a certains agents qui n’hésitent pas à aller voir directement des jeunes entre 10 et 13 ans pour les faire signer. Je ne serai pas comme ça. Je pense qu’a cet âge-là, il faut encore s’amuser », avance-t-il.

Lui promet de « regarder les jeunes joueurs seulement à partir de 15 ans ». Pour l’instant, il n’a pas encore de client à mettre sous son aile. Encore à son compte, il assure avoir déjà reçu des propositions pour intégrer une société d’agents mais il a préféré décliner l’offre car il ne « connaissait pas plus que ça » les personnes qui lui ont fait l’offre. Prudence est mère de vertu, surtout dans le football :
« C’est un milieu de requins, on doit être partout, tout le temps. Si demain j’ai un joueur et qu’un autre agent a la possibilité de le récupérer, il va le faire sans hésiter ».

Pour le moment, il effectue encore des petits boulots notamment au collège de la Vaucouleurs à Mantes-la-Ville histoire de joindre les deux bouts. Quand on lui demande combien de temps il se donne avant d’obtenir un premier client, il réfléchit longuement avance de glisser : « Je me donne un an ». Dans ce milieu il assure qu’il ne « faut rien lâcher » lui qui s’est « donné à 1 000 % » dans ce diplôme.