Seul maire FN (devenu RN au 1er juin, Ndlr) d’Île-de-France, l’édile mantevillois Cyril Nauth n’avait pas vraiment prévu que son directeur de cabinet déballe son sac, moins d’un an après qu’il l’ait débarqué sans ménagement de la mairie… même si c’est maintenant la seconde fois qu’un directeur de cabinet qu’il recrute personnellement finit rapidement licencié, conteste son éviction et critique l’action politique comme managériale de l’élu.

Incapacité à réunir sa majorité pour les conseils municipaux, isolement institutionnel, flottements autour du nouveau groupe scolaire, faiblesse générale, tout y passe dans les critiques adressées par son ex-directeur de cabinet. Sans être jamais nommé, apparaît aussi en filigrane un talon d’Achille de l’édile RN, de plus en plus visible ces derniers mois selon de nombreux témoignages : sa subordination supposée à certains cadres de sa haute administration communale dont il est proche.

De son côté, Bruno Roy se souviendra longtemps de son premier poste de directeur de cabinet. La cinquantaine passée, cet homme avenant reprend des études d’administration publique à l’université. Son diplôme presque en poche, il cherche une mairie acceptant d’embaucher un quinquagénaire dont elle serait la première expérience. Par l’intermédiaire d’une connaissance, il croise le chemin du maire Cyril Nauth, dépourvu de directeur de cabinet depuis le départ de Nicolas Boher.

« Il m’avait expliqué avoir une vision d’abord municipale, et pas partisane, dans son action quotidienne, bien que son élection procède de cette étiquette », se souvient-il de leur première rencontre. Car le poste de directeur de cabinet est sensible : il n’est pas fonctionnaire mais constitue une véritable cheville ouvrière et politique, au service d’un maire ou d’un président de collectivité, faisant le lien avec les élus de la majorité comme de l’opposition et avec la presse, entre autres.

Bruno Roy entre à l’hôtel de ville le 26 janvier 2017. « Au bout de quelques semaines, je suis bien intégré, j’avais de très bonnes relations avec les adjoints, et ça se passait bien avec la population », se souvient-il. A l’été, il subit un arrêt-maladie, puis en revient à la rentrée pour se trouver convoqué à un entretien préalable de licenciement. Lors de ce dernier, il « découvre un rapport de la hiérarchie administrative », où des griefs à son encontre sont formulés sur plusieurs pages.

Ceux-ci sont repris par Cyril Nauth, qui lui aurait reproché, par exemple, de n’avoir pas « mis en place une politique économique pour la ville en six mois », sans pour autant jamais le lui avoir demandé. « Je tombe des nues, j’essaie de donner des arguments… », rapporte l’ex-directeur de cabinet toujours choqué neuf mois après cette éviction soudaine.

Marqué par l’étiquette d’une mairie RN, Bruno Roy n’a pas encore pu retrouver de collectivité pour exercer, même s’il reste raisonnablement optimiste. Il a demandé en novembre dernier, au tribunal administratif, l’annulation de la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle. Il ne souhaite ni « de somme exhorbitante », ni sa réintégration : « Je n’en fais pas une affaire d’argent mais d’honneur. »

Surtout, lui qui n’est pas politiquement proche du RN s’estime maintenant libre de s’exprimer sur l’action de son précédent employeur. « Je ne suis pas venu défendre mon affaire, mais m’exprimer sur Mantes-la-Ville »,
répète-t-il d’ailleurs à plusieurs reprises lors de son entretien avec La Gazette. L’analyse de cet ex-directeur de cabinet de Mantes-la-Ville n’est pas révolutionnaire.

Bruno Roy, qui n’est pas politiquement proche du FN (devenu RN au 1er juin, Ndlr), s’estime maintenant libre de s’exprimer sur l’action de son précédent employeur.

Elle confirme en effet celle formulée à maintes reprises par les groupes formant l’opposition municipale. Il a voulu la mettre en place publique, car à deux ans des élections municipales, « il ne faudrait pas que les Mantevilloises et Mantevillois soient éclipsés par des querelles uniquement politiciennes, c’est-à-dire le FN contre d’autres listes, ou par des querelles d’égos », prévient Bruno Roy (qui n’habite pas la commune et n’a pas indiqué vouloir y devenir élu, Ndlr).

« Ce qui est dommage pour Mantes-la-Ville est qu’elle a des atouts, qu’elle est sur un territoire extrêmement dynamique. Elle n’en profite pas, et d’autant moins qu’elle est sous la majorité de M. Nauth », estime-t-il de manière générale. Plus spécifiquement, il évoque « le psychodrame du groupe scolaire », qui a agité le conseil municipal pendant près d’un an (et sera finalement construit au pied du parc de la Vallée, Ndlr).

Il s’expliquerait notamment par « l’isolement » et la « faiblesse politique » du maire vis-à-vis des autres institutions : entre autres, la communauté urbaine « au sein de laquelle la voix des quelques conseillers FN est inaudible », mais aussi et surtout l’inamovible et incontournable président du conseil départemental Pierre Bédier (LR), avec qui « Cyril Nauth a trouvé les moyens d’une animosité déjà légendaire » (et réciproque, Ndlr) depuis son élection en 2014.

Sollicité par La Gazette, l’édile RN mantevillois ne souhaite pas « rentrer dans les motifs qui ont mené au licenciement ». Il considère en effet que ce sont « des affaires internes à la mairie, entre un employeur et un employé ». Il se contente ainsi d’indiquer qu’il n’était « pas satisfait de son travail », une critique « d’une excessive banalité ».

« Pour moi, ça justifie a posteriori un licenciement, poursuit cependant le maire d’un commentaire sur la démarche publique de Bruno Roy. Un directeur de cabinet est recruté pour un certain nombre de qualités, et notamment sa discrétion… pour quelqu’un qui prétend occuper ce genre de poste, je ne comprends pas du tout, c’est très étrange comme démarche. » Au sujet des péripéties du groupe scolaire, il renvoie aux nombreux débats tenus en conseil municipal, comme dans la presse.

Mais son ancien directeur de cabinet, s’il déplore « l’isolement » de l’édile hors de sa mairie de Mantes-la-Ville, critique aussi lourdement « la solitide dans laquelle le maire exerce son mandat ». Rappelant l’incapacité de plus en plus régulière de la majorité à se réunir en nombre suffisant pour tenir conseil municipal, il regrette « un naufrage pour la démocratie » qui engendrerait « des répercusssions néfastes » pour la commune.

Son récit de l’intérieur de la mairie, ajouté de nombreux témoignages exprimés publiquement ou récoltés par La Gazette depuis plusieurs mois, font en effet état d’un changement important dans le fonctionnement municipal, particulièrement prégnant depuis un an. Selon nos informations, certains cadres de la haute administration communale, proches personnellement comme politiquement de Cyril Nauth, exercent une influence de plus en plus forte sur ses décisions.

L’avis de ces fonctionnaires proches du maire prend même parfois le pas sur les décisions prises avec ou par ses adjoints. Toujours selon nos informations, Monique Fuhrer-Moguerou, qui se garde bien d’en parler en public mais n’en fait pas mystère en privé, a très mal vécu divers revirements du premier magistrat. Lors du mouvement social ayant entouré le retour imposé au personnel communal des 1607 h de travail annuel, il a en effet été mené à contredire l’engagement pris par son adjointe au personnel, au profit de la préférence exprimée par des cadres municipaux.

Ces changements d’avis parfois brusques, résultant de l’influence de ces hauts fonctionnaires, sont parfois fort mal vécus par les adjoints. Elles ne sont pas vraiment mieux reçues par les interlocuteurs de la municipalité, à l’instar des représentants du personnel, ballotés en 2017 entre la légitimité incontestable de leur adjointe et celle, qui l’est bien plus car ne procédant pas d’une élection, des responsables de l’administration municipale, s’exprimant par la voix du maire.

Cyril Nauth assume la solitude de certaines prises de décisions au sein du conseil municipal. « Que le maire ait une sorte de prééminence sur les adjoints ou les conseillers municipaux semble être tout à fait normal, et dans l’ordre des choses, commente l’édile. Que dans certains autres exécutifs, il y a peut-être davantage de collégialité, c’est leur affaire, mais en l’occurrence, ça n’a jamais démontré une efficacité particulière. »

Il assure cependant ne pas agir seul, « loin de là ». Selon lui, à Mantes-la-Ville, « les élus font de la politique, tranchent et prennent les décisions » quand les cadres « sont là pour présenter des solutions ou des propositions quand on leur soumet un problème ». Pourtant, selon nos informations, il a été mené à plusieurs reprises à trancher politiquement contre l’avis de ses propres adjoints, et en suivant celui de sa haute administration.

« Très content » de cette dernière, d’ailleurs parfois critiquée par l’opposition, il estime « qu’il s’agit d’entreprises de déstabilisation » car « comme le maire est solide et répond aux attaques, on essaie de taper sur telle ou telle personne à l’intérieur de la mairie ». Pour Cyril Nauth, « la manière dont on fonctionne en interne ne regarde personne dans la mesure où on respecte la loi et le droit ». Il fait d’ailleurs noter que « les liens de proximité politique entre un maire ou les élus et certains cadres sont tout à fait normaux » et qu’il n’y a en la matière « pas de règle particulière ».

Il donne en exemple la proximité entre Emmanuel Macron et ses conseillers dont lui ne jugera que « les résultats » et non les plaintes de ses ministres ignorés. Cyril Nauth poursuit en citant Patrick Stefanini, responsable LR et longtemps Directeur général des services (DGS) du conseil régional d’Île-de-France, les deux maires et DGS de vallée de Seine, le Vernolitain Pascal Collado (DVD) et le Buchelois Paul Martinez (UDI), ou encore le DGS de la communauté urbaine, un proche du président du conseil départemental Pierre Bédier (LR). « Je me fiche de leur degré d’intimité, qu’ils vivent ensemble ou qu’ils dorment ensemble : ce que j’attaquerai, c’est leur politique », estime-t-il.

Le précédent directeur de cabinet perd son procès

En avril 2015, il quittait « précipitamment » la mairie et sa fonction de directeur de cabinet. Alors élu FN à Elancourt. Nicolas Boher (ensuite expulsé du parti, maintenant secrétaire général du Front libéré de Philippe Chevrier, Ndlr) a engagé une procédure pour faire annuler son licenciement devant le tribunal administratif, et demander 185 000 euros de dommages et intérêts.

Dans une décision rendue le 7 juin dernier, sa requête devant le tribunal est rejetée en intégralité, estimant « les pressions exercée à son encontre » et l’altération de son discernement n’ont pas été suffisamment avérées pour valider la contrainte et donner suite à ses demandes. Nicolas Boher n’a pu être joint par La Gazette avant publication.