Les habitants du centre-ville de Triel-sur Seine sont mécontents, et ils le font savoir. Tout est parti d’un permis de construire apparu en août dernier sur le portail de l’ancienne maison de retraite les Tilleuls, rue Charles Dupuis. L’établissement désaffecté doit laisser la place à un nouveau programme immobilier : 80 logements dont 31 en logements spécifiques. Un projet de plus dans cette commune située au-dessus d’anciennes carrières, dont les affaissements et effondrements interpellent. Un projet de trop pour les Triellois.

Les membres de l’association Mieux vivre à Triel ont donc voulu le faire savoir. C’est par le biais du conseil municipal, qui se tenait le jeudi 20 septembre dernier, que Cédric Aoun, représentant de Mieux vivre à Triel, a fait part des inquiétudes des riverains. « Les travaux de démolition vont avoir lieu sur une zone de carrière, a expliqué celui qui vit à Triel depuis 40 ans. Le chantier va faire intervenir des machines qui ont des puissances de plusieurs kilojoules, ça va faire vibrer les galeries du quartier complet, et provoquer d’autres effondrements et des fissures sur nos habitations. »

Le propriétaire de la maison attenante au trou de la rue des Fontenelles doit financer la moitié des travaux, au devis fixé à 40 000 euros. « Je ne peux pas et je ne veux pas payer cette somme », proteste-t-il.

Visiblement bien renseigné sur le sujet, Cédric Aoun avance que le Plan particulier de prévention des risques miniers (PPRM) est vieux de 20 ans, que certaines galeries du centre-ville y sont absentes et qu’il ne référence pas les récents fontis et affaissements sur les zones à risque. « Aujourd’hui, ce que nous voulons, c’est qu’un géoradar passe pour vérifier l’intégralité des rues et des sols de Triel, a-t-il demandé aux élus. On voudrait savoir si une étude d’impact est prévue au niveau du voisinage et si des prévisions particulières ont été faites. » Les habitations rencontreraient des problèmes d’ici deux à trois ans dans de telles conditions, selon lui.
La majorité municipale s’est alors défendue en indiquant que le permis de construire était conforme aux dernières règles du Plan local d’urbanisme (PLU), datant de 2013. « Toutes les consultations ont été faites auprès des services extérieurs, y compris l’inspection générale des carrières, qui a émis un avis favorable avec prescription, est-il répondu. Toutes les études de sol et de sous-sol ont été réalisées. » Avant le début des travaux, un référé préventif devrait être organisé, qui invitera les riverains à rencontrer un expert mandaté par le tribunal.

Il leur a également été conseillé d’écrire une lettre au préfet. Chose que Cédric Aoun, au nom de son association, avait déjà fait au préalable. Il y demande l’intervention de la préfecture pour prendre les mesures nécessaires : « Nous vous demandons de suspendre les démolitions et constructions sur l’ensemble de la ville tant qu’un audit complet n’aura pas été effectué à l’aide d’un géoradar pour détecter les fontis, galeries, carrières. » Sollicitée par La Gazette, la préfecture n’a pu répondre dans les délais impartis à publication.

Ce que reprochent les habitants quant aux études de sol, c’est qu’elles n’aient été faites uniquement sur la parcelle du permis de construire, et non pas dans tout le quartier, dont les galeries sont reliées les unes aux autres. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles s’effondrent, et inquiètent les propriétaires, rencontrés la semaine dernière par La Gazette. C’est notamment le cas dans les sous-sols de la boucherie des Saveurs d’autrefois, rue Paul Doumer.

Les habitants n’ont pas apprécié l’arrivée du permis de construire. « C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » selon Christophe Margot.

Des effondrements qui engendrent des fissures sur la façade, mais également à l’intérieur de la boutique. Toujours rue Paul Doumer, une ancienne pizzeria, face à la sacristie de l’église Saint-Martin, tient debout grâce à des piliers de soutènement. Quant à la rue des Fontenelles, elle est intégralement fermée aux deux sens de circulation.

La raison ? Un trou est apparu sur la route et sous la terrasse de l’une des habitations. « Au début, c’était un trou de 50 cm sur 50 cm. Et petit à petit, avec les pluies (la rue est fortement pentue, Ndlr), le trou s’est agrandi, jusqu’à créer un effondrement comme on le voit ici, en décembre 2017 », raconte Frédéric Allouchery, propriétaire de la maison attenante au sinistre.

Il devra financer la moitié du prix des travaux avec la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), en charge de la voirie. « GPSEO a fait faire un devis qui a fixé le prix des travaux à 40 000 euros, je ne peux pas, et je ne veux pas payer cette somme », proteste-t-il. Il précise avoir obtenu, de son côté, un devis d’une entreprise établissant les réparations à environ 5 000 euros.

« Ce permis de construire à l’ancienne maison de retraite, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », avance face à ces dommages Christophe Margat, Triellois depuis dix ans, et habitant du centre depuis deux ans. « Aujourd’hui, on a peur pour nos habitations, détaille-t-il de ses griefs. Il y a trop de travaux, les poids lourds continuent de passer dans le centre malgré l’interdiction, tout ça fragilise un peu plus les sous-sols, […] les galeries s’effondrent et les maisons se fissurent. C’est normal que l’on s’inquiète. » La mairie devrait recevoir très prochainement ces habitants mécontents, mais préfère ne pas communiquer sur ce sujet pour le moment.

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES