Créer un restaurant éphémère qui servirait, tour à tour, les petites communes de vallée de Seine ? Voilà le pari que s’est lancé l’Issoussois Pierre-Jean Roux. La commune de Jambville et son maire, Jean-Marie Ripart (SE), sont les premiers à le relever les 5, 6 et 7 octobre prochains. Le concept est simple : permettre à des villages dont les commerces ont disparu, et donc à leurs habitants, de bénéficier d’un restaurant le temps d’un week-end, à des prix qu’il veut abordables.

« J’aime ma région et je n’avais pas forcément envie de la quitter », explique cet ancien cadre de l’usine Dunlopillo qui s’est réorienté vers la cuisine il y a deux ans (voir encadré), jeudi soir, à l’hôtel de ville de Jambville, aux côtés du maire. « L’idée de ce restaurant éphémère m’est venue en constatant que la plupart des restaurateurs ont parfois du mal dans des villes de plus de 5 000 habitants, détaille-t-il. Certains n’arrivent pas à remplir leur salle comme ils le voudraient, la semaine par exemple. »

Lui ne voulait pas vivre cet échec. Il ne se sentait pas non plus capable de créer sa propre structure, tant en termes d’investissement que de conception de salle. « Je me suis dit : pourquoi pas proposer aux petites communes, où il n’y a plus de commerces de proximité, d’ouvrir un restaurant, non pas de façon durable car ça ne marcherait pas, mais plutôt à temps partiel ? », rapporte le nouveau chef.

Ce restaurateur d’un genre nouveau ne proposera son offre qu’aux communes dénuées de tout commerce. « Je souhaite apporter ma pierre sur le développement du commerce de proximité, affirme-t-il. Je ne veux pas aller là où il existe déjà un restaurant qui essaye de vivre, quel que soit le type de restauration. Ça, c’était hors de question. »

Jeudi dernier, l’ancien cadre du matelas se souvient de sa réflexion « sur un autre mode de commerce » avec des restaurants « ouverts durant un laps de temps en un endroit et qui se dirigeront ensuite vers d’autres villages ». Pour lui, « si l’offre ne peut pas tenir à temps plein, il suffit de la partager à d’autres communes ». Il cible alors une vingtaine de communes autour d’Issou.

Les maires d’Issou, de Guernes, de Guerville, de Nézel, et donc celui de Jambville, ont d’ores et déjà été démarchés. « Il n’y a plus de commerce dans cette commune depuis 30 ans et il n’y en aura plus jamais, il faut être réaliste, analyse Jean-Marie Ripart, premier édile à recevoir le restaurateur dans sa salle des fêtes. Recréer du commerce, quand bien même éphémère, ça permet d’animer la commune et de reformer une émulation intéressante. »

La commune de Guernes a donné son accord pour les 19, 20 et 21 octobre. Effectivement Dif fer ran, le restaurant éphémère des petites communes yvelinoises, avec une carte que son chef garantit 100 % faite maison, ouvre ses portes aux clients vendredi soir, samedi midi, samedi soir, ainsi que dimanche : « Pour attirer un public plus jeune, nous proposerons des brunchs de 10 h 30 à 16 h où l’on pourra venir, n’importe quand, pour manger un menu unique avec un choix très large. »

Le restaurateur assure aussi qu’il engagera des « extras » originaires de la commune, pour leur permettre de découvrir son métier-passion. Il compte sur les mairies pour la communication en amont, afin que les clients puissent ensuite réserver (au 07 68 39 14 44, Ndlr): « Notre objectif est de ne refuser personne. Nous voulons recevoir tous les clients qui se présenteront. On veut surtout que ces clients soient du village, ils seront privilégiés par rapport aux autres. »

Une affaire de famille

Après 26 années passées dans l’industrie du matelas, Pierre-Jean Roux décide de changer de voie professionnelle il y a deux ans. Passionné par la cuisine depuis toujours, il intègre, durant une année, l’école de gastronomie parisienne Ferrandi. Pendant quatre mois, il fait partie des équipes de Thierry Breton, restaurateur reconnu du milieu de la bistronomie, une cuisine inventive, abordable, basée sur des produits de qualité, née dans les années 1990.

Sa passion pour la cuisine est plutôt contagieuse : Auriane et Thibaud, ses deux enfants, feront aussi partie de l’aventure Dif fer ran. Comme son père, Auriane a intégré l’école Ferrandi avant d’avoir des expériences de cuisinière à l’étranger. Thibaud est, aujourd’hui, toujours en formation dans cette même école, mais côté salle. Auriane accompagnera son père en cuisine, et Thibaud assurera le service en salle.

CREDIT PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES