Il est 20 h 30 dans la salle de sport conflanaise Sports club, en ce mercredi de septembre. Dans le hall, sept femmes attendent le début de leur séance. Une porte s’ouvre, Mehdi apparaît et les accueille avec l’enthousiasme qui caractérise un coach sportif. A l’intérieur de la salle, dans une ambiance conviviale avec lumière chaude et musique rythmée, se trouvent un grand miroir contre le mur et six barres en fer, montant du sol au plafond. Le cours de pole acrobatique peut démarrer et c’est bien Mehdi, un homme, qui donne la leçon à ce groupe de poleuses d’un niveau intermédiaire.

« Quand tu dis que tu fais de la pole, les gens pensent que tu es monté sur échasse et que tu frottes tes fesses à la barre », lance sans concession celui qui est aussi le gérant de la salle. Bien que ce style de pole dance existe (Pole dance exotique, Ndlr), ce n’est pas l’identité défendue par le studio de Mehdi. Selon lui, cette image de danse sexy colle à la pole à cause de ses origines.

« Les premières images de la pole se sont faites aux Etats-Unis dans des tentes de cirque, raconte-il, sous chaque tente, il y avait des attractions et puis il y avait celle des adultes où une femme tournait et dansait, de manière sexy, autour du mât. » Ajoutez à cela tout ce que l’on connaît du strip-tease et la réputation de ce sport s’est rapidement et facilement faite.

Il estime toutefois que la pole acrobatique s’ouvre au grand public grâce au Cirque du soleil et à Incroyable talent. « On voit quand même de plus en plus de personnes valoriser la pole à travers des numéros artistiques. Maintenant, quand on parle de ‘‘drapeau sur une barre’’, les gens n’ont plus la même image. » Mehdi a donc préféré suivre la dynamique de ce style de pole dans son studio.

Même s’il savait qu’être un coach homme dans un sport à 90 % féminin pouvait être un inconvénient, l’éducateur sportif a décidé d’en faire une force. « Mon message aux femmes que j’entraîne est clair : vous avez la chance d’avoir un prof garçon qui a la force de vous parer dans vos figures et qui vous enseigne une pole acrobatique avec renforcement musculaire, elles n’ont pas à être gênées. Et ça marche puisque mes cours sont pleins », se réjouit Mehdi.

Ses leçons sont donc divisées en deux. Une partie est faite d’échauffement et d’exercices de renforcement musculaire pour préparer le corps à l’effort physique demandé par la pole. La seconde est consacrée au travail en suspension, qui fait tout le charme de ce sport. Et les femmes semblent réellement satisfaites d’avoir un homme pour coach. « Que Mehdi soit un homme nous arrange plus que ça nous dérange. Il nous fait travailler sur la puissance tout en restant gracieux. Une femme ne pourrait pas faire ça », tiennent à souligner Tiphaine, Caroline, Ketia, Amélie et Akima en chœur.

Différentes énergies de pole existent. Celle enseignée par Mehdi au studio Pole dance Conflans aerial club est faite de puissance et de fluidité autour de la barre. Le haut du corps en est le premier bénéficiaire. « Depuis que je fais de la pole, je n’ai jamais eu un corps aussi taillé. Ce sport m’a vraiment sculpté et surtout le haut du corps, les jambes travaillent un peu moins », révèle l’entraîneur sportif. C’est l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas lui parler de danse. « Je n’estime pas faire de la danse quand je fais de la pole. Je suis poleur, pas pole danseur. »

Le discours est similaire chez Quentin, élève régulier de Mehdi depuis avril. « La danse, le burlesque et le sexy sont des raccourcis un peu facile quand on parle de pole. Ce n’est pas du tout ce qui m’a amené vers ce sport et je ne danse pas sexy non plus pendant les cours », sourit-il. Gymnaste étant jeune, Quentin avait arrêté la discipline pour des raisons personnelles. Il souhaitait reprendre une activité physique similaire et a découvert la pole grâce à des vidéos Instagram d’artistes de cirque aérien.

« Au début, c’était vraiment uniquement pour le loisir, mais maintenant que je progresse et que ça me plaît vraiment, pourquoi pas essayer de faire un numéro complet d’ici un ou deux ans », envisage l’Achérois de 26 ans. Ce n’est certainement pas Mehdi qui l’en empêchera, lui dont le rêve secret serait « d’avoir un cours uniquement avec des garçons » mais aussi de monter un spectacle avec l’ensemble de ses élèves.

Comment le studio conflanais est né

Mehdi propose depuis deux ans des cours de pole dans sa salle Sports club : « A la base, je viens de l’univers de la danse. J’avais tout raccroché pour monter ma salle et après trois ans, j’avais envie de revenir vers quelque chose de plus acrobatique, de plus artistique. » Il s’inscrit alors à des cours de tissu acrobatique et y fait la rencontre de Stéphanie Ortega, depuis devenue artiste principale du numéro de pole acrobatique pour le Cirque du soleil. Mehdi l’a d’ailleurs nommée, par la suite, marraine de son studio lors de sa création.

« Elle préparait ses auditions pour le Cirque du soleil et cherchait une salle d’entraînement dans la région. Donc, elle est venue chez moi et, pour me remercier, elle a voulu m’apprendre les bases », se souvient l’éducateur sportif. « Au début j’étais pas certain d’avoir envie d’en faire. Et puis en fait, ça m’a beaucoup plu, c’est sportif, gymnique, acrobatique, un peu tout ce que je recherchais à ce moment-là. »

Mehdi s’est pris au jeu, et bien plus qu’attendu, puisqu’il a ensuite intégré une formation afin de pouvoir promulguer des cours à des personnes de tout niveau. « A travers ces formations, je voulais me légitimer dans la démarche d’enseigner. C’était super important pour moi, je ne voulais pas que l’on doute de mes compétences. » Ainsi est né son studio de pole dance.

CREDIT PHOTO : MEHDI.COACH