Sinon définititivement arrêté, il est du moins interrompu, faisant l’objet de négociations nationales entre ces deux concurrents dans le déploiement de la fibre optique. Le conflit commercial entre les opérateurs Orange et TDF durait depuis près d’un an, autour du passage au très haut débit de 110 000 foyers du Réseau d’initiative publique (RIP) des Yvelines, soit 158 communes dans les parties les plus rurales du département.

Car Orange se montre désormais confiant pour atteindre l’objectif national fixé par l’Etat d’un déploiement intégral fin 2020, pour les 590 000 foyers des 104 communes de la zone plus urbaine réservée aux opérateurs privés, nommée zone Appel à manifestation d’intention d’investissement (AMII). Alors, l’ex-opérateur public a envoyé, à partir de l’été 2017, des propositions de déploiement aux maires de certaines des communes du Réseau d’initiative publique (RIP).

De quoi déclencher une colère noire au conseil départemental des Yvelines, chargé par l’Etat de déployer le très haut débit dans la zone d’initiative publique. La collectivité, après deux précédents plans très haut débit non mis en oeuvre, venait en effet de contracter, avec le nouvel opérateur TDF, un déploiement intégral du réseau sur fonds privés, d’ici au début des années 2020, en échange d’une concession de 25 ans. En quelques mois, pourtant, Orange emporte l’accord de plusieurs communes comprises dans le réseau public.

Le RIP des Yvelines devient alors le théâtre d’un conflit d’abord destiné à handicaper le développement de TDF comme opérateur de fibre optique d’envergure nationale. « Ils viennent foutre en l’air le business model de la société qu’on a choisie », résumait amèrement l’an dernier Pierre Bédier, le président LR du conseil départemental des Yvelines. Aujourd’hui, Orange n’envoie plus de courriers aux maires, et des négociations sont en cours avec la direction nationale de TDF.

Mais le Département se serait bien passée de cette concurrence imprévue dans certaines des 158 communes du réseau d’initiative publique, dont une dizaine ont signé avec Orange : il était en effet prévu que les plus rentables permettent à TDF d’équilibrer son investissement de 120 millions d’euros. En mars, La Gazette révélait la validation d’un déploiement d’Orange par les maires de Beynes, Chavenay, Feucherolles et Villiers-Saint-Frédéric, à l’Est du département.

« Une armoire comme celle-ci permet de connecter 300 à 350 logements », explique à Méricourt Jean-Bernard Dognon, directeur de projet fibre chez Orange, de l’armoire en métal vert.

Au Nord des Yvelines, selon nos informations, Orange a également emporté l’accord des édiles de Bonnières-sur-Seine, où le déploiement est terminé, à Issou et à Flins-sur-Seine, où il est en voie d’achèvement, ainsi qu’à Hardricourt. Toute offensive commerciale d’Orange portant sur d’autres communes serait cependant désormais interrompue dans les Yvelines, assurait récemment le délégué régional Île-de-France Ouest de l’opérateur à Méricourt, lors de l’inauguration d’une armoire de distribution de la fibre optique.

« Le Département nous a demandé d’arrêter, nous avons convenu que nous déployions les communes qui avaient donné leur accord, et que nous ne démarchions plus les autres communes du RIP, détaille Rémi Dupuy. Maintenant, si une commune vient nous voir… » Les directions générales de TDF et d’Orange seraient actuellement en négociations, au sujet de leurs rapports commerciaux concernant les RIP où TDF est désigné par les collectivités concernées comme l’attributaire du déploiement.

Comment expliquer ce recul ? Orange annonçait pourtant en 2017 que le RIP des Yvelines serait le premier sur lequel il investirait avec ses fonds propres. Selon nos informations, en réponse aux prétentions de l’ex-opérateur public sur les RIP dont TDF est attributaire, le nouvel opérateur aurait subtilement menacé Orange de venir le concurrencer dans la zone AMII du Val d’Oise.

« Nous avons conseillé à TDF d’envoyer des lettres de déclaration d’intention de déployer à des communes situées en zone AMII côté Val d’Oise, là où ils ont déjà des installations à proximité, rendant un déploiement crédible », confie un bon connaisseur du dossier au conseil départemental des Yvelines.

« Pour l’instant, le statut de ces zones interdit à une collectivité d’y aller, pas à un autre opérateur privé (l’Etat a attribué chaque commune à un opérateur mais l’exclusivité s’est terminée fin 2016, Ndlr), mais personne n’y est cependant risqué pour l’instant, poursuit ce spécialiste. Si Orange persistait, ça voulait dire ouvrir potentiellement une guerre commerciale sur les zones AMII attribuées… on ne sait pas d’où vient la décision, mais on sait qu’il a été choisi d’arrêter la démarche. »

Vendredi 8 juin, l’état-major yvelinois d’Orange était présent à Méricourt, 400 habitants environ, pour inaugurer l’armoire de distribution en présence d’une quinzaine de curieux.

A l’heure actuelle, l’opérateur se concentre donc sur la zone AMII, pré carré où il est pour l’instant le seul à déployer la fibre optique (sauf pour Conflans-Sainte-Honorine gérée par SFR, Ndlr). Vendredi 8 juin, l’état-major yvelinois d’Orange était ainsi présent à Méricourt, 400 habitants environ, pour inaugurer l’armoire de distribution en présence d’une quinzaine de curieux (une inauguration identique s’est tenue ce lundi à Breuil-Bois-Robert, Ndlr).

En zone AMII, l’opérateur, qui avançait 224 000 logement éligibles (sur 590 000 prévus, Ndlr) fin mai 2017, se targue aujourd’hui de 324 000 prises installées. « C’est un rythme très élevé, qui nous permet aujourd’hui de dire que nous serons en avance sur la fin du programme prévue en 2020 », assure ce jour-là Rémi Dupuy, le délégué régional Île-de-France Ouest.

« On n’imagine pas à quel point ça va révolutionner le monde du travail », commente le maire Philippe Geslan (SE) de la généralisation prochaine, aujourd’hui très attendue, du très haut débit dans les communes, notamment rurales. « L’impatience des élus ne fait que traduire l’impatience des gens, d’abord pour les usages de vidéo, de jeu et de télétravail. Aujourd’hui, on voit ça comme le gaz et l’électricité », sourit le délégué régional d’Orange.

« Je suis dans le domaine des panels de consommateurs, avec des bases de données au-delà du téraoctet, témoigne Damien, 39 ans, habitant Méricourt depuis 12 ans. Quand on doit travailler à distance, récupérer de grosses quantités de données est excessivement long, ça freine le télétravail. » Il espère télétravailler plus fréquemment de chez lui et « gérer les imprévus » plus facilement une fois la fibre optique déployée jusqu’à son domicile.

« Une armoire comme celle-ci permet de connecter 300 à 350 logements, dans sa partie droite, chacune des fibres va alimenter chaque logement, la partie gauche est réservée aux opérateurs », explique Jean-Bernard Dognon, directeur de projet fibre chez Orange, de l’armoire en métal vert bientôt connectée au réseau par une fibre optique amenée de Bonnières-sur-Seine.

Aux impatients, il précise qu’à partir du raccordement « fin juin ou début juillet », il faut encore attendre trois mois d’une « période de gel commercial » destinée à « favoriser la concurrence » entre opérateurs privés (si le déploiement était attribué par l’Etat en zone AMII, la fourniture du service est, elle, totalement ouverte, Ndlr).